“Seigneur, il y en a à peine pour les autres” lui dit Pierre à voix basse, pendant que les lépreux vont chercher la femme.
“Il y en aura pour tous. Aie foi, car il est plus facile pour toi d’avoir foi sur ce point qu’il ne l’est pour ces malheureux d’avoir foi que leur corps redevienne ce qu’il était.”
Pendant ce temps, là-haut, dans les grottes, une rixe a éclaté entre les trois lépreux mauvais pour la répartition de la nourriture…
536.5 – La femme descend, portée dans les bras… et elle gémit, comme il lui est permis:
“Pardon! Pour le passé! Pour n’avoir pas demandé pardon les autres fois!… Jésus, Fils de David, aie pitié de moi’.”
Ils la déposent au pied du rocher, et sur le rocher ils déposent une sorte de marmite toute bosselée.
Jésus demande:
“Que dites-vous? Est-il plus facile d’augmenter l’huile dans un vase ou de faire croître la chair là où la lèpre l’a détruite?”
Un silence… puis justement la femme dit:
“L’huile. Mais aussi la chair parce que tu peux tout. Et tu peux me donner aussi l’âme de mes premières années. Je crois Seigneur.”
Oh! le sourire divin! C’est comme une lumière qui se répand, pleine de douceur, de joie, de suavité! Et elle est dans les yeux, et sur les lèvres, et dans la voix quand il dit:
“À cause de ta foi, sois guérie et pardonnée. Et vous de même. Et ayez de l’huile et de la nourriture pour vous restaurer. Et allez vous faire voir au prêtre. comme il est prescrit. Demain, à l’aurore, je reviendrai avec des vêtements et vous pourrez aller en sauvegardant la décence. Allons! Louez le Seigneur. Vous n’êtes plus lépreux!”
C’est alors que les quatre, qui jusqu’à ce moment avaient les yeux fixés sur le Seigneur, se regardent et crient leur étonnement. La femme voudrait se redresser, mais elle est trop nue pour le faire. Son vêtement tombe en lambeaux et il y a plus de nu que de couvert en elle. Elle reste à moitié cachée par le rocher en une pudeur qui n’est pas seulement pour Jésus, mais pour ses compagnons, avec les traits de son visage recomposés, plus effilés seulement à cause des privations. Elle pleure en disant sans arrêt: “Béni! Béni! Béni!” et ses bénédictions se mêlent aux blasphèmes horribles des trois mauvais lépreux, rendus furieux de voir les autres guéris. Les ordures et les pierres volent.
536.6 – “Vous ne pouvez rester ici. Venez avec Moi. Il ne vous arrivera aucun mal. Regardez. La route est vide. L’heure de sexte Midi. ramène les habitants dans les maisons. Vous irez jusqu’à demain auprès des autres lépreux. Ne craignez pas. Venez derrière Moi. Tiens, femme” et il lui donne son manteau pour se couvrir.
Les quatre, un peu craintifs, un peu abasourdis, le suivent comme quatre agneaux. Ils parcourent ce qui reste de la vallée de Hinnom, traversent la route, vont vers Siloan, autre triste emplacement de lépreux. Jésus s’arrête au pied des talus et commande:
“Montez et dites-leur que demain à prime, je serai ici. Allez et faites la fête avec eux en annonçant le Maître de la Bonne Nouvelle.”
Il leur fait donner tout ce qui reste de nourriture et les bénit avant d’en prendre congé…
“Allons maintenant. C’est déjà plus de sexte” dit Jésus en se retournant pour revenir sur la voie basse qui va à Béthanie.
Mais tout de suite, un cri le rappelle:
“Jésus, Fils de David, aie aussi pitié de nous!”
“Ils n’ont pas attendu l’aube, eux” observe Pierre.
“Allons les trouver. Si peu nombreuses sont les heures où je puis faire du bien sans que ceux qui me haïssent troublent la paix de ceux à qui j’ai fait du bien!” répond Jésus.
Et il revient sur ses pas en tenant sa tête droite vers les trois lépreux de Siloan qui se sont présentés sur le terre-plein de la petite colline et qui répètent leur cri, aidés par ceux qui sont déjà guéris et qui sont derrière eux.
Jésus se contente de tendre les mains et de dire:
“Qu’il vous soit fait comme vous demandez. Allez et vivez dans les voies du Seigneur.”