535 – Judas sommé de se présenter chez Caïphe

2 décembre 1946

Le lundi 2 décembre 1946.

535.1 – Je ne vois pas Jésus, ni Pierre, ni Jude d’Alphée, ni Thomas, mais je vois les neuf autres qui marchent dans la direction du faubourg d’Ophel.

Les gens qui sont sur les routes ne sont pas la grande foule de Pâque, de la Pentecôte et des Tabernacles. Ce sont plus ou moins les gens de la ville. Peut-être que les Encénies n’étaient pas très importantes et n’exigeaient pas la présence des hébreux à Jérusalem. Il n’y avait que ceux qui par hasard se trouvaient dans la ville, ou ceux des villages voisins de Jérusalem, qui venaient dans la ville pour monter au Temple. Les autres, à cause de la saison ou du caractère spécial de la fête, restaient dans leurs villes et dans leurs maisons.

Pourtant beaucoup de disciples qui par amour du Seigneur ont quitté maisons et parents, intérêts et travaux, sont à Jérusalem et ils se sont unis aux apôtres. Je ne vois cependant pas Isaac, ni Abel Il y a deux disciples de ce prénom : Abel de Chorazeïn et Abel de Bethléem de Galilée. Il s'agit probablement du dernier. , ni Philippe ni non plus Nicolaï, qui est allé accompagner Sabéa à Aéra. Ils parlent entre eux familièrement, racontant et écoutant tous les faits qui se sont produits pendant le temps où ils ont été séparés.

On dirait pourtant qu’ils ont déjà vu le Maître, peut-être au Temple, car ils ne s’étonnent pas de son absence. Ils marchent lentement, et de temps à autre, ils s’arrêtent, comme pour attendre, regardant en avant et en arrière, regardant par les chemins qui descendent de Sion sur cette route qui conduit vers les portes méridionales de la ville.

535.2 – L’Iscariote est presque en arrière de tous les autres et il fait l’orateur dans un groupe de disciples pleins de bonne volonté plutôt que de science. Par deux fois il est appelé nommément par certains juifs qui suivent le groupe, sans pourtant s’y mêler. Je ne sais quelles sont leurs intentions ou de quoi ils sont chargés. Et par deux fois l’Iscariote hausse les épaules sans même se retourner, mais la troisième fois il est obligé de le faire car un juif quitte son groupe, traverse d’autorité celui des disciples, prend Judas par la manche et l’oblige à s’arrêter en lui disant:

“Viens ici un moment car nous devons te parler.”

“Je n’ai pas le temps et je ne peux pas” répond l’Iscariote d’un air tranchant.

“Va, va. Nous t’attendons. Car tant que nous ne voyons pas Thomas, nous ne pouvons sortir de la ville” lui dit André qui est le plus près de lui.

“C’est bon, allez en avant, je viendrai bientôt” dit Judas sans aucune bonne volonté visible de faire ce qu’il doit faire.

Resté seul, il dit à celui qui l’importune:

“Eh bien? Que veux-tu? Que voulez-vous? Vous n’avez pas encore fini de m’ennuyer?”

“Oh! Oh! Quels airs tu te donnes! Pourtant quand nous t’appelions pour te donner de l’argent, tu ne trouvais pas que nous t’ennuyions! Tu es orgueilleux, homme! Mais il y a quelqu’un qui peut te rendre humble… Souviens-t-en.”

“Je suis un homme libre et…”

“Non, tu n’es pas libre. Libre est celui que d’aucune manière nous ne pouvons rendre esclave, et tu en connais le nom. Toi!… Tu es esclave de tout et de tous, et tout d’abord de ton orgueil. Bref. Fais attention que si tu ne viens pas avant sexte Midi. dans la maison de Caïphe, malheur à toi!”

Un “malheur” vraiment menaçant.

“C’est bien! Je viendrai, mais vous feriez mieux de me laisser tranquille, si vous voulez…”

“Quoi? Quoi, marchand de promesses, bon à rien…”

Judas se libère en poussant violemment celui qui le tient et il se sauve en disant:

“Je parlerai quand j’y serai.”

535.3 – Il rejoint les autres de son groupe. Il est songeur et un peu embarrassé. André lui demande avec empressement:

“Mauvaises nouvelles? Non, hein! Peut-être ta mère…”

Judas, qui au début l’avait regardé de travers tout prêt à lui faire une réponse âcre, se fait plus humain et dit: “Oui. Des nouvelles pas bien bonnes… Tu sais… la saison… Maintenant… car il me vient maintenant à l’esprit un ordre du Maître. Si cet homme ne m’avait pas arrêté, j’allais l’oublier, cela aussi… Mais il m’a nommé le lieu où il habite et, à la suite de ce nom, je me suis rappelé l’ordre qui m’a été donné. Eh bien maintenant, quand j’irai pour cela, j’irai aussi chez cet homme et j’en saurai davantage…”