“Oui, Maître. Mais tu ne peux plus rester seul. Fais venir ta Mère.”

“D’ici deux lunes elle sera avec Moi…”

528.3 - Et il va ajouter quelque chose quand en bas, dans la cuisine, résonne la forte voix, toujours un peu effrontée et ironique de Judas de Kérioth:

“Encore à ta gravure, vieux? Il fait froid! Et ici, il n’y a pas de feu. J’ai faim, et rien n’est préparé. Élise dort, peut-être? Elle a voulu faire toute seule. Mais les vieux sont lents, et leur mémoire est débile. Hé! Tu ne parles pas? Tu es tout à fait sourd ce soir?”

“Non. Mais je te laisse parler, toi qui es apôtre, et il ne me convient pas de te faire des reproches” répond le vieillard.

“Des reproches? Pourquoi?”

“Cherche en toi-même, et tu trouveras.”

“Ma conscience ne parle pas…”

“C’est signe qu’elle est déformée ou que tu l’as estropiée.”

“Ha! Ha! Ha!”

Et Judas doit sortir de la cuisine, car on entend claquer une porte et puis des bruits de pas dans l’escalier.

“Je descends pour préparer, Maître.”

“Va, Élise.”

Élise descend de la chambre du haut et trouve aussitôt Judas qui va mettre le pied sur la terrasse.

“J’ai faim et froid, moi.”

“C’est tout? Alors tu as bien peu encore, homme.”

“Et que devrais-je avoir de plus?”

“Oh! Tant de choses!…”

La voix d’Élise s’éloigne.

“Ce sont tous de vieux sots. Ouf!…”

528.4 - Il pousse la porte et se trouve en face Jésus. La stupeur le fait reculer d’un pas. Il se reprend pour dire:

“Maître!! Paix à Toi!”

“Paix à toi, Judas.”

Jésus reçoit le baiser de l’apôtre, mais ne le lui rend pas.

“Maître. Tu as… Tu ne me donnes pas un baiser?”