527 – La nature humaine du Christ connaît des ignorances et des tentations
8 novembre 1946
Le vendredi 8 novembre 1946.
527.1 - Ils sont déjà sur les pentes de l’Oliveraie et les trois couples d’apôtres, laissés à Jéricho, à Tecua, et à Béthanie sont de nouveau réunis au Maître Simon le zélote et Barthélemy restés à Béthanie pour attendre Judas (EMV 519). Matthieu et Philippe à Técua (EMV 521). André et Jean à Jéricho (EMV 525) – Cela fait plus de dix jours que Judas s'est absenté. . Mais Judas de Kérioth est toujours absent et les apôtres en parlent à voix basse…
Jésus est d’une tristesse infinie. Les apôtres, qui le remarquent, disent entre eux:
“C’est certainement à cause de Lazare. C’est vraiment un homme fini… Et les sœurs font peine à voir… Le Maître ne peut même pas s’arrêter dans cette maison, avec tant de rancœur qui le poursuit. Cela aurait été un réconfort pour le malade et les sœurs, et aussi pour le Maître.”
“Moi, je ne puis comprendre pourquoi il ne le guérit pas!” s’exclame Thomas.
“Ce serait juste même. Un ami… qui l’aide tant… Un juste…” murmure Barthélemy.
“Ah! pour être juste, c’est vraiment un juste. Je crois qu’en ces jours, tu t’en es persuadé…” dit le Zélote à Barthélemy.
“Oui, c’est vrai. Et c’est vrai aussi ce que tu sous-entends. Je n’étais pas bien convaincu de sa justice… Avec ces relations qu’ils avaient avec les gentils, avec l’éducation reçue du père qui était très, très… je dirais condescendant à de nouvelles formes de vie différentes des nôtres…”
“La mère était un ange” dit Simon le Zélote d’un air décidé.
“C’est peut-être pour cela qu’ils sont des justes… Survolons le passé de Marie. Maintenant elle s’est rachetée…” dit Philippe.
“Oui. Mais tout cela me rendait méfiant. Maintenant je suis vraiment convaincu et je m’étonne que le Maître…”
527.2 - “Mon Frère, dit Jacques d’Alphée, sait évaluer la valeur des créatures. Nous en avons souffert nous aussi pendant très longtemps, par suite d’une jalousie naturelle, humaine, en voyant les étrangers exaucés plus que nous qui étions de sa famille. Mais maintenant nous avons compris que l’erreur était dans notre pensée et la justice dans la sienne. Nous regardions sa manière de faire comme de l’indifférence et même comme une dépréciation, une incompréhension de notre valeur. Maintenant, on a compris.
Lui préfère attirer à Lui ceux qui sont difformes et informes. Lui… séduit par ses moyens infinis les âmes plus mesquines, plus éloignées, plus en danger. Vous rappelez-vous la parabole de la brebis égarée Cf. Parabole adaptée à la conversion de Marie de Magdala. Cf. EMV 233.1/4. ? La vérité, la clef de sa manière d’agir se trouve dans cette parabole. Quand il voit que ses brebis fidèles le suivent ou restent où et comme Lui les veut, son esprit se repose, mais il se sert de ce repos pour courir après celles qui sont égarées. Il sait que nous l’aimons, que Lazare et ses sœurs l’aiment, que les femmes disciples l’aiment et de même les bergers, aussi il ne perd pas son temps avec nous en des preuves spéciales d’amour. Il ne cesse pas de nous aimer. Il nous a toujours dans son cœur. Nous-mêmes y entrons et ne voulons pas en sortir. Mais les autres… les pécheurs, les égarés!… Il doit leur courir après, les attirer par son amour et ses miracles, par sa puissance. Et il le fait. Lazare, Marie et Marthe continueront de l’aimer, même sans miracle…”
“C’est vrai, dit André. Pourtant… qu’aura-t-il voulu dire par son dernier salut? Vous l’avez entendu: “L’amour du Seigneur pour vous se manifestera en proportion de votre amour. Et souvenez-vous que l’amour a deux ailes pour être parfait, deux ailes d’autant plus démesurées qu’il est plus parfait: la foi et l’espérance”.”
“Oui! Qu’aura-t-il voulu dire?” se demandent plusieurs.
527.3 - Un silence. Puis Thomas, avec un grand soupir conclut son discours intérieur:
”…Pourtant ce n’est pas toujours que sa bonne patience obtient la rédemption. Moi aussi, j’ai souffert parfois pour la préférence qu’il montre à Judas de Kérioth…”
“Préférence? Il ne me semble pas. Il le reprend comme tout autre d’entre nous…” dit André.
“Par justice, oui. Mais considère combien plus de rigueur mériterait cet homme…”
“C’est vrai.”
“Eh bien, j’en ai souffert parfois. Mais maintenant je comprends qu’il le fait certainement parce que… c’est le plus informe de nous.”
“Le plus malheureux, dois-tu dire, Thomas! dit le Thaddée. Le plus malheureux. Vous croyez que cette tristesse (et il montre Jésus qui marche en avant, seul, absorbé en sa peine) Lui vient de la maladie de Lazare et des larmes de ses sœurs. Moi, je vous dis qu’elle vient de l’absence de Judas. Il espérait qu’il le rejoindrait en allant à Beth-Abara. Il espérait au moins le retrouver à Jéricho, Tecua ou à Béthanie au retour. À présent il n’espère plus. Il a la certitude que Judas agit mal. Je n’ai pas cessé de l’observer… et j’ai vu que son visage a pris cet aspect de déréliction absolue quand toi, Barthélemy, tu as dit: ‘Judas n’est pas venu”
527.4 - “Mais il connaît les choses avant qu’elles soient, j’en suis certain!” s’exclame Jean.