520.6 - Mais allez trouver ce vieux mendiant qui vacille sur la route. La ville est en vue. Avec l’obole il pourra se procurer du pain.”

“Seigneur, cela ne nous est pas possible. Judas s’en est allé avec la bourse…, dit Pierre, et les sœurs ne nous ont rien donné.”

“Tu as raison, Simon. Elles sont comme étourdies par la douleur et nous avec elles. Peu importe. Nous avons un peu de pain. Nous sommes jeunes et forts. Donnons-le au vieil homme pour qu’il ne tombe pas en route.”

Ils fouillent dans leurs sacs, rassemblent des morceaux de pain, les donnent au petit vieux qui les regarde, étonné.

“Mange, mange!” dit Jésus pour l’encourager et il le fait boire à sa gourde tout en lui demandant où il va.

“À Tecua. Il y a un grand marché demain. Mais depuis hier, je n’ai pas mangé.”

“Tu es seul?”

“Plus que seul… Mon fils m’a chassé…”

La voix sénile déchire le cœur quand on l’entend.

“Dieu t’ouvrira les portes de son Royaume si tu sais croire en sa miséricorde.”

“Et en celle de son Messie. Mais mon fils n’aura pas le Messie, car il ne peut avoir le Messie, lui qui le hait, au point de haïr son père parce qu’il l’aime.”

“C’est pour cela qu’il t’a chassé?”

“Pour cela, et pour ne pas perdre l’amitié de certains qui le persécutent. Il a voulu leur montrer que sa haine dépasse la leur, au point qu’elle domine même la voix du sang.”

“Quelle horreur!” disent tous les apôtres.

“Ce serait plus horrible si moi j’avais les mêmes pensées que mon fils” dit avec véhémence le petit vieux.

“Mais, qui est-ce? Si j’ai bien compris ce doit être quelqu’un qui est puissant et qu’on écoute…” dit Thomas.

“Homme, ce n’est pas un père qui dira le nom de son fils coupable pour le faire mépriser. Je dois dire que j’ai faim et froid, moi qui à force de travail avais augmenté le bien-être de la maison pour rendre mon garçon heureux. Mais rien de plus que cela. Réfléchis que je suis de Judée et que lui est aussi de Judée et qu’ainsi nous sommes de la même race, mais ne pensons pas la même chose. Le reste est inutile.”

520.7 - “Et tu ne demandes rien à Dieu, toi qui es un juste?” questionne doucement Jésus.

“Qu’il touche le cœur de mon enfant et l’amène à croire ce que je crois.”

“Mais pour toi, seulement pour toi, tu ne demandes rien?”

“De rencontrer Celui qui pour moi est le Fils de Dieu, pour le vénérer et mourir ensuite.”

“Mais si tu meurs, tu ne le verras plus. Tu seras dans les Limbes…”

“Pour peu de temps. Tu es un rabbi, n’est-ce pas? J’y vois très peu… L’âge… mes nombreuses larmes, et la faim aussi… Mais je vois les nœuds de ta ceinture… Si tu es un bon rabbi, comme il me semble, tu dois te rendre compte toi aussi que le temps est arrivé, le temps dont parle Isaïe, je veux dire. Et elle va arriver l’heure où l’Agneau prendra sur Lui tous les péchés du monde et portera tous nos maux et toutes nos douleurs, et pour ce motif sera transpercé et immolé pour que nous soyons guéris et en paix avec l’Éternel Dont parle Isaïe, en Isaïe 52, 7-15 | Isaïe 53, 1-12, l'homme de douleur (en particulier à partir du verset 6). . Et alors, pour les esprits aussi, ce sera la paix… Je l’espère en me confiant à la miséricorde de Dieu.”

“Tu n’as jamais vu le Maître?”

“Non. Je l’ai entendu parler dans le Temple, aux fêtes. Mais je suis petit, et l’âge me rapetisse encore, et j’y vois peu, comme je l’ai dit. Aussi, si je vais dans la foule, je ne vois pas à cause de ceux qui sont devant moi, et si je reste loin, je ne vois pas à cause de la distance. Oh! je voudrais le voir! Au moins une fois!”