“On ne peut plus cacher maintenant qu’il a des plaies, les maîtresses repoussent tout le monde… par crainte… Tu sais… Lazare est aimé vraiment par peu de gens…
Et beaucoup, pour plusieurs motifs, se réjouiraient de… Oh! ne me fais pas penser à ce qui est la peur de toute la maison.”
“Elles font bien. Mais ne craignez pas. Ce malheur n’arrivera pas.”
“Mais… Pourra-t-il guérir? Un miracle de Toi…”
“Il ne guérira pas, mais cela servira à glorifier le Seigneur.”
Le serviteur est déçu… Jésus qui guérit tout le monde et qui ici ne fait rien!… Mais il n’a qu’un soupir pour manifester sa pensée. Il dit ensuite:
“Je vais trouver les maîtresses pour t’annoncer.”
Jésus se trouve entouré par les apôtres qui s’intéressent à l’état de santé de Lazare et sont consternés quand Jésus les informe.
519.4 - Mais déjà arrivent les deux sœurs. Leur florissante et différente beauté semble embrumée par la douleur et la fatigue des veilles prolongées. Pâles, abattues, émaciées, fatigués les yeux auparavant très vifs de l’une et de l’autre, sans bagues ni bracelets, portant des habits foncés, couleur de cendre, elles ressemblent plutôt à des servantes qu’à des maîtresses. Elles s’agenouillent à une certaine distance de Jésus, pour Lui offrir seulement leurs pleurs, des pleurs résignés, muets, qui descendent comme d’une source intérieure et qui ne peuvent s’arrêter.
Jésus s’approche. Marthe tend les mains en murmurant:
“Éloigne-toi, Seigneur. En vérité, nous craignons de pécher désormais contre la loi sur la lèpre LA LÈPRE : La loi sur la lèpre se trouve en Lévitique 13-14. L'Œuvre en fait souvent mention (dès la rencontre de Simon le Zélote guéri de la "lèpre", en EMV 54.2). Elle en cite à plusieurs reprises les principes (comme dans la parabole d'EMV 245.5). Considérée comme une des maladies les plus terribles pour l'homme, la lèpre pouvait être vue jusque dans les vêtements (Lévitique 13, 47-59) et sur les murs des maisons (Lévitique 14, 33-53). Jésus en fait le sujet d'une parabole et d'un avertissement en EMV 369.2.5. . Mais, nous ne pouvons pas, ô Dieu, nous ne pouvons pas provoquer un semblable décret contre notre Lazare! Mais ne t’approche pas, car nous sommes immondes ne cessant de toucher les plaies. Nous seules, car nous avons écarté tout autre et on vient tout nous déposer sur le seuil et nous prenons, nous lavons, nous brûlons, dans la pièce contiguë à celle de Lazare. Vois-tu nos mains? Elles sont brûlées par la chaux vive que nous employons pour les vases qu’il faut rendre aux serviteurs. Nous pensons être ainsi moins coupables”
Et elle pleure.
Marie de Magdala, qui jusqu’à présent s’est tue, dit à son tour en gémissant:
“Nous devrions appeler le prêtre. Mais… moi, je suis la plus coupable car je m’y oppose et je dis que ce n’est pas le terrible mal maudit en Israël. Non et non! Mais ils nous haïssent tellement et ils sont si nombreux qu’ils le diraient tel. Pour beaucoup moins Simon, ton apôtre, fut déclaré lépreux!”
“Tu n’es pas prêtre ni médecin, Marie” dit Marthe en sanglotant. “Non. Mais tu sais ce que j’ai fait pour être certaine de ce que je dis.
519.5 - Seigneur, je suis allée et j’ai parcouru toute la vallée de Hinnom, tout Siloan, tous les tombeaux près de En Rogel. Habillée comme une servante, voilée, dès le début de l’aurore, chargée de vivres et d’eaux médicinales, de bandes, et de vêtements. Et j’ai donné, donné. Je disais que c’était un vœu pour celui que j’aimais, et c’était vrai. Je demandais seulement de pouvoir regarder les plaies des lépreux. Ils doivent m’avoir crue folle… Qui donc veut voir ces horreurs?! Mais moi, après avoir déposé à la limite des talus mes offrandes, je demandais de voir. Eux au-dessus, moi plus bas; eux étonnés, moi dégoûtée; eux pleurant, moi pleurant; j’ai regardé, regardé, regardé! J’ai regardé les corps couverts de squames, de croûtes, de plaies, visages rongés, cheveux blanchis et plus durs que des seimes Seimes : fentes verticales qui se forment dans le sabot d'un cheval. , les yeux suintant de la pourriture, les joues où l’on voit les dents, des crânes sur des corps vivants, les mains réduites à des griffes monstrueuses, des pieds comme des branches noueuses, puanteur, horreur, pourriture. Oh! si j’ai péché en adorant la chair, si j’ai joui avec mes yeux, avec l’odorat, l’ouïe, le toucher, de ce qui était beau, parfumé, harmonieux, doux et lisse, oh! je t’assure que mes sens sont désormais purifiés par la mortification de ces connaissances! Mes yeux ont oublié la beauté séduisante de l’homme en contemplant ces monstres, mes oreilles ont expié la jouissance passée des voix viriles avec ces voix âpres, qui ne sont plus humaines, et ma chair a frissonné, et mon odorat s’est révolté… et tout reste de culte personnel est mort car j’ai vu ce que l’on est après la mort… Mais j’ai emporté avec moi cette certitude: que Lazare n’est pas lépreux. Sa voix n’est pas altérée, ses cheveux et tous les poils sont intacts, et les plaies sont différentes. Il ne l’est pas, non!
Et Marthe me peine parce qu’elle ne me croit pas, parce qu’elle ne réconforte pas Lazare en le dissuadant de se croire immonde. Tu vois? Il ne veut pas te voir maintenant qu’il sait que tu es ici, pour ne pas te contaminer. Les sottes peurs de ma sœur le privent aussi de ton réconfort!…”
Sa nature véhémente la porte à la colère. Mais voyant que sa sœur désolée éclate en sanglots, sa colère tombe tout d’un coup et elle embrasse Marthe en lui donnant un baiser et elle lui dit: “Oh! Marthe! Pardon! Pardon! C’est la douleur qui me rend injuste! C’est l’amour que j’ai pour toi et Lazare qui voudrait vous convaincre! Ma pauvre sœur! Pauvres femmes que nous sommes!”
“Allons! Ne pleurez pas ainsi. Vous avez besoin de paix et de compassion mutuelle pour vous et pour lui. Lazare, d’ailleurs, n’est pas lépreux, c’est Moi qui vous le dis.”
“Oh! viens le voir, Seigneur. Qui mieux que Toi peut juger s’il est lépreux?” supplie Marthe.
“Ne t’ai-je pas déjà dit qu’il ne l’est pas?”
“Oui, mais comment peux-tu le dire si tu ne le vois pas?”
“Oh! Marthe! Marthe! Dieu te pardonne parce que tu souffres et que tu es comme en délire! J’ai pitié de toi et je vais voir Lazare et je découvrirai ses plaies et…”
“Et tu vas le guérir!!!” crie Marthe en se relevant. “Je t’ai déjà dit d’autres fois que je ne puis le faire… Mais je vous donnerai la paix de vous savoir en règle avec la loi sur les lépreux.