“Maître, qu’en penses-tu? Ces romains, comme l’homme de Pétra, pourront-ils jamais arriver à ta Doctrine, eux qui ont eu un contact si limité avec Toi? Et cet Alexandre? Il s’en est allé… Nous ne le verrons plus. Et ces derniers aussi. On dirait qu’en eux il y a une recherche instinctive de la vérité, mais ils sont plongés jusqu’au cou dans le paganisme. Réussiront-ils jamais à conclure quelque chose de bon?”
“Tu veux dire à trouver la Vérité?”
“Oui, Maître.”
“Et pourquoi ne devraient-ils pas réussir?”
“Parce que ce sont des pécheurs.”
“N’y a-t-il qu’eux de pécheurs? N’y en a-t-il pas parmi nous?”
“Beaucoup, je l’admets. Mais justement je dis que si nous, déjà nourris de sagesse et de vérité depuis des siècles, nous sommes pécheurs et n’arrivons pas à devenir justes et à suivre la Vérité que Toi tu représentes, comment pourront-ils le faire, eux, saturés d’impuretés comme ils le sont?”
“Tout homme peut arriver à rejoindre et à posséder la Vérité, c’est-à-dire Dieu, quel que soit son point de départ pour y arriver. Quand il n’y a pas d’orgueil de l’esprit et de dépravation de la chair, mais une sincère recherche de la Vérité et de la Lumière, pureté d’intention et aspiration vers Dieu, une créature est sûrement sur le chemin de Dieu.”
“Orgueil de l’esprit… et dépravation de la chair… Maître… alors…”
“Continue ta pensée qui est bonne.”
Judas tergiverse, puis il dit:
“Alors eux ne peuvent rejoindre Dieu, car ce sont des dépravés.”
“Ce n’est pas cela que tu voulais dire, Judas. Pourquoi as-tu bâillonné ta pensée et ta conscience? Oh! Comme il est difficile que l’homme monte vers Dieu! Et le plus grand obstacle se trouve en lui-même qui ne veut pas réfléchir sur lui-même et reconnaître ses défauts. Vraiment aussi on calomnie Satan bien souvent, en lui attribuant toute cause de ruine spirituelle. Et l’on calomnie encore davantage Dieu en Lui attribuant tous les événements. Dieu ne viole pas la liberté de l’homme. Satan ne peut l’emporter sur une volonté affermie dans le Bien. En vérité je vous dis que soixante-dix fois sur cent, l’homme pèche par sa propre volonté. Et — on ne le pense pas, mais il en est ainsi — et il ne se relève pas du péché parce qu’il se refuse à s’examiner, et même si sa conscience, par un mouvement imprévu, se dresse en lui et crie la vérité qu’il n’a pas voulu méditer, l’homme étouffe ce cri, anéantit cette représentation qui se dresse devant son intelligence sévère et affligée, s’efforce d’altérer sa pensée suggestionnée par la voix accusatrice, et se refuse à dire par exemple: “Mais alors nous, moi, nous ne pouvons atteindre la Vérité parce que nous avons l’orgueil de l’esprit et ta corruption de la chair”. Oui, en vérité, parmi nous, on n’avance pas vers la voie de Dieu parce que parmi nous il y a l’orgueil de l’esprit et la corruption de la chair. Un orgueil vraiment émule de celui de Satan, au point de juger ou d’entraver les actions de Dieu quand elles sont contraires aux intérêts des hommes ou des partis. Et ce péché fera de nombreux Israélites des damnés éternels.”
“Nous ne sommes pas tous ainsi, pourtant.”
“Non. Des esprits bons il y en a encore et dans toutes les classes. Plus nombreux chez les humbles gens du peuple, que parmi les savants et les riches. Mais il y en a. Mais combien y en a-t-il? Combien, par rapport à ce peuple de Palestine que depuis presque trois ans j’évangélise et comble de bienfaits et pour lequel je m’épuise? Il y a plus d’étoiles dans une nuit nuageuse que d’esprits décidés à venir à mon Royaume en Israël.”
“Et les gentils (= païens), ces gentils, y viendront?”
“Pas tous, mais beaucoup. Et aussi parmi mes disciples eux-mêmes, tous ne persévéreront pas jusqu’à la fin. Mais ne nous préoccupons pas des fruits qui, échaudés, tombent de la branche! Cherchons, tant que c’est possible, à ne pas les échauder au moyen de la douceur, de la fermeté, des reproches et du pardon, de la patience et de la charité. Puis, quand ils disent ‘non’ à Dieu et aux frères qui veulent les sauver, et quand ils se jettent dans tes bras de la Mort, de Satan, en mourant impénitents, baissons la tête et offrons à Dieu notre souffrance de n’avoir pas pu Lui donner la joie du salut de cette âme. Tout maître connaît de ces défaites. Et elles servent elles aussi à mortifier l’orgueil des maîtres spirituels et à éprouver leur constance dans le ministère. La défaite ne doit pas lasser la volonté de l’éducateur spirituel, mais au contraire le pousser à faire davantage et mieux à l’avenir.”
“Pourquoi as-tu dit au décurion Le décurion est le chef d'un manipule romain. Il s'agit du gradé, rencontré en EMV 514.7/9. que tu le verras sur un mont? Comment fais-tu pour le savoir?”
Jésus regarde Judas d’un regard prolongé et étrange, où la tristesse se mêle au sourire, et il dit:
“Parce qu’il sera un de ceux qui seront présents à mon élévation et il dira au grand docteur d’Israël une sévère parole de vérité. Et à partir de ce moment-là, il commencera sa marche assurée vers la Lumière. Mais nous voici à Gabaon. Que Pierre aille avec sept autres pour m’annoncer. Je parlerai tout de suite pour congédier ceux des villages voisins qui me suivent. Les autres resteront avec Moi jusqu’après le sabbat. Toi, Judas, reste avec Matthieu, Simon et Barthélemy.”
(Je n’ai pas reconnu dans le décurion quelqu’un des soldats présents à la Crucifixion. Mais je dois dire aussi que prise par l’observation de mon Jésus, je ne les ai pas beaucoup remarqués Il s'agit de la longue scène de la crucifixion, écrite un an et demi auparavant (le 27 mars 1945), mais insérée dans le tome 10 en EMV 609. Le décurion apparaît en 609.16 et en 609.30. . Pour moi, c’était un groupe de soldats préposés au service, rien de plus. En outre, quand j’aurais pu mieux les observer parce que “tout était accompli”, il y avait une lumière si faible que seuls les visages très connus pouvaient être reconnus. Je pense pourtant, d’après les paroles de Jésus, que c’est le soldat qui dit à Gamaliel des paroles dont je ne me souviens pas, et que je ne puis contrôler parce que je suis seule et que je ne puis me faire donner par personne le cahier de la Passion.)