“Et vous deux, vous n’en approuvez aucune?” dit Jésus pour piquer leur intérêt.
“Non, Nous trouvons en toutes quelque chose de vrai, ou beaucoup de vrai, Mais nous sentons aussi qu’il manque ce qu’il y a de plus vrai.”
“Et vous ne savez pas le trouver?”
“Peut-être Jean et moi nous l’aurions trouvé, mais il nous paraît presque blasphémer de le dire car… Nous sommes de bons Israélites, et nous craignons Dieu, presque au point de ne pouvoir dire son Nom. Et de penser que, si l’homme du peuple élu, l’homme fils de Dieu ne peut pour ainsi dire prononcer le Nom béni et crée des termes de remplacement pour nommer son Dieu, de penser que Satan puisse oser nuire à Dieu, cela nous paraît une pensée blasphématrice. Et pourtant, nous nous rendons compte que la douleur ne cesse d’agir envers Toi parce que tu es Dieu et que Satan te hait. Te hait comme aucun autre. Tu trouves la haine, mon Frère, parce que tu es Dieu” dit Jacques.
“Oui, dit Jean. Tu trouves la haine parce que tu es l’Amour. Ce ne sont pas les pharisiens ou les rabbins, ce n’est pas celui-ci ou celui-là, ni pour ceci ou pour cela, qu’ils se dressent pour te donner la douleur. C’est la Haine qui pénètre les hommes et les dresse contre Toi, blêmes de haine, parce que par ton amour, tu arraches trop de proies à la Haine.”
“Il manque encore une chose aux nombreuses définitions. Cherchez la raison la plus vraie. Celle pour laquelle j’existe…” dit Jésus pour les encourager.
Mais personne ne trouve. Ils réfléchissent, réfléchissent. Ils renoncent en disant:
“Nous ne trouvons pas…”
“Elle est si simple. Elle est toujours devant vous. Elle résonne dans les paroles de nos livres, dans les figures de notre histoire… Allons, cherchez! Dans toutes vos définitions, il y a du vrai, mais il manque la raison première. Cherchez-la, non pas dans le présent, mais dans le passé le plus lointain, au-delà des prophètes, au-delà des patriarches, au-delà de la création de l’Univers…”
Les apôtres réfléchissent… mais ils ne trouvent pas. Jésus sourit. Puis il dit:
“Et pourtant, si vous vous rappeliez mes paroles, vous trouveriez la raison. Mais vous ne pouvez encore tout vous rappeler. Pourtant, vous vous souviendrez un jour.
515.3 - Écoutez, Remontons ensemble le cours des siècles, jusqu’aux limites du temps. Qui a gâté l’esprit de l’homme, vous le savez. C’est Satan, le Serpent, l’Adversaire, l’Ennemi, la Haine. Appelez-le comme vous voulez. Mais pourquoi l’a-t-il gâté? À cause d’une grande envie: celle de voir l’homme destiné au Ciel d’où lui avait été chassé. Il a voulu pour l’homme l’exil que lui avait eu. Pourquoi avait-il été chassé? Pour s’être révolté contre Dieu. Vous le savez. Mais en quoi? Pour l’obéissance. Au commencement de la douleur, il y a une désobéissance. Et alors, n’est-il pas nécessairement logique que pour rétablir l’Ordre qui est toujours Joie, il doit y avoir une obéissance parfaite? Obéir est difficile, surtout si c’est en matière grave. Ce qui est difficile donne de la douleur à celui qui l’accomplit. Réfléchissez donc que si l’Amour m’a demandé si je voulais ramener la Joie aux fils de Dieu, je dois souffrir infiniment pour accomplir l’obéissance à la Pensée de Dieu. Je dois donc souffrir pour vaincre, pour effacer non pas un ou mille péchés, mais le Péché lui-même par excellence, qui dans l’esprit angélique de Lucifer ou dans celui qui animait Adam, a été et sera toujours, jusqu’au dernier homme, le péché de désobéissance à Dieu. Pour vous, hommes, votre obéissance doit se limiter à ce peu — qui vous paraît si grand, mais qui est si peu — que Dieu vous demande. Dans sa justice, Il vous demande seulement ce que vous pouvez donner. Vous, des volontés de Dieu, vous connaissez seulement ce que vous pouvez accomplir.
Mais Moi, je connais sa Pensée toute entière, pour les grands événements et les plus petits. Pour Moi, il n’y a pas de limites pour la connaissance et l’exécution. L’amoureux Sacrificateur, l’Abraham divin, n’épargne pas la Victime et son Fils.
C’est l’Amour inassouvi et offensé qui exige réparation et offrande. Et si je vivais mille et mille années, ce ne serait rien si je ne consumais pas l’Homme jusqu’à sa dernière fibre, de même que rien n’aurait existé si de toute éternité je n’avais pas dit “Oui” à mon Père, en me disposant à obéir et comme Dieu Fils et comme Homme, au moment que mon Père aurait trouvé juste.
L’obéissance est douleur et gloire. L’obéissance, comme l’esprit, ne meurt jamais. En vérité je vous dis que les vrais obéissants deviendront des dieux, mais après une lutte continuelle contre eux-mêmes, le monde, Satan. L’obéissance est lumière. Plus on est obéissant et plus on est éclairé et plus on voit clair. L’obéissance est patience, et plus l’on est obéissant, plus on supporte les choses et les personnes. L’obéissance est humilité, et plus on est obéissant, plus on est humble avec le prochain. L’obéissance est charité car elle est un acte d’amour, et plus on est obéissant, plus les actes sont nombreux et parfaits. L’obéissance est héroïsme. Et le héros de l’esprit c’est le saint, le citoyen des deux, l’homme divinisé. Si la charité est la vertu où l’on retrouve le Dieu Un et Trin, l’obéissance est la vertu où l’on me trouve, Moi, votre Maître. Faites que le monde vous reconnaisse pour mes disciples par une obéissance absolue à tout ce qui est saint.
515.4 - Appelez Judas. J’ai quelque chose à dire à lui aussi…”
Judas accourt. Jésus montre le panorama qui se rétrécit à mesure que l’on descend, et il dit:
“Une petite parabole pour vous, futurs maîtres des esprits. Vous y verrez d’autant plus clair que vous gravirez davantage le chemin de la perfection qui est ardu et pénible. Nous, tout d’abord, nous voyions les deux plaines des philistins et de Saron avec de nombreux villages, des champs et des vergers et jusqu’à un azur lointain qui était la grande mer, et le Carmel tout vert là-bas, au fond. Maintenant, nous ne voyons plus que peu de choses. L’horizon s’est rétréci et il se rétrécira de plus en plus jusqu’à disparaître au fond de la vallée. La même chose arrive pour celui dont l’esprit descend au lieu de monter. Toujours plus limitées se font sa vertu et sa sagesse, toujours plus borné son jugement jusqu’à s’anéantir. Alors un maître d’esprits est mort pour sa mission. Il ne discerne plus et ne peut plus conduire. C’est un cadavre, et il peut corrompre comme il s’est corrompu. La descente parfois, presque toujours, l’entraîne parce qu’il trouve en bas des satisfactions sensuelles.
Nous aussi, nous descendons dans la vallée pour trouver repos et nourriture, mais si cela est nécessaire pour notre corps, il n’est pas nécessaire de satisfaire l’appétit sensuel et la paresse de l’esprit, en descendant dans les vallées de la sensualité morale et spirituelle. Il n’y a qu’une seule vallée à laquelle il soit permis d’accéder, c’est celle de l’humilité. Mais parce que Dieu Lui-même y descend afin de saisir l’esprit humble pour l’élever vers Lui. Celui qui s’humilie sera exalté. Toute autre vallée est mortelle car elle éloigne du Ciel.”
“C’est pour cela que tu m’as appelé, Maître?”
“C’est pour cela. Tu as beaucoup parlé avec ceux qui t’interrogeaient.”
“Oui, et ce n’était pas la peine. Ils ont l’intelligence plus dure que des mulets.”
“Et Moi, j’ai voulu déposer une pensée là où tout est sorti. Pour que tu puisses nourrir ton esprit.”
Judas le regarde interdit. Il ne sait si c’est un don ou un reproche. Les autres qui n’avaient pas remarqué l’entretien de l’Iscariote avec ceux qui les suivaient, ne comprennent pas que Jésus reproche à Judas son orgueil.
515.5 - Judas préfère amener prudemment la conversation dans une autre direction et il demande: