“Assez! Assez! Il mérite d’être de nouveau aveugle pour tous les mensonges qu’il dit! Moi, je peux le jurer sur le Saint, je ne le connais que de vue et je ne lui ai jamais parlé.”

“C’en est vraiment assez. Ton âme est en règle, Ô Judas de Kérioth qui ne crains pas Dieu car tu sais que tes actions sont saintes. Toi… heureux qui n’as rien à craindre” lui dit Joseph en le regardant d’un œil sévère, un œil qui le transperce.

“Je ne crains pas, non, car je suis sans péché.”

“Nous péchons tous, Judas. Et c’est encore peu si nous savons nous repentir après les premiers péchés et ne pas accroître leur nombre et leur perversité!” dit Nicodème qui n’a jamais parlé jusqu’alors.

511.7 - Et puis il se tourne vers le Maître et dit:

“L’ennui c’est que Joseph de Sephoris a été menacé d’expulsion de la synagogue, s’il t’accueille encore, et Bartolmaï en a été chassé. Il s’y était rendu avec son père et sa mère, mais des pharisiens les attendaient à leur synagogue et lui ont refusé l’entrée et ont crié sur lui l’anathème.”

“Mais, c’en est trop! Jusqu’à quand, ô Seigneur…” crient plusieurs.

“Paix! Paix! Ce n’est rien. Bartolmaï est sur le chemin du Royaume. Qu’a-t-il donc perdu? Il est dans la Lumière. N’est-il donc pas fils de Dieu plus qu’auparavant? Oh! ne confondez pas les valeurs! Paix! Paix! Nous n’irons plus chez Joseph… Je regrette qu’Isaac doive y conduire ma Mère et Marie d’Alphée… Mais cela n’aurait été que pour quelques heures, car quelqu’un y a déjà pourvu.”

Il s’adresse à Jean de Nobé:

“Père, as-tu peur du Sanhédrin? Tu vois ce qu’il en coûte d’héberger le Fils de l’homme… Tu es âgé. Tu es un fidèle Israélite.

Tu pourrais être chassé de la synagogue pour tes derniers sabbats. Pourrais-tu le supporter? Parle avec sincérité. Et si tu crains, Moi je m’en irai. Il y aura bien encore dans les monts d’Israël une grotte pour le Fils de Dieu…”

“Moi, Seigneur? Mais que veux-tu que je craigne sinon Dieu? Je ne crains pas la bouche du tombeau. Je la regarde, au contraire, comme une amie, et veux-tu que je craigne la bouche des hommes? Je craindrais seulement le jugement de Dieu si, par crainte des hommes, je chassais de chez moi Jésus, le Christ de Dieu!”

“C’est bien. Tu es un juste… Je resterai ici… quand je ne serai pas dans les villes voisines, comme je compte le faire encore une fois.”

“Viens à Rama, chez moi, Seigneur” dit Nicodème.

“Et si cela te nuit?”

“Est-ce que peut-être les pharisiens ne t’invitent pas dans une mauvaise intention? Ne pourrais-je le faire pour étudier ton cœur?”

“Oui, Maître. Allons à Rama. Mon père en sera si heureux s’il est à la maison. Et s’il n’y est pas, comme il arrive souvent, il trouvera ta bénédiction à son retour” dit Thomas d’une voix suppliante.

“Nous irons à Rama, comme première destination. Demain…”

511.8 - “Maître nous te quittons. Nous avons dehors nos montures et nous allons être à Rama avant la fin de la seconde veille. La lune blanchit les chemins comme un pâle soleil. Adieu, Maître, La paix soit avec Toi” dit Nicodème.

“Paix à Toi, Maître… et, écoute un bon conseil de Joseph l’Ancien. Sois un peu rusé. Regarde autour de Toi. Ouvre tes yeux et serre tes lèvres. Fais, et ne dis jamais d’avance ce que tu veux faire… Et ne viens pas à Jérusalem pendant quelque temps, et si tu y viens, ne t’arrête au Temple que le temps nécessaire pour prier. Tu m’entends? Adieu, Maître. Paix à Toi.”

Joseph a marqué très nettement les paroles soulignées par moi, et en les disant, il fixait intensément Jésus. Son seul regard était un avertissement.

Ils sortent dans le petit jardin sous les rayons blancs de la lune, détachent leurs robustes montures liées au tronc du noyer, montent en selle et s’en vont sur la route déserte et blanche…

Jésus rentre dans la cuisine avec les siens.

“Mais qu’aura-t-il voulu dire, au fond?”

“Et comment ont-ils fait pour savoir?”

“Que vont-ils faire à Joseph de Sephoris?”

“Rien. Des mots. Rien de plus que des mots. N’y pensez plus. Choses passées et sans conséquences. Allons. Disons la prière et séparons-nous pour la nuit. “Notre Père…”

Il les bénit, les regarde partir, puis il monte avec les quatre qu’il a retenus dans la pièce où sont les lits.