“Si. Mais c’est de Jérusalem qu’il parle.”
“Est-ce que par hasard Jérusalem possède un Tabernacle où Dieu réside Le texte emploie le mot tente qui équivaut à Tabernacle ou Temple. ? Dieu peut-Il être présent par sa gloire aux péchés qui se consomment dans les murs du Temple? Un autre Tabernacle était nécessaire, et qui fût saint, et qui fût une étoile pour ramener au Très-Haut ceux qui sont perdus. Et cela on l’a dans la Corédemptrice qui dans les siècles des siècles aura la joie d’être la Mère des rachetés. “Tu brilleras d’un éclat splendide. Tous les peuples de la Terre se prosterneront devant toi. Les nations viendront de loin pour te porter des présents et elles adoreront en toi le Seigneur…
Elles invoqueront ton grand nom… Ceux qui ne t’écouteront pas seront parmi les maudits, et bénis seront ceux qui se serreront près de toi…Tu seras heureuse en tes enfants car ils seront les bénis réunis près du Seigneur”, Le vrai cantique de la Corédemptrice. Et déjà le chantent dans le Ciel les anges qui voient… La Jérusalem nouvelle et céleste, c’est en elle qu’Elle commence. Oh! Oui, voilà la vérité. Et le monde l’ignore et l’ignorent les rabbins enténébrés d’Israël…” Jésus se plonge dans ses pensées…
511.4 - “Mais de qui parle-t-il?” demande l’Iscariote à Philippe qui est près de lui.
Avant que ce dernier réponde Élise, qui est en train de mettre sur la table du fromage et des olives noires, lui dit plutôt rudement:
“C’est de sa Mère qu’il parle. Tu ne comprends pas?”
“Mais je n’ai jamais su qu’Elle soit nommée par les prophètes comme martyre… On parle du seul Rédempteur, et…”
“Et tu crois qu’il n’y a que la torture de la chair? Et tu ne sais pas qu’elle n’est rien, pour une mère, par rapport à celle de voir mourir un fils? Ton intelligence — je ne parle pas de ton cœur, je ne connais pas ses palpitations — ton intelligence, dont tu te vantes, ne te dit-elle pas que dix et dix fois une mère se soumettrait à la torture et à la mort, pour ne pas entendre un gémissement de son fils? Homme, tu es homme, et tu connais le savoir. Moi, je ne sais qu’être femme et mère, mais je te dis que tu es plus ignorant que moi car tu ne connais même pas le cœur de ta mère…”
“Oh! Tu m’offenses!”
“Non. Je suis vieille et je te conseille. Rends ton cœur sagace, et tu éviteras les pleurs et le châtiment. Fais-le, si tu le peux.”
Les apôtres, spécialement Jude d’Alphée, Jacques de Zébédée, Barthélemy et le Zélote, se regardent par en dessous et baissent la tête pour cacher le sourire qui pointe sur leurs lèvres, pour la franchise de l’observation d’Élise à l’apôtre qui se croit parfait. Jésus, toujours absorbé, n’entend rien.
Élise se tourne vers Anastasica et lui dit:
“Viens, pendant qu’ils terminent le repas allons préparer deux autres lits, car trois c’est peu”
Et elle va sortir.
“Élise, vous ne donnerez sûrement pas le vôtre! s’écrie Pierre. Cela ne va pas. Jean et moi, nous pouvons dormir sur des tables. Nous sommes habitués.”
“Non, Simon. Il y a des treillis et des nattes, mais c’est rangé. Maintenant nous allons les monter sur des chevalets.”
Et elle sort avec l’autre.
Les apôtres, fatigués, somnolent presque dans la tiédeur de la cuisine. Jésus réfléchit, le coude appuyé sur la table et la tête soutenue par sa main.
511.5 - Un coup à la porte. Thomas, qui en est le plus près, se lève pour ouvrir et s’écrie:
“Toi, Joseph?! Et avec Nicodème?! Entrez! Entrez!”
“Paix à Toi, Maître, et à ceux qui sont dans cette maison. Nous allons à Rama, Maître. C’est Nicodème qui m’y a invité. En passant, nous avons dit: “Arrêtons-nous pour saluer le Maître”. Nous voulions savoir si… tu avais été encore importuné, attendu qu’ils sont allés te chercher chez Joseph. Déjà ils t’ont cherché partout depuis que tu as guéri cet aveugle. Ils n’ont pas franchi les murs, c’est vrai. Ils n’ont pas déplacé un siège pour ne pas profaner le sabbat, et pour cela ils se croient purs, mais pour te chercher, pour suivre Bartolmaï, oh! ils ont fait bien plus que le chemin permis!”
“Et comment l’ont-ils su puisque le Maître n’a rien fait en chemin?” demande Matthieu.
“Voilà: nous ne savions pas même qu’il était guéri. Nous sommes allés à la synagogue, et puis saluer Nikê, et Isaac et Marziam qui étaient chez elle et puis, après le coucher du soleil, nous sommes vite venus ici” dit Pierre.
“Vous ne saviez pas, mais les envoyés des pharisiens l’ont su. Vous n’avez pas vu, mais moi, j’ai vu. Deux d’entre eux étaient présents quand le Maître a touché les yeux de l’aveugle. Ils attendaient depuis des heures.”
“Comment donc?” demande Judas de Kérioth d’un air innocent.