“Et la mienne” dit l’autre Jacques.

“Mais pour peu de temps. As-tu entendu ce qu’a dit Jésus à Isaac et à Jean et Matthias? “Quand vous reviendrez à la nouvelle lune de Scebat, venez avec les femmes disciples, en plus de ma Mère.”

“Je ne sais pas pourquoi il ne veut pas que Marziam revienne avec elles. Il lui a dit: “Tu viendras quand je t’appellerai”.

“Peut-être pour que Porphyrée ne reste pas sans aide… Si personne ne pêche, là-bas on ne mange pas. Si on n’y va pas, Marziam doit y aller. Ce n’est pas assez certainement du figuier, du rucher, de quelques oliviers et des deux brebis pour entretenir une femme, la vêtir, la nourrir…” observe André.

505.2 – Jésus, arrêté contre le mur d’enceinte du Temple, les regarde venir. Il a avec Lui Pierre, Marziam et Jude d’Alphée. Des pauvres se lèvent de leurs grabats de pierre, placés sur le chemin qui vient vers le Temple — celui qui va de Sion vers le Moriah, non celui qui va d’Ophel au Temple Du sud-ouest et non du sud. Le Moriah est la partie où est construite le Temple. Sion désigne soit l'éperon rocheux au sud d'Ophel, ce n'est pas le cas ici, soit le mont où est le Cénacle. C'est le cas ici. — et ils vont en se lamentant vers Jésus pour Lui demander l’obole. Aucun ne demande la guérison. Jésus commande à Judas de leur donner de l’argent, puis il entre dans le Temple.

Il n’y a pas foule. Après la grande affluence des fêtes, il n’y a plus de pèlerins. Seuls ceux qui pour des affaires importantes sont obligés de venir à Jérusalem, ou ceux qui habitent dans la ville elle-même, montent au Temple. Aussi les cours et les portiques, sans être déserts, sont beaucoup moins fréquentés et semblent plus vastes et plus sacrés, en étant moins bruyants.

Les changeurs aussi, et les marchands de colombes et autres animaux, sont moins nombreux, adossés aux murs du côté du soleil, un soleil blafard qui se fraie un chemin à travers les nuages gris.

Après avoir prié dans la Cour des Israélites, Jésus revient sur ses pas et il s’adosse à une colonne pour observer… observé Lui-même.

505.3 – Il voit revenir, certainement de la Cour des Hébreux, un homme et une femme qui, sans pleurer ouvertement, montrent un visage plus douloureux que des larmes. L’homme essaie de réconforter la femme mais on voit que lui aussi est très affligé.

Jésus se détache de la colonne et va à leur rencontre.

“De quoi souffrez-vous?” demande-t-il avec pitié.

L’homme le regarde, étonné de cet intérêt qui, peut-être, lui semble indélicat. Mais l’œil de Jésus est si doux qu’il en est désarmé. Pourtant, avant de parler de sa douleur, il demande:

“Comment donc un rabbi s’intéresse-t-il aux souffrances d’un simple fidèle?”

“C’est que le rabbi est ton frère, Ô homme. Ton frère dans le Seigneur, et il t’aime comme le dit le commandement.”

“Ton frère! Je suis un pauvre cultivateur de la plaine de Saron, vers Dora. Toi, tu es un rabbi.”

“La souffrance est pour les rabbis comme pour tout le monde. Je sais ce qu’est la souffrance et je voudrais te consoler.”

La femme écarte un instant son voile pour regarder Jésus et elle murmure à son mari:

“Dis-le-lui. Peut-être il pourra nous aider…”

505.4 – “Rabbi, nous avions une fille, nous l’avons. Pour le moment, nous l’avons encore… Et nous l’avons mariée honorablement à un jeune homme, qu’un ami commun nous… garantissait bon mari. Ils sont mariés depuis six ans et ils ont eu deux enfants de leur mariage. Deux… car après l’amour a cessé… au point que maintenant… l’époux veut le divorce. Notre fille pleure et se consume, et c’est pour cela que nous t’avons dit que nous l’avions encore: car d’ici peu, elle mourra de chagrin. Nous avons tout essayé pour persuader l’homme, et nous avons tant prié le Très-Haut… Mais aucun des deux ne nous a écouté… Nous sommes venus ici en pèlerinage pour cela, et nous y sommes restés toute une lune. Tous les jours au Temple, moi à ma place, elle à la sienne… Ce matin un serviteur de ma fille nous a apporté la nouvelle que l’époux est allé à Césarée pour lui envoyer de là le libelle de divorce. Et c’est la réponse qu’ont eue nos prières…”

“Ne parle pas ainsi, Jacques, supplie la femme à voix basse et elle dit pour finir: Le Rabbi nous maudira comme blasphémateurs… et Dieu nous punira. C’est notre douleur, elle vient de Dieu… Et s’il nous a frappés, c’est signe que nous l’avons mérité” achève-t-elle dans un sanglot.

“Non, femme. Moi, je ne vous maudis pas, et Dieu ne vous punira pas. Ainsi que je vous le dis, ce n’est pas Dieu qui vous donne cette douleur, mais l’homme. Dieu la permet pour vous éprouver et pour éprouver le mari de votre fille. Ne perdez pas la foi et le Seigneur vous exaucera.”

“C’est trop tard. Désormais notre fille est répudiée et déshonorée et elle va mourir…” dit l’homme.

“Il n’est jamais trop tard pour le Très-Haut. En un instant et à cause de la persévérance d’une prière. Il peut changer le cours des événements. De la coupe aux lèvres, il y a encore du temps pour la mort d’insinuer son poignard et pour empêcher de boire celui qui approchait la coupe de ses lèvres, et cela par l’intervention de Dieu. Moi, je vous le dis. Retournez aux places où vous priez, et persévérez aujourd’hui, demain et après-demain encore, et si vous saurez avoir foi, vous verrez le miracle.”

“Rabbi, tu veux nous réconforter… mais en ce moment… Ce n’est plus possible, et tu le sais, d’annuler le libelle une fois qu’il a été remis à la femme répudiée” insiste l’homme.

“Aie foi, te dis-je. Il est vrai qu’on ne peut l’annuler. Mais sais-tu si ta fille l’a reçu?”