Ils parlent tous à la fois.

La femme survient et en se tenant à distance de tout le monde, elle dit:

“Seigneur, la paix soit avec Toi. Ma maison t’est ouverte. Mais… je ne sais pas si… J’ai préparé le mort. C’est pour cela que je reste loin. Je puis pourtant t’indiquer les maisons qui vous accueilleront.”

“Oui, femme. Que Dieu te récompense, et avec toi ceux qui usent de pitié envers les voyageurs. Mais comment l’homme est-il mort?”

“Oh! je ne sais pas. Il n’a pas été malade. Avant-hier, il allait bien. Oui, bien sûr, il allait bien. Micaël était venu le matin pour prendre les deux brebis et les mettre avec les nôtres. Il était convenu ainsi. Et à sexte je lui avais apporté des vêtements que je lui avais lavés. Il était à table et il mangeait, en très bonne santé. Le soir encore, Mickaël avait ramené les brebis et lui avait puisé deux brocs d’eau et il lui avait donné deux fouaces qu’il s’était faites. Hier matin, mon fils est venu pour les brebis.

Tout était fermé comme maintenant et personne ne répondit aux cris de l’enfant. Il poussa la grille, mais n’arriva pas à l’ouvrir. Elle était bien fermée. Alors Mickaël a eu très peur et il a couru vers moi. Mon mari et moi, nous sommes accourus avec d’autres. Nous avons ouvert la grille, nous avons frappé à la cuisine… nous avons forcé la porte… Il était encore assis près du foyer, la tête penchée sur la table, la lampe encore toute proche, mais éteinte comme lui, un coutelas à ses pieds, une écuelle de bois à moitié incisée… La mort l’a pris ainsi… Il souriait… Il était en paix… Oh! quel visage de juste il avait! Il paraissait même plus beau… Moi… Il y a peu de temps que je m’occupais de lui, mais je m’étais attachée… et je pleure…”

“Il est en paix. Toi même tu l’as dit. Ne pleure pas! Où l’avez-vous mis?”

“Nous savions que tu l’aimais tant et alors nous l’avons mis dans le tombeau que Lévi s’est construit depuis peu. Le seul, car Lévi est riche. Nous, nous ne sommes pas riches. Là, au fond, au-delà de la route. Maintenant, si tu veux, nous allons tout purifier et…”

“Oui. Tu prendras les brebis et les colombes. Le reste, conserve-le pour les miens et Moi, pour que je puisse y séjourner quelquefois. Que Dieu te bénisse, femme.

504.8 – Allons au tombeau.”

“Tu veux le ressusciter?” demande Thomas étonné.

“Non. Pour lui, ce ne serait pas de la joie. Là où il est, il est plus heureux. Il le désirait d’ailleurs…”

Mais Jésus est tout à fait accablé. Il semble que tout concoure à augmenter sa tristesse. Sur les portes des maisons, les femmes regardent et saluent en commentant.

On est vite arrivé au tombeau, un petit cube tout frais construit. Jésus prie tout près de lui. Puis il se retourne, les yeux humides de larmes, et il dit:

“Allons… dans les maisons du village. Dans notre maisonnette il n’y a plus personne qui nous attende pour nous bénir… Mon Père! La solitude enveloppe ton Fils, le vide se fait de plus en plus vaste et plus ténébreux. Ceux qui m’aiment s’en vont et il reste ceux qui me haïssent… Mon Père! Que ta Volonté soit toujours faite et bénie!…”

Ils retournent vers le village, et deux ici, trois là, ils entrent dans les maisons de ceux qui n’ont pas touché le mort pour trouver un abri et se restaurer.