“Rien de mal, Simon. Je lui ai dit que, arrivé au premier endroit où je trouverai des disciples, je le renverrai à la maison et lui en est attristé.”
“À la maison… Oui!… Mais c’est juste… La saison…”
Pierre réfléchit. Puis il regarde Jésus et le tire par la manche pour qu’il s’abaisse jusqu’à sa bouche. Il Lui parle à l’oreille:
“Maître, mais pourquoi l’envoies-tu sans attendre…”
“À cause de la saison, tu l’as dit.”
“Et puis?”
“Simon, je ne veux pas te mentir. Et puis parce qu’il est bien que Marziam ne s’empoisonne pas le cœur…”
“Tu as raison, Maître. S’empoisonner le cœur… Voilà! C’est justement ce qui finit par arriver.”
Il élève la voix:
“Le Maître a vraiment raison. Tu iras et… nous nous verrons à Pâque. Enfin… c’est vite venu… Une fois Casleu passé… Oh! dans peu de temps, c’est le beau mois de Nisan. Oui, certainement! Il a raison…”
La voix de Pierre se fait moins assurée. Il répète lentement et avec tristesse:
“Il a raison…, et en se parlant à lui-même: Que sera-t-il arrivé d’ici Nisan?”
Il se frappe le front de la main, l’air désolé.
504.6 – Et ils vont, ils vont dans la journée humide. Il cesse de pleuvoir jusqu’au moment où, avec de la boue jusqu’aux genoux, ils montent dans cinq petites barques humides et sableuses qui descendent de nouveau en suivant le courant. Alors la pluie reprend et, en frappant l’eau calme du fleuve qui reflète les nuages grisâtres, elle y dessine des cercles qui se font et se défont continuellement en un jeu de facettes nacrées.
Le paysage ressemble à un désert. Sur les berges, dans les minuscules bourgades, on ne voit pas âme qui vive. La pluie ferme les maisons et rend les routes désertes. Aussi, quand au début du crépuscule ils débarquent là où se trouve le petit village de Salomon, ils trouvent la route silencieuse et déserte et ils arrivent à la maison sans être vus de personne.
Ils frappent, ils appellent. Rien. On n’entend que le roucoulement des colombes et le bêlement des brebis et le bruit de la pluie.
“Il n’y a personne. Que faisons-nous?”
“Allez aux maisons du village. D’abord à celle du petit Mickaël” ordonne Jésus.
Et pendant que les apôtres les plus jeunes y vont rapidement, Jésus reste près de la maison avec les plus âgés et ils observent et commentent.
“Tout est fermé… La grille elle-même est bien attachée et fixée. Regarde! Il y a jusqu’à un gros clou et les fenêtres sont fermées comme pour la nuit. Quelle tristesse! Et cette plainte des brebis et des colombes? Il est peut-être malade? Qu’en penses-tu, Maître?”
Jésus secoue la tête. Il est las et triste…
504.7 – Les apôtres reviennent en courant. André arrive le premier et, alors qu’il se trouve encore à quelques mètres, il crie:
“Il est mort… Ananias est mort… On ne peut entrer dans la maison car elle n’est pas encore purifiée… Depuis quelques heures il est au tombeau. Si nous avions pu venir hier… La femme, la mère de Micaël, va venir.”
“Mais qu’est-ce qui nous poursuit?!” éclate Barthélemy.
“Pauvre vieux! Il était si heureux! Il se trouvait si bien! Mais comment? Quand est-il tombé malade?”