La femme jette un coup d’œil oblique à ceux qui l’accompagnent et qu’ils interprètent à leur manière.

“La femme a son mari malade et te demande sa guérison. C’est une personne influente de la cour d’Hérode. Tu as intérêt à l’exaucer.”

“Non parce qu’elle est influente, mais parce qu’elle est malheureuse je l’exaucerai, si je peux. Je l’ai déjà dit. Qu’a ton mari? Pourquoi n’est-il pas venu? Et pourquoi ne veux-tu pas que j’aille le trouver?”

Autre silence, et autre regard oblique.

“Veux-tu me parler sans témoins? Viens.”

503.6 – Ils s’écartent de quelques pas.

“Parle.”

“Maître… je crois en Toi. Je crois tellement que je suis certaine que tu sais tout de lui, de moi, de notre vie malheureuse… Mais lui ne croit pas… Mais lui te hait… Mais lui…”

“Mais lui ne peut pas guérir car il n’a pas la foi. Non seulement il n’a pas la foi en Moi, mais pas même dans le vrai Dieu.”

“Ah! Tu sais?”

La femme pleure désespérément.

“C’est un enfer, ma maison! Un enfer! Tu délivres les possédés. Tu sais donc ce qu’est le démon. Mais ce démon subtil, intelligent, faux et instruit, le connais-tu? Sais-tu à quelles perversions il amène? Sais-tu à quels péchés? Sais-tu quelles ruines il cause autour de lui? Ma maison? Est-ce une maison? Non. C’est le seuil de l’Enfer. Mon mari? Est-ce mon mari? Maintenant il est malade et ne s’occupe pas de moi. Mais quand il était encore fort et désireux d’amour, était-ce un homme celui qui m’embrassait, qui me tenait, qui me possédait? Non! J’étais dans les spires d’un démon, je sentais la respiration et la glu d’un démon. Je l’ai tant aimé, je l’aime. Je suis sa femme et il m’a pris ma virginité quand j’étais seulement un peu plus qu’une enfant: j’avais à peine quatorze ans. Mais quand je me rappelais cette première heure, et qu’avec elle je repensais aux sensations intactes du premier embrassement qui m’a rendue femme, moi, avec d’abord ce qu’il y a de meilleur en moi, puis avec la chair et le sang, je reculais d’horreur quand je me ressouvenais que lui est souillé par la nécromancie. Il me semblait que ce n’était pas mon homme, mais les morts qu’il évoquait, qui étaient sur moi pour se rassasier de moi… Et même maintenant, maintenant, même rien qu’à le regarder mourant et encore plongé dans cette magie, j’en éprouve du dégoût. Ce n’est pas lui que je vois… C’est Satan. Oh! quelle douleur est la mienne! Même dans la mort, je ne serai pas avec lui car la Loi l’interdit. Sauve-le, Maître. Je te demande de le guérir pour lui donner le temps de se guérir.”

La femme pleure avec angoisse.

“Pauvre femme! Moi, je ne puis le guérir.”

“Pourquoi, Seigneur?”

“Parce que lui ne le veut pas.”

“Si, il a peur de la mort. Si, il le veut.”

“Il ne le veut pas. Ce n’est pas un fou, ce n’est pas un possédé qui ne connaît pas son état et qui ne demande pas d’être délivré parce qu’il ne peut penser librement. Ce n’est pas quelqu’un dont la volonté est inhibée. C’est quelqu’un qui veut être tel. Il sait que ce qu’il fait est défendu. Il sait qu’il est maudit par le Dieu d’Israël, mais il persiste. Même si je le guérissais, en commençant par son âme, il reviendrait à sa jouissance satanique. Sa volonté est corrompue. C’est un rebelle. Je ne puis.”

503.7 – La femme pleure plus fort. Ceux qui l’ont accompagnée s’en approchent.

“Tu ne la contentes pas, Maître?”

“Je ne puis.”

“Je vous l’avais dit, moi. Et la raison?”

“C’est toi, sadducéen, qui le demandes? Je te renvoie au livre des Rois. Lis ce que disait Samuel à Saül 1Samuel 28,11 et suivants. Saül demande à une nécromancienne d'Endor de faire apparaître le prophète Samuel. et ce que disait Élie à Ochozias Le roi Ochozias, blessé, envoie consulter Belzébuth à Acron (Ekron). Élie avertit, arrête les messagers et prédit que la blessure sera mortelle (2Rois 1,2-17). Voir aussi Lévitique 19,4.26.31 et Lévitique 20,6. . L’esprit du prophète reproche au roi de l’avoir dérangé en l’évoquant du royaume des morts. Il n’est pas permis de le faire. Lis le Lévitique, si tu ne te souviens plus de la parole de Dieu, Créateur et Seigneur de tout ce qui existe, Gardien de la vie et de ceux qui sont morts. Morts et vivants sont dans les mains de Dieu Peut-être Ecclésiaste (Qohèleth) 9,1-5. et il ne vous est pas permis de les arracher à elles. Ni par vaine curiosité, ni par une violence sacrilège, ni par une incrédulité maudite. Que voulez-vous savoir? S’il existe un avenir éternel? Et vous dites que vous croyez en Dieu. S’il y a un Dieu, il aura Lui aussi une cour. Et que sera-t-elle si elle n’est pas éternelle comme Lui, faite d’esprits éternels? Si vous dites que vous croyez en Dieu, pourquoi ne croyez-vous pas à sa parole? Sa parole ne dit-elle pas: “Vous ne pratiquerez pas la divination, vous n’observerez pas les songes” Deutéronome 18,10-11. ? Ne dit-il pas: “Si quelqu’un s’adresse aux mages et aux devins, et fornique avec eux, Je retournerai contre lui ma face et l’exterminerai du milieu de son peuple” Lévitique 20,6. . Ne dit-il pas: “Ne vous faites pas des dieux à votre convenance”? Et qu’êtes-vous? Des samaritains et des perdus, ou des fils d’Israël? Et qu’êtes-vous: sots ou capables de raisonner? Et si vous raisonnez pour nier l’immortalité de l’âme, pourquoi évoquez-vous les morts? Si elles ne sont pas immortelles ces parties incorporelles qui animent l’homme, que reste-t-il d’un homme après la mort? De la pourriture et des ossements, des ossements calcinés qui sortent de la vermine. Et si vous ne croyez pas à Dieu, au point que vous recourez à des idoles et des signes pour obtenir la guérison, de l’argent, des réponses, comme fait celui dont vous demandez la santé, car vous vous faites des dieux à votre convenance et vous croyez qu’ils peuvent vous dire des paroles plus vraies, plus saintes, plus divines que celles que Dieu vous dit? Maintenant je vous dis la même réponse d’Élie à Ochozias: “Pourquoi as-tu envoyé des messagers pour consulter Belzébuth, dieu d’Accaron, comme s’il n’y avait pas en Israël un Dieu que l’on puisse consulter? À cause de cela, tu ne descendras pas du lit sur lequel tu es monté et certainement tu mourras dans ton péché”

503.8 – “C’est toujours Toi qui nous insultes et nous attaques. Je te le fais remarquer. Nous venons vers Toi pour…”

“Pour m’attirer dans un piège. Mais je vous lis le cœur. Bas les masques, hérodiens vendus à l’ennemi d’Israël! Bas les masques, pharisiens faux et cruels! Bas les masques, sadducéens, vrais samaritains! Bas les masques, scribes dont les paroles sont contraires aux faits! Bas les masques, vous tous, vous violateurs de la Loi de Dieu, ennemis de la Vérité, concubins du Mal! À bas, profanateurs de la Maison de Dieu! À bas, vous qui entraînez les consciences faibles! À bas, chacals qui flairez la victime dans le vent qui l’a effleurée et qui suivez cette piste et qui guettez en attendant l’heure favorable pour tuer, et qui vous pourléchez les lèvres sur lesquelles vous goûtez à l’avance le goût du sang et qui rêvez à cette heure!… O brocanteurs et fornicateurs qui vendez pour beaucoup moins qu’une poignée de lentilles votre droit d’aînesse parmi les peuples et n’avez plus les bénédictions. Ce seront d’autres peuples qui se revêtiront de la toison de l’Agneau de Dieu et, comme de vrais Christ, ils apparaîtront aux yeux du Très-Haut. Et quand Il sentira la fragrance de son Christ qui émane d’eux, Il dira: