“Quelque malheur se prépare” dit le vieux Jean.

“Oui. Ceux qui sont dans les cabanes, je ne sais pas comment ils vont faire…” dit Pierre.

Le vent est si fort que les petites flammes d’une lampe à trois becs, allumée pour éclairer la pièce fermée, vacillent bien que les portes soient barrées.

Au fracas du vent qui croît toujours plus et frappe la maison avec de la terre et des débris, au point qu’il semble tomber une grêle fine, se mêlent des cris de femmes de plus en plus proches. Ce sont des épouses épouvantées, des mères angoissées:

“Nos maris! Nos fils! Ils sont en route. Nous avons peur. Un mur de la maison abandonnée s’est écroulé… Seigneur! Jésus! Pitié!”

489.7 - Jésus se lève debout, ouvre non sans mal la porte que le vent pousse de toute sa force. Des femmes courbées pour résister au vent — c’est une vraie trombe d’air sous un ciel menaçant — gémissent en tendant les bras.

“Entrez. Ne craignez pas!” dit Jésus.

Et il regarde le ciel et les arbres sur le point d’être déracinés.

“Rentre, Jésus! Tu vois comme s’abattent les branches et tombent les tuiles? Il n’est pas prudent de rester dehors” crie Jude d’Alphée.

“Pauvres oliviers! C’est de la grêle. Là où elle tombe, la récolte est finie” dit Pierre sentencieusement.

Jésus ne rentre pas. Il sort même tout à fait dans le tourbillon qui tord son vêtement et soulève ses cheveux. Il ouvre les bras, prie, et puis commande:

“Suffit! Je le veux!” et il rentre dans la maison.

Le vent a un dernier mugissement et puis il tombe tout d’un coup. Il est impressionnant le silence qui se fait après pareil fracas. Il l’est tellement que des maisons se montrent des visages étonnés. Il reste les signes de la trombe d’air: feuilles, branches arrachées, lambeaux de rideaux. Mais tout est tranquille. Le firmament répond à la terre, qui n’est plus bouleversée, par un éclaircissement des nuages qui de noirs deviennent clairs, se dispersent sans faire de dégâts, mais en laissant tomber une pluie fine qui achève de purifier l’air souillé par tant de poussière.

“Mais qu’y a-t-il eu?”

“C’est fini?”

“Cela semblait la fin, et maintenant il fait beau!”

Des voix s’interrogent d’une maison à l’autre.

Les femmes qui étaient accourues près de Jésus courent dehors:

“Le Seigneur! Le Seigneur est avec nous! Il a fait un miracle! Il a arrêté le vent! Il a rompu les nuages! Hosanna! Hosanna! Louange au Fils de David! Paix! Bénédiction! Le Christ est avec nous! Il est avec nous le Béni! Le Saint! Le Saint! Le Saint! Le Messie est avec nous! Alléluia!”

Le village déverse dehors tous ses vrais habitants et ceux qui s’y trouvent occasionnellement, c’est-à-dire les apôtres et les disciples qui accourent tous à la maisonnette où est Jésus. Tous veulent l’embrasser, le toucher, l’exalter.

“Louez le Seigneur Très-Haut. C’est Lui le Maître des vents et de l’eau. S’il a écouté son Fils, cela a été pour récompenser la foi et l’amour que vous avez eus pour Lui.”

Et il voudrait les congédier. Mais qui peut calmer un village en fête, agité par un miracle évident? Surtout si c’est un village rempli de femmes? Les efforts de Jésus sont vains. Il sourit avec patience alors que le vieillard qui le loge baise sa main gauche qu’il arrose de ses larmes.

489.8 - Voici les premiers hommes, essoufflés, apeurés, qui reviennent de Jérusalem. Ils craignent je ne sais quel malheur. Ils voient le peuple en fête.

“Qu’y a-t-il? Qu’y a-t-il eu? Mais vous n’avez pas eu la tempête? De la montagne, on voyait la ville disparaître sous des nuages de poussière. Nous croyions qu’elle était écroulée. Et ici, tout est sauf!”

“Le Seigneur! Le Seigneur! Il est venu à temps pour nous sauver de la ruine. Seule est tombée la maison maudite et quelques tuiles et quelques branches. Et vous? Qu’est-il arrivé à Jérusalem?”

Les questions et les réponses se croisent, mais les hommes se fraient un passage pour aller vénérer le Sauveur. Ce n’est qu’après qu’ils expliquent que la ville était effrayée à cause de la tempête qui menaçait et que tous s’enfuyaient des cabanes C'est la fête des Tentes pendant laquelle on vit dans des cabanes de branchages. dans les maisons et que les propriétaires des oliviers pleuraient déjà sur leur récolte… quand d’un seul coup le vent s’était calmé et que le ciel s’était éclairci en laissant tomber un peu de pluie… et toute la ville était étonnée.

Et, parce que la fantaisie travaille vite dans certains cas, les hommes racontent que pendant que les gens s’enfuyaient, plusieurs qui avaient été dans le Temple les jours précédents, voyant que le Moriah Mont sur lequel le Temple est construit. Le Saint des Saints est à son sommet. était le plus envahi par les rafales au point que les comptoirs des changeurs avaient été renversés et que la maison du Pontife avait subi des dégâts, disaient que c’était un châtiment de Dieu, pour les insultes faites à son Messie. Et patati et patata… Plus il arrivait d’hommes, et plus leurs récits se coloraient. Par moments ils devenaient plus apocalyptiques que ne l’étaient les récits du Vendredi Saint… Récit évangélique en : Matthieu 27,50-53 | Marc 15,37-38 | Luc 23,44-46.