Pourtant qu’arriva-t-il? Il arriva que même parmi les meilleurs il ne fut pas compris par tous. Il venait de si loin! Son langage était si nouveau! Ses volontés étaient si différentes de celles de ses sujets! Et il ne fut pas compris par tous… Et même certains le firent souffrir, et avec la souffrance lui firent subir des dommages, ou du moins risquèrent de les lui faire subir, pour l’avoir mal compris. Et quand ils comprirent qu’ils lui avaient procuré peine et dommage, ils fuirent désolés sa présence et ils ne vinrent plus vers lui, craignant sa parole.
Mais le roi avait lu dans leurs cœurs et chaque jour il les appelait par son amour, priait l’Éternel de lui accorder de les retrouver pour leur dire: “Pourquoi me craignez-vous? C’est vrai, votre incompréhension m’a fait souffrir, mais je l’ai vue sans malice, le fruit seulement de votre incapacité de comprendre mon langage si différent du vôtre. Ce qui m’afflige, c’est votre crainte. Cela me dit que non seulement vous ne m’avez pas compris comme roi, mais pas même comme ami. Pourquoi ne venez-vous pas? Mais revenez donc. Ce que la joie de m’aimer ne vous avait pas fait comprendre, vous a été rendu clair par la souffrance de m’avoir fait souffrir. Oh! venez, venez, mes amis. N’augmentez pas votre ignorance en restant loin de moi, vos brumes en vous cachant, vos amertumes en vous interdisant mon amour. Vous voyez? Nous souffrons autant vous que moi d’être séparés. Moi, plus encore que vous. Venez donc, et donnez-moi la joie”.
C’est ce que voulait dire le roi. Ce furent ses paroles. Et de même Dieu parle aussi à ceux qui pèchent et c’est ainsi que parle le Sauveur à ceux qui peuvent s’être trompés.
Et c’est ainsi que le Roi d’Israël parle à ses sujets, le vrai Roi d’Israël, celui qui veut amener ses sujets du petit royaume de la Terre au grand Royaume des Cieux. Ne peuvent y entrer ceux qui ne suivent pas le Roi, ceux qui n’apprennent pas à comprendre ses paroles et sa pensée. Mais, comment comprendre si à la première erreur on fuit le Maître?
Que personne ne se laisse abattre s’il a péché et s’est repenti, s’il s’est trompé et reconnaît son erreur. Qu’il vienne à la Source qui efface les erreurs et qui donne lumière et sagesse, qu’il se désaltère à elle qui brûle de se donner et qui est venue du Ciel pour se donner aux hommes.”
489.5 - Jésus se tait. Seul le vent fait entendre sa voix de plus en plus forte. En haut de la colline où se trouve Nobé, le vent s’acharne tellement que les arbres font entendre des craquements effrayants.
Les gens sont obligés de rentrer dans leurs maisons. Mais quand ils se sont éloignés et que Jésus revient à la maison en fermant la porte, Mathias, suivi de Manahen et de Timon, sort de derrière le muret et entre dans le petit jardin pour frapper à la porte close.
Jésus Lui-même vient ouvrir.
“Maître, les voilà …!” dit Mathias en montrant les deux qui sont restés honteux au bord du jardin et qui n’osent pas lever le visage pour regarder Jésus.
“Manahen! Timon! Mes amis!” dit Jésus en sortant dans le jardin et en refermant la porte, pour indiquer à ceux de l’intérieur de ne pas sortir par curiosité.
Et il va vers les deux, les bras ouverts, déjà ouverts pour les embrasser.
Les deux lèvent leur visage, touchés par l’amour qui tremble dans la voix du Maître, ils voient le visage et les yeux tout pleins d’amour, et leur peur tombe, ils courent en avant et disent avec un cri rendu rauque par leurs larmes: “Maître!” et ils tombent à ses pieds pour embrasser ses chevilles, en baisant ses pieds nus qu’ils baignent de leurs larmes.
“Mes amis! Pas là! Ici sur le cœur. Je vous ai tant attendu! Et j’ai tant compris! Allons …!”
Et il cherche à les relever.
“Pardon! Oh! Pardon!… Ne nous le refuse pas, Maître. Nous avons tant souffert!”
“Je le sais. Mais si vous étiez venus plus tôt, plus tôt je vous aurais dit: “Je vous aime”.
“Tu nous aimes? Maître?! Comme avant?!” dit, le premier, Timon en levant un visage interrogateur.
“Plus qu’avant, car maintenant vous êtes guéris de toute humanité dans votre amour pour Moi.”
“C’est vrai! Oh! mon Maître!” et Manahen bondit debout et ne résiste plus. Il se jette sur la poitrine de Jésus, et Timon l’imite…
“Vous voyez comme on est bien ici? N’y est-on pas mieux que dans un pauvre palais royal? Où m’avoir davantage, et plus puissant, doux, riche de trésors sans fin, qu’en me possédant comme Sauveur, Rédempteur, Roi spirituel, Ami affectueux?”
“C’est vrai! C’est vrai! Oh! ils nous avaient séduits! Et il nous semblait qu’ils t’honoraient et que leurs idées étaient justes! Voir la tentative de couronnement de Jésus fomentée par ses partisans puissants (EMV 464.5/11). ”
“N’y pensez plus. C’est passé, cela appartient au passé. Laissez le temps, qui s’écoule rapidement comme le tourbillon qui nous frappe, l’emmener au loin, le disperser pour toujours…
489.6 - Mais entrons dans la maison. Il n’est pas possible de rester ici…”
C’est en fait une vraie trombe ce qui arrive du nord sur le village. Des branches qui tombent, des tuiles qui volent, quelque muret peu résistant de terrasse qui tombe avec fracas. Le noyer et le pommier se tordent comme s’ils voulaient s’arracher du sol.
Ils entrent dans la maison, et les quatre apôtres regardent étonnés le visage, encore mouillé de larmes des deux disciples, contrastant avec le sourire de leur visage. Mais ils ne disent rien.