487 – Au Temple pour la fête des Tentes. Discours sur la nature du Christ

4 septembre 1946

Le mercredi 4 septembre 1946.

487.1 - Le Temple est encore plus bondé que la veille. Et dans la foule qui l’emplit et s’agite dans la première cour, je vois beaucoup de gentils (=païens), beaucoup plus qu’hier. Ils sont tous dans une attente anxieuse, tant les Israélites que les gentils. Et ils parlent, les gentils avec les gentils, les hébreux avec les hébreux, en groupes disséminés ça et là, sans perdre de vue les portes.

Les docteurs, sous les portiques, se fatiguent à élever la voix pour attirer et faire étalage d’éloquence. Mais les gens sont distraits, et ils parlent à des élèves peu nombreux. Gamaliel est là, à sa place. Mais il ne parle pas. Il va et vient sur son somptueux tapis, les bras croisés, la tête inclinée, méditant, et son long vêtement, son manteau encore plus long qu’il a ouvert et qui pend retenu aux épaules par deux agrafes d’argent, lui font par derrière une traîne qu’il repousse du pied quand il revient sur ses pas. Ses disciples, les plus fidèles, adossés au mur, le regardent en silence, craintifs, et ils respectent la méditation de leur maître.

Des pharisiens, des prêtres, font semblant d’avoir beaucoup à faire et ils vont et viennent… Les gens, qui comprennent leurs véritables intentions, se les montrent du doigt, et quelque commentaire part comme une fusée allumée pour brûler leur hypocrisie. Mais ils font semblant de ne pas entendre. Ils sont peu nombreux par rapport au grand nombre de ceux qui ne haïssent pas Jésus et qui par contre les haïssent eux. Aussi ils trouvent prudent de ne pas réagir.

487.2 - “Le voilà! Le voilà! Il vient par la Porte Dorée aujourd’hui!”

“Courons!”

“Je reste ici. C’est ici qu’il viendra parler. Je garde ma place.”

“Et moi de même, et même ceux qui s’en vont font place à nous qui restons.”

“Mais le laisseront-ils parler?”

“S’ils l’ont laissé entrer!”

“Oui, mais c’est autre chose. Comme fils de la Loi, ils ne peuvent l’empêcher d’entrer, mais en tant que rabbi, ils peuvent le chasser, s’ils le veulent.”

“Que de différences! S’ils le laissent aller pour parler à Dieu, pourquoi ne devraient-ils pas le laisser parler à des hommes?” (c’est un gentil (=païen) qui parle).

“C’est vrai, dit un autre gentil. Nous, parce que nous sommes impurs, ils ne nous laissent pas aller là, mais ici, oui, dans l’espoir qu’on devienne circoncis…”

“Tais-toi, Quintus. C’est pour cela qu’ils le laissent nous parler, espérant nous tailler comme si nous étions des arbres. Au contraire, nous venons prendre ses idées comme des greffes pour les sauvageons que nous sommes.”

“Tu dis bien. Le seul qui ne nous dédaigne pas!”

“Oh! pour cela! Quand on va faire des achats avec une bourse pleine, les autres non plus ne nous dédaignent pas.”

“Regarde! Nous gentils, nous sommes restés maîtres de la place. Nous entendrons bien! Et nous verrons mieux! Il me plaît de voir le visage de ses ennemis. Par Jupiter! Un combat de visages…”

“Tais-toi! Qu’on ne t’entende pas nommer Jupiter. C’est défendu ici.”

“Oh! entre Jupiter et Jéhovah, il n’y a que peu de différence. Et entre dieux, on ne s’en offense pas… Je suis venu avec un vrai désir de l’entendre, pas pour me moquer. On en parle tant partout de ce Nazaréen! J’ai dit: la saison est bonne, et je vais l’entendre. Il y en a qui vont plus loin pour entendre les oracles…”

“D’où viens-tu?”

“De Pergé”

“Et toi?”

“De Tarse”