“Ta Mère ne viendra jamais?”

“Au début du printemps.”

“Oh! alors, je ne la verrai plus…”

“Si. Tu la verras. C’est Moi qui te le dis. Tu dois me croire.”

“Je crois à tout, Seigneur, même à ce que les faits démentent.”

“Marziam, où est-il?”

“À Jérusalem avec les disciples, mais il vient ici le soir, d’ici peu, désormais. Et tes apôtres, ils ne sont pas avec Toi?”

“Ils sont à côté avec Maximin qui vient au secours de leur fatigue et de leur épuisement.”

“Vous avez beaucoup marché?”

“Beaucoup, sans arrêt. Je te raconterai… Pour l’instant, repose-toi. Je te bénis pour maintenant.”

Et Jésus le bénit et se retire.

485.5 - Les apôtres sont maintenant avec Marziam et avec presque tous les bergers, et ils parlent de l’insistance des pharisiens pour savoir quelque chose de Jésus. Ils disent que cela a éveillé leurs soupçons, de sorte que leurs disciples ont pensé à se mettre de garde sur toutes les routes qui conduisent à l’intérieur de Jérusalem pour avertir le Maître.

“En effet, rapporte Isaac, nous sommes disséminés sur toutes les routes à quelques stades des Portes, et à tour de rôle nous passons une nuit ici. C’est notre tour.”

“Maître, dit en riant Judas, ils disent qu’à la porte de Jaffa il y avait la moitié du Sanhédrin. Ils se disputaient entre eux, car certains rappelaient mes paroles d’Engannim; d’autres juraient avoir appris que tu avais été à Dothaïn; d’autres, au contraire, disaient qu’ils t’avaient vu près d’Éphraïm, et cela les rendait furieux de ne pas savoir où tu étais…”

Et il rit de la farce qu’il a jouée aux ennemis de Jésus Cf. EMV 481.5/7 : Judas brouille les pistes des pharisiens lancés à la poursuite de Jésus. .

“Demain ils me verront.”

“Non, demain, c’est nous qui y allons. C’est déjà convenu: tous en groupe, et en nous mettant bien en vue.”

“Je ne veux pas. Tu mentirais.”

“Je te jure que je ne mentirai pas. S’ils ne me disent rien, je ne leur dis rien. S’ils nous demandent si tu es avec nous, je dirai: “Et ne voyez-vous pas qu’il n’y est pas?”, et s’ils veulent savoir où tu es, je répondrai: “Cherchez-le, vous. Comment voulez-vous que je sache où est le Maître, ence moment?” En effet, je ne pourrais certes pas savoir si tu es à la maison, ici, ou dans les vergers, ou bien je ne sais où.”

“Judas, Judas, je t’ai dit…”

“Et moi, je te dis que tu as raison. Mais ce ne sera pas toujours de ma part simplicité de colombe, mais prudence de serpent. Toi la colombe, moi le serpent. Et ensemble nous formerons cette perfection que tu as enseignée”.

Il prend le ton qu’a Jésus quand il instruit, et il dit, en imitant le Maître à la perfection:

“Je vous envoie comme des brebis parmi des loups. Soyez donc prudents comme les serpents et simples comme les colombes… Ne vous préoccupez pas comment répondre, car à ce moment-là vous seront mises sur les lèvres les paroles car ce n’est pas vous qui parlez, mais l’Esprit qui parle en vous… Quand on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre jusqu’à ce qu’arrive le Règne du Fils de l’homme… Discours pour l'envoi en mission des apôtres, au mois de juillet de l'année précédente. Cf. EMV 265.7/9. ” Je les rappelle et c’est le moment de les appliquer.”

“Je ne les ai pas dites ainsi, et pas celles-ci seulement” objecte Jésus.

“Oh! pour le moment, il ne faut se rappeler que celles-là, et les dire ainsi. Je sais ce que tu veux dire. Mais si la foi en Toi ne s’est pas bien établie, et c’est une pierre dans ton Royaume, il ne convient pas de se livrer aux ennemis. Ensuite… nous dirons et ferons le reste…”

L’expression de Judas est si brillante d’intelligence et d’espièglerie qu’il conquiert tout le monde, sauf Jésus qui soupire. C’est vraiment le séducteur auquel rien ne manque pour triompher des hommes.

Jésus soupire et réfléchit… Mais il se rend, en remarquant que la prévoyance de Judas n’est pas entièrement mauvaise. Judas expose triomphalement tout son plan.

“Nous irons donc demain et après-demain jusqu’au lendemain du sabbat, et nous resterons dans une cabane de branchages dans la vallée du Cédron, en parfaits Israélites. Eux se lasseront de t’attendre… et alors tu viendras. En attendant, tu resteras ici, tranquille, à te reposer. Tu es épuisé, mon Maître, et nous ne le voulons pas. Les portes closes, l’un de nous viendra te dire ce qu’ils font. Oh! ce sera beau de les voir déçus!”

Tous sont d’accord, et Jésus n’oppose pas de résistance. Peut-être son extrême fatigue, peut-être le désir de réconforter Lazare, de lui donner tout le réconfort avant la lutte finale, le décident à céder. Peut-être aussi la nécessité réelle de se garder libre tant que ne sont pas accomplies toutes les œuvres qui sont nécessaires pour qu’Israël ne doute pas de sa Nature avant de le juger comme coupable… Il dit, ce qui est sûr:

“Et qu’il en soit ainsi. Pourtant ne cherchez pas querelle, et évitez les mensonges. Taisez-vous plutôt, mais ne mentez pas. Allons maintenant, car Marthe nous appelle. Viens, Margziam. Je te trouve meilleure mine…” il s’éloigne tout en parlant, un bras autour des épaules du tout jeune disciple.