Et les pleurs reprennent interrompant les paroles des deux sœurs qui ont parlé alternativement.

“Et je suis venu…”

“Pour le guérir?! Oh! mon Seigneur!” dit Marie rayonnante d’espoir à travers ses larmes.

“Oh! Moi, je le disais! Si le Maître vient…“dit Marthe en joignant les mains en un geste de joie.

“Oh! Marthe! Marthe! Que sais-tu des opérations et des décrets de Dieu?”

“Hélas, Maître! Tu ne vas pas le guérir?!” s’écrient-elles ensemble en retombant dans leur peine.

“Je vous dis: ayez une foi sans bornes dans le Seigneur. Continuez de l’avoir malgré toute insinuation et tout événement, et vous verrez de grandes choses quand votre cœur n’aura plus de raison d’espérer les voir. Que dit Lazare?”

“Il y a un écho de tes paroles dans les siennes. Lui nous dit: “Ne doutez pas de la bonté et de la puissance de Dieu. Quoi qu’il arrive, Il interviendra pour votre bien et le mien, et pour le bien d’un grand nombre, de tous ceux qui, comme moi et comme vous, sauront rester fidèles au Seigneur”. Et quand il est en mesure de le faire, il nous explique les Écritures; il ne lit plus qu’elles désormais, et il nous parle de Toi, et il dit qu’il meurt dans un temps heureux parce que l’ère de la paix et du pardon est commencée. Mais tu l’entendras… car il dit aussi d’autres choses qui nous font pleurer aussi, plus que pour notre frère…” dit Marthe.

“Viens, Seigneur. Toute minute qui passe est dérobée à l’espoir de Lazare. Il comptait les heures… Il disait: “Et pourtant, pour la fête, il sera à Jérusalem et il viendra…” Nous, nous qui savons beaucoup de choses que nous ne disons pas à Lazare pour ne pas le faire souffrir, nous avions moins d’espoir, car nous pensions que tu ne viendrais pas pour échapper à ceux qui te cherchent… C’était ce que pensait Marthe.

Moi non, car… si j’étais à ta place, je défierais les ennemis. Je ne suis pas de celles qui ont peur des hommes, moi. Et maintenant, je n’ai même plus peur de Dieu. Je sais combien II est bon pour les âmes repenties…” dit Marie, et elle le regarde de son regard d’amour.

“Tu n’as peur de rien, Marie?” demande Jésus.

“Du péché… et de moi-même… J’ai toujours peur de retomber dans le mal. Je pense que Satan doit me haïr beaucoup.”

“Tu as raison. Tu es une des âmes que Satan hait le plus, mais tu es aussi une des plus aimées de Dieu. Souviens-toi de cela.”

“Oh! je m’en souviens. C’est ma force ce souvenir! Je me rappelle ce que tu as dit dans la maison de Simon. Tu as dit: “II lui est beaucoup pardonné, parce qu’elle a beaucoup aimé”, et à moi: “Les péchés te sont pardonnés. Ta foi t’a sauvée. Va en paix”. Tu as dit: “les péchés”. Non pas plusieurs, tous. Et alors je pense que tu m’as aimée, ô mon Dieu, sans mesure. Or, si ma pauvre foi d’alors, telle qu’elle pouvait surgir dans une âme appesantie par les fautes, a tant obtenu de Toi, ma foi de maintenant ne pourra-t-elle pas me défendre du Mal?”

“Oui, Marie. Veille et surveille toi-même. C’est humilité et prudence. Mais aie foi dans le Seigneur. Il est avec toi.”

485.4 - Ils entrent dans la maison. Marthe va trouver son frère. Marie voudrait servir Jésus, mais il veut d’abord aller voir Lazare. Ils entrent dans la pièce dans la pénombre, où se consomme le sacrifice.

“Maître!”

“Mon ami!”

Les bras squelettiques de Lazare se tendent vers le haut, ceux de Jésus se penchent pour embrasser le corps de l’ami languissant. Un long embrassement. Puis Jésus recouche le malade sur les oreillers et le contemple avec pitié. Mais Lazare sourit. Il est heureux. Dans son visage ravagé, ne resplendissent vivants que les yeux enfoncés, mais rendus lumineux par la joie d’avoir là Jésus.

“Tu vois? Je suis venu, et pour rester beaucoup avec toi.”

“Oh! tu ne peux Seigneur. À moi, on ne dit pas tout, mais j’en sais assez pour te dire que tu ne le peux. À la douleur qu’ils te donnent, ils ajoutent la mienne, ma part, en ne me laissant pas expirer dans tes bras. Mais moi qui t’aime, je ne puis par égoïsme te retenir près de moi, en danger. Pour Toi… j’ai déjà pourvu… Tu dois changer d’endroit sans cesse. Toutes mes maisons te sont ouvertes. Les gardiens ont des ordres et de même les intendants de mes champs. Mais ne va pas séjourner au Gethsémani, l’endroit est très surveillé. Je parle de la maison. Car dans les oliviers, surtout ceux du haut, tu peux y aller et par plusieurs chemins, sans qu’ils le sachent. Marziam, tu sais qu’il est déjà ici? Marziam a été interrogé par certains alors qu’il était dans le pressoir avec Marc. Ils voulaient savoir où tu étais, si tu venais. L’enfant a très bien répondu: “Il est Israélite et il viendra. Par où, je ne sais pas, l’ayant quitté au Mérom”. Ainsi il les a empêchés de te dire pécheur et il n’a pas menti.”

“Je te remercie, Lazare. Je t’écouterai, mais nous nous verrons souvent tout de même”.

Il le contemple encore.

“Tu me regardes, Maître? Tu vois à quel point je suis réduit? Comme un arbre qui se dépouille de ses feuilles à l’automne, je me dépouille d’heure en heure de chair, de forces et d’heures de vie. Mais je dis la vérité quand je dis que, si je regrette de ne pas vivre assez pour voir ton triomphe, je suis heureux de m’en aller pour ne pas voir, impuissant comme je le suis pour la freiner, la haine qui grandit autour de Toi.”

“Tu n’es pas impuissant; tu ne l’es jamais. Tu pourvois aux besoins de ton Ami, dès avant qu’il n’arrive. J’ai deux maisons de paix, et je pourrais dire également chères: celle de Nazareth, et celle-ci. Si là-bas se trouve ma Mère, l’amour céleste pour ainsi dire aussi grand que le Ciel pour le Fils de Dieu, ici j’ai l’amour des hommes pour le Fils de l’homme, l’amour amical, plein de foi et de vénération… Merci, mes amis!”