Les apôtres ne sont pas enthousiastes. Mais Jésus dit:

“Judas a raison. Nous prendrons ce chemin. Après, nous aurons le temps de nous reposer. J’ai encore autre chose à faire avant que l’heure arrive et soit achevée, et je ne dois pas, par sottise, me livrer à eux jusqu’à ce que tout soit accompli. Nous passerons ainsi chez Lazare. Il est certainement très malade, et il m’attend… Vous, mangez. Moi, je me retire. Je suis fatigué…”

“Mais même pas un peu de nourriture! N’es-tu pas malade, hein?”

“Non, Simon. Mais cela fait sept jours que je ne dors pas dans un lit. Adieu, amis. La paix soit avec vous…”

Et il se retire.

481.7 - Judas jubile:

“Vous avez vu? Lui est humble et juste et il ne repousse pas ce qu’il sent être bon…”

“Oui… mais… Crois-tu qu’il soit content? Vraiment content?”

“Je ne le crois pas… Mais il comprend que j’ai raison…”

“Je voudrais savoir comment tu as fait pour savoir tant de choses. Et pourtant… tu as toujours été avec nous!…”

“Oui, et vous me surveillez comme une bête dangereuse. Je le sais, mais cela ne fait rien. Rappelez-vous cela: même un mendiant et même un voleur peut servir pour savoir, et même une femme. J’ai parlé avec un mendiant, et je lui ai fait l’aumône. Avec un voleur et j’ai découvert… Avec une… femme et… que de choses peut savoir une femme!”

Les apôtres se regardent stupéfaits. Du regard ils s’interrogent. Quand? Où Judas a-t-il su et approché?…

Il rit et dit:

“Et avec un soldat! Oui, car la femme avait tant parlé au point de m’envoyer chez le soldat. Et j’ai eu confirmation, et j’ai fait savoir… Tout est permis quand c’est nécessaire, même les courtisanes et les troupes!”

“Tu es… tu es!…” dit Barthélemy, en retenant ce qu’il allait dire.

“Oui, je suis moi. Rien de plus que moi. Un pécheur pour vous. Mais moi, avec tous mes péchés, je sers mieux le Maître que vous. Et du reste… Si une courtisane sait ce que veulent faire les ennemis de Jésus, c’est signe qu’eux vont chez les courtisanes ou les ont avec eux, ballerines et mimes, pour se récréer… Et s’ils les ont auprès d’eux… je peux les avoir moi aussi. Cela m’a servi, vous voyez? Réfléchissez qu’aux frontières de la Judée, Lui pouvait être pris. Et dites que je suis sage pour l’avoir évité…”

481.8 - Tous sont songeurs et mangent à contrecœur leur nourriture. Puis Barthélemy se lève.

“Où vas-tu?”

“Le trouver… Je ne suis pas convaincu qu’il dort. Je vais Lui porter du lait chaud… et je verrai.”

Il sort, reste absent un moment, il revient.

“Il était assis sur le lit… et il pleurait… Tu l’as affligé, Judas. Je le pensais bien.”

“Il l’a dit, Lui? Je vais m’expliquer.”

“Non. Il ne l’a pas dit. Au contraire, il a dit que tu as tes mérites, toi aussi. Mais je l’ai compris. N’y va pas. Laisse-le en paix.”

“Vous êtes tous des imbéciles. Il souffre parce qu’il est persécuté, entravé dans sa mission. Voilà ce qu’il y a” dit Judas révolté.

Et Jean confirme:

“C’est vrai. Il a pleuré même avant de vous rejoindre. Il souffre beaucoup, même pour sa Mère, pour ses frères, pour les paysans malheureux. Oh! tant de souffrances!…”

“Raconte, raconte…”

“Quitter sa Mère, c’est une souffrance. Voir qu’on ne le comprend pas, que personne ne le comprend, c’est une souffrance. Voir que les serviteurs de Yohanan (Giocana)…”

“Hé! oui! C’est vraiment une souffrance de les voir, eux!… Je suis content que Marziam ne les ait pas vus. Il aurait souffert et haï le pharisien…” dit Pierre.

“Mais mes frères Joseph, son frère ainé, et Siméon. ont encore fait souffrir Jésus?” demande sévèrement Jude Thaddée.

“Non, au contraire! Ils se sont vus et ont parlé affectueusement et ils se sont quittés en paix et avec de bonnes promesses. Mais Lui les voudrait… comme nous… et plus que nous tous… Il nous voudrait tous convaincus de son Règne et de la nature de celui-ci. Et nous…”

Jean n’en dit pas davantage… Et le silence descend dans la petite pièce qu’éclairé une lampe à deux becs en éclairant douze visages diversement pensifs.