“Et cela le rendra plus triste encore. Tu n’as pas vu comme il est attristé?”
“Je l’ai vu. Mais c’est parce qu’il est fatigué… Du reste… Je pourrai même dire aux pharisiens: “Je vous ai menti”. Ce ne sont que des vétilles. L’important c’est que Lui n’ait pas à souffrir.”
“Moi, je ne dirais rien. À personne. Si tu le dis à Lui, tu n’arriveras pas à le tenir caché. Si tu le dis à eux, tu n’arriveras pas à le sauver des embûches…” observe Philippe.
“Nous le verrons” dit Judas avec assurance.
481.5 - Il se passe un moment, et Jésus rentre avec des vêtements secs, restauré par le bain, Jean le suit.
Ils parlent de tout ce qui est arrivé au groupe apostolique ainsi qu’au Maître et à Jean. Mais personne ne parle des pharisiens jusqu’au moment où Judas déclare:
“Maître, je suis certain que tu es recherché par ceux qui te haïssent. Et pour te sauver, j’ai répandu le bruit que tu ne vas pas à Jérusalem par les chemins habituels, mais par mer jusqu’à Joppé. Eux vont se diriger de ce côté, ah! ah!”
“Mais pourquoi mentir?”
“Et eux, pourquoi mentent-ils?”
“Eux, ce sont eux, et toi, tu n’es pas, tu ne devrais pas être comme eux… ”
“Maître, je ne suis que cela: quelqu’un qui les connaît et qui t’aime. Veux-tu te ruiner? Moi, je suis prêt à l’empêcher. Écoute-moi bien, et sens mon cœur dans mes paroles. Demain tu ne sors pas d’ici…”
“Demain, c’est le sabbat…”
“C’est bien. Mais tu ne sors pas d’ici. Tu te reposes, tu…”
“Tout, sauf le péché, Judas. Aucune considération ne me fera accepter de manquer à la sanctification du sabbat.”
“Eux…”
“Qu’ils fassent ce qu’ils veulent. Moi, je ne pécherai pas. Si je le faisais, outre mon péché qui pèserait sur Moi, je mettrais en leurs mains une arme pour me ruiner. Tu ne te souviens pas qu’ils disent déjà que je suis un profanateur du sabbat?”
“Le Maître a raison” disent les autres.
“C’est bien… Tu feras ce que tu veux pour le sabbat, mais pour la route, non. Ne suivons pas le chemin de tout le monde, Maître. Écoute-moi, désoriente-les…”
481.6 - “Mais, enfin! Que sais-tu de précis, toi qui parles?” crie Simon en agitant ses bras courts. “Maître, ordonne-lui de parler!”
“Paix, Simon. Si ton frère Jésus rappelle le devoir de fraternité supérieur au jugement. Celui-ci s'exerce, comme il va le dire, dans le discernement. a eu connaissance d’un danger, peut-être avec un danger pour lui-même, et qu’il nous en avertit, nous ne devons le traiter en ennemi, mais lui en être reconnaissant. Si lui ne peut tout dire parce qu’il pourrait compromettre des tierces personnes pas assez courageuses pour prendre l’initiative de parler, mais encore assez honnêtes pour ne pas permettre un crime, pourquoi voulez-vous le forcer à parler? Laissez-le donc parler, et Moi, je prendrai ce qu’il y a de bon dans son projet en repoussant ce qui pourrait ne pas l’être. Parle, Judas.”
“Merci, Maître. Toi seul me connais vraiment pour ce que je suis. Je disais: à l’intérieur des frontières de la Samarie, nous pourrons aller en sécurité. Car en Samarie, Rome commande plus qu’en Galilée et en Judée, et eux, qui te haïssent, ne veulent pas d’ennuis avec Rome.
Pourtant, toujours pour désorienter les espions, je dis de ne pas suivre le chemin direct, mais en sortant d’ici, de se diriger vers Dothaïn et puis, sans rejoindre la Samarie, de couper le pays et de passer par Sichem, puis de descendre à Éphraïm, par l’Adomin et le Carit, et de passer de là à Béthanie.”
“Route longue et difficile, surtout s’il pleut.”
“Dangereuse! L’Adomin… Lieu célèbre pour ses attaques de brigands car la route est très fréquentée. Jésus y situe la parabole du bon samaritain. ”
“Il semble que tu cherches le danger…”