Judas Iscariote regarde Pierre avec un sourire sarcastique.

Pierre le voit… mais il se domine et ne dit rien.

Jésus le voit aussi, et s’adressant à Pierre, mais comme s’il parlait pour tous, il dit:

“Sachez pourtant que plus excusable est un excès de scrupule religieux, pour une bonne fin, que de passer sans souci sur tout pour atteindre un but humain. Je vous l’ai dit plusieurs fois: c’est la volonté bonne ou mauvaise qui donne du poids à l’action. Et dans ce cas, c’est une volonté bonne, même si elle est imparfaite dans sa forme, de s’opposer à amener l’humain dans le surhumain, et ce que l’on considère comme immonde auprès de Dieu. Son intransigeance n’est pas juste parce que je suis venu pour tout le monde. Mais il est très voisin de la perfection son jugement que, dans les choses de Dieu, on ne doit recourir qu’à son aide surnaturelle, sans mendier une aide humaine intéressée ou utilitaire.”

Et avec cette appréciation équitable, Jésus met fin à la discussion.

475.3 - Ils ont passé à pied sec un autre lit de ruisseau brûlé par l’été et rejoint la route principale qui va de Sicaminon vers la Samarie. Je crois, si j’ai bon souvenir, que c’est un endroit que j’ai vu une autre fois. La route est très fréquentée à cause de la proximité de la fête et elle a déjà pris l’aspect caractéristique des routes palestiniennes aux époques des pèlerinages obligatoires au Temple. Voyageurs, ânes, chars qui portent des personnes, avec des tentes, du mobilier pour les haltes entre les étapes, et dans Jérusalem elle-même, toujours envahie lors des solennités, au point de conseiller de camper sur les collines qui l’entourent, pourvu que la saison le permette. Puis, dans cette fête des Tabernacles, elle est encore plus sensible cette émigration de familles entières, non pas que les pèlerins soient plus nombreux que pour la Pâque ou la Pentecôte, mais parce que, devant vivre sous des cabanes pendant plusieurs jours, ils ont le mobilier que dans les autres solennités tous évitent de traîner derrière eux.

C’est vraiment l’exode d’un peuple qui se déverse de toutes les routes vers la capitale, comme le sang afflue au cœur par toutes les veines.

475.4 - Pour comprendre même maintenant la religion obstinée d’Israël, si tenace, si unie - c’est pourquoi les coreligionnaires s’aident entre eux, en quelque endroit qu’ils se trouvent poussés par le sort et, quelle que soit la nation où ils sont nés, et cela n’est pas un obstacle, car un autre juif d’une autre nation se sent toujours frère et compatriote du coreligionnaire qu’il rencontre - il faut se souvenir qu’eux, dispersés. persécutés, méprisés, apparemment sans une vraie Patrie, ne se sentent rien de tout cela. Ils ont leur Patrie, celle que leur Jéhovah Jeové dans le texte original. leur a donnée. Ils ont leur capitale: Jérusalem, et c’est là, de toutes les parties du monde, que converge le meilleur de leur être: leur esprit, leur cœur. Ils ont péché? Dieu les a punis? Les prophéties se sont réalisées? Oui. c’est vrai. Mais il reste celle-là, lumineuse, cause pour eux d’une lumineuse espérance, de la reconstruction du royaume d’Israël… de ce Messie qui doit venir… Et dans la douleur qui craint d’avoir démérité de Dieu, et dans une perpétuelle question: “Mais Jésus de Nazareth était-il le vrai Messie?”, ils cherchent à se reconstituer en Nation, pour l’avoir, ce Messie, Ils cherchent à conserver cette foi tenace à leur religion pour mériter le pardon de Dieu et voir s’accomplir la promesse.

Je suis une pauvre femme, et je ne connais rien aux problèmes politiques, je ne me suis jamais intéressée aux hébreux d’aujourd’hui et à leurs malheurs. Quelquefois même, j’ai ri d’eux de ce qu’ils attendent encore Celui qui est venu et qu’ils ont crucifié, il me semblait qu’ils versaient peut-être des larmes de crocodiles, leur conduite ne m’a pas semblé et ne me semble pas telle qu’elle puisse mériter ce qu’ils espèrent de Dieu, non pas le Christ qui désormais ne viendra qu’au Dernier Jour, mais pas non plus le rassemblement de la race hébraïque dispersée dans une Nation indépendante. Mais pourtant, maintenant que je vois, spirituellement, les pères des hébreux actuels, je comprends leur drame séculaire et leur ténacité, la source de cette ténacité qu’ils gardent toujours. C’est encore le Peuple de Dieu qui. par la volonté de Dieu, converge vers la Terre promise aux Pères, aux Patriarches, le peuple qui depuis des centaines de siècles accomplit le rite mosaïque, en pensant à Jérusalem, à son Temple qui resplendit sur le Moriah. Ils ne peuvent y aller? Si. Mais ils s’y rendent en esprit.

Les baïonnettes, les canons, les prisons servent contre l’homme, pas contre l’esprit. Israël ne peut périr, car il est resté dans sa religion. Théorique, pharisaïque, rituelle, privée de ce qui est la vraie vie d’une religion: la correspondance de l’esprit au rite matériel? Tout ce que vous voulez. Mais autour de ce corps émietté qui fut une Nation, et qui est maintenant une infinité de fragments épars sur toute la Terre, il reste pour les garder unis un ensemble d’idées, de rites, de préceptes séculaires, venus des prophètes et des rabbis et, comme un phare visible de toutes les parties du monde, un lieu resplendit: Jérusalem, et son nom est comme un appel au rassemblement, il est comme un étendard déployé pour le rappel, le souvenir, la promesse. Non. Ce peuple ne peut être réduit au silence par aucune force humaine.

Il y a en lui une force plus qu’humaine. Tout cela se comprend quand on observe ce peuple qui s’en va par des chemins impossibles, dans des saisons pénibles, insoucieux de tout ce qui est peine, joyeux de la joie d’aller à la Cité Sainte. Tout cela se comprend quand on les voit aller, les riches avec les pauvres, les enfants avec les vieux, de la Palestine ou de la Diaspora, vers leur cœur: Jérusalem. Tout cela se comprend quand on les entend chanter leurs cantiques… Et, je l’avoue, moi je voudrais que nous, les chrétiens et les catholiques, nous soyons comme eux. que nous ayons pour le cœur du Catholicisme, Rome, l’Église, et pour celui qui y vit: le Pierre d’aujourd’hui, les sentiments de ceux que je vois aller, aller, aller; je voudrais que nous ayons ce qu’ils ont eux, en plus de notre Foi parfaite parce que chrétienne.

On me dira: “Ils sont pleins de défauts.” Et nous? En sommes-nous exempts? Exempts, nous fortifiés par la Grâce et les Sacrements? Nous qui devrions être “parfaits comme le Père qui est dans les Cieux?” Matthieu 5, 48.

475.5 - J’ai fait une digression. Maïs, en suivant la marche des apôtres confondus avec les foules d’Israël, ma pensée travaillait…

Et elle travaille jusqu’au moment où, à un croisement de routes, un groupe de disciples aperçoit le Maître et se serre autour de Lui. Parmi eux se trouve Abel de Bethléem, qui se jette tout de suite aux pieds de Jésus en disant:

“Maître, j’ai tant prié le Très-Haut pour qu’il me fît te rencontrer. Je ne l’espérais plus. Mais Il m’a exaucé. Toi, maintenant, exauce ton disciple.”

“Que veux-tu, Abel? Viens là, au bord du champ. Ici, il y a trop de gens, et nous dérangeons.”

Ils se rendent en masse à l’endroit que Jésus indique et là Abel dit ce qu’il veut.

“Maître, tu m’as sauvé de la mort et de la calomnie Aser, Jacob et le serviteur de Joël montent un complot pour tuer Abel, le fils de Myrta. Jésus le sauve et frappe les trois coupables d'une lèpre immédiate. Cf. EMV 248.5/11. C'est à ce même épisode que renvoient les faits mentionnés en EMV 476.6/7. et tu as fait de moi un de tes disciples. Tu m’aimes donc beaucoup?”

“Comment peux-tu le demander?”

“Je le demande pour être certain que tu exauces ma prière. Quand tu m’as sauvé, tu as infligé à mes ennemis un horrible châtiment. Tu l’as infligé, il est certainement juste. Mais, oh! Seigneur! il est bien horrible! J’ai cherché ces trois. Chaque fois que je venais chez ma mère, je les cherchais, sur les montagnes, dans les cavernes, dans ma ville. Et je ne les trouvais jamais.”

“Pourquoi les as-tu cherchés?”

“Pour leur parler de Toi, Seigneur. Pour que, croyant en Toi, ils t’invoquent et obtiennent le pardon et la guérison. C’est seulement pendant l’été que je les ai trouvés, et pas ensemble. L’un d’eux, celui qui me haïssait à cause de ma mère, s’est séparé des autres qui sont allés plus haut, vers les monts plus élevés de Jiphtaël. Ils m’ont dit où il est… Et de ceux-ci j’ai eu la trace par des bergers de Bethléem Les bergers de Bethléem de Galilée évangélisés par Isaac. Cf. EMV 248.2. qui t’ont donné l’hospitalité ce soir-là. Les bergers, avec leurs troupeaux, vont de tous côtés, et ils savent tant de choses. Ils savaient que c’était à la montagne de la Belle Source que se trouvaient les deux lépreux que je cherchais. J’y suis allé. Oh!…” L’horreur se peint sur le visage du jeune homme, encore tout jeune.

“Continue.”

“Ils m’ont reconnu. Moi, je ne pouvais reconnaître mes concitoyens en ces deux monstres… Ils m’ont appelé… et ils m’ont prié, comme si j’étais un dieu… Le serviteur surtout m’a fait pitié Le serviteur de Joël l'homme traîtreusement assassiné. , à cause de son pur repentir. Il ne veut que ton pardon. Seigneur… Aser veut aussi la guérison. Il a une vieille mère, Seigneur, une vieille mère qui meurt de chagrin dans la ville…”

“Et l’autre? Pourquoi s’est-il séparé?”