“Tu as raison, Isaac. Hier ils demandaient trop, trop de choses… Ils penseront que, las d’attendre, nous sommes partis avant le coucher du soleil.”

“Mais hier soir, l’apôtre nous a vus?” demande quelqu’un qui était aveugle. “N’était-ce pas lui qui parlait?”

“Non. C’était un frère du Seigneur. Il ne nous trahira pas.”

“Dites seulement où vous allez pour que je puisse vous trouver quand je viendrai” dit Barthélemy.

Les malades tiennent conseil entre eux. Certains voudraient aller vers Chorazeïn, d’autres vers Magdala. Ils s’en remettent à Jésus. Et Jésus leur dit:

“Dans les champs, le long de la route qui va à Magdala. Suivez le second torrent et vous trouverez peu après une maison. Allez-y et dites: “C’est Jésus qui nous envoie”. Ils vous accueilleront comme des frères. Allez et que Dieu soit avec vous, et vous avec Dieu, en évitant le péché à l’avenir.”

460.4 - Jésus se remet en route sans revenir tout de suite au village par le chemin déjà fait. Il fait au milieu des jardins un détour qui l’amène près de la source voisine du lac. La source est prise d’assaut par les femmes qui veulent faire leur provision d’eau pendant qu’il fait frais et que le soleil n’est pas trop haut.

“Le Rabbi! Le Rabbi!”

Un rassemblement de femmes et d’enfants et aussi d’hommes du peuple, âgés pour la plupart, et oisifs à cause du sabbat.

“Un mot, Maître, pour rendre joyeuse cette journée” dit un vieillard qui tient par la main un enfant, peut-être un arrière-petit-fils car, si le vieil homme est presque certainement centenaire, l’enfant n’a pas plus de six ans.

“Oui, contente le vieux Lévi, et nous avec lui.”

“Aujourd’hui, vous avez l’explication de Jaïre. Je suis ici pour l’entendre. Vous avez un sage chef de synagogue…”

“Pourquoi parles-tu ainsi, Maître? Tu es leur chef à tous, le Maître d’Israël. Nous, nous ne connaissons que Toi.”

“Il ne faut pas. Les chefs de synagogues sont établis pour être vos maîtres, pour exercer le culte parmi vous en vous donnant l’exemple pour faire de vous de fidèles Israélites. Ils seront encore là quand je ne serai plus. Ils auront un autre nom, d’autres cérémonies, mais ils seront toujours les ministres du culte. Vous devez les aimer et vous devez prier pour eux, car là où il y a un bon chef, il y a de bons fidèles et, par conséquent, Dieu s’y trouve.”

“Nous le ferons, mais parle-nous maintenant. On nous a dit que tu vas nous quitter…”

“J’ai tant de brebis éparses à travers la Palestine. Elles attendent toutes leur Pasteur. Mais vous avez des disciples de plus en plus nombreux et sages…”

“Oui. Mais ce que tu dis est toujours bon et facile à comprendre pour nos esprits ignorants.”

“Que vais-je vous dire…?”

“Jésus, nous t’avons cherché partout!” crie Joseph d’Alphée qui est survenu avec son frère Simon et un groupe de pharisiens.

“Et où peut être le Fils de l’homme sinon parmi ceux qui sont petits et simples de cœur? Vous me vouliez? Me voici. Mais avant laissez-moi leur dire un mot…

460.5 - Écoutez. On vous a dit que je vais vous quitter. C’est vrai. Je ne l’ai pas nié, mais avant de vous quitter, je vous donne ce commandement: de veiller beaucoup sur vous-mêmes pour vous bien connaître, de vous approcher de plus en plus de la Lumière pour y voir clair. Ma parole est Lumière. Gardez-la en vous et quant à sa lumière vous découvrirez des taches ou des ombres, attachez-vous à les chasser de votre cœur. Ce que vous étiez avant que je ne vous connaisse, vous ne devez plus l’être. Vous devez être de beaucoup meilleurs, car maintenant vous en savez bien plus.

Auparavant, vous étiez comme dans un crépuscule, maintenant, vous avez la Lumière en vous. Vous devez donc être fils de la Lumière.

Regardez le ciel le matin, quand l’aube l’éclaircit: il peut sembler serein seulement parce qu’il n’est pas couvert de nuages orageux, mais à mesure que la lumière croît et que la vive clarté du soleil se développe à l’orient, voilà que l’œil étonné voit se former des taches rosées sur l’azur. Qu’est-ce? Oh! c’étaient de légères nuées, si légères qu’elles paraissaient ne pas exister tant que la lumière était incertaine mais qui, maintenant que le soleil les frappe, apparaissent comme de légères écumes sur le champ du ciel. Et elles y restent jusqu’à ce que le soleil les fonde, les dissipe par son grand éclat.

Vous, faites la même chose pour votre âme. Amenez-la de plus en plus près de la lumière, pour découvrir toute brume, même la plus légère, et puis tenez-la sous le grand Soleil de la Charité. Elle consumera vos imperfections comme le soleil fait évaporer la légère humidité qui se condense dans ces nuées si fines que le soleil fait disparaître à l’aurore. Si vous restez à fond dans la Charité, la Charité opérera en vous de continuels prodiges. Allez maintenant et soyez bons…”

460.6 - Il les congédie et va trouver les deux cousins qu’il embrasse après avoir fait de profondes inclinations aux pharisiens présents parmi lesquels se trouve Simon, le pharisien de Capharnaüm. Les autres sont des visages nouveaux.