“Il ne se sent pas bien, peut-être” déclare Marie Salomé qui est parmi les disciples.
“Des fruits et de l’eau, de l’eau et des fruits… Le corps en souffre.”
“Et lui, c’est déjà beaucoup s’il mange du pain, de l’eau et des fruits… Ils sont tellement pauvres!” dit Matthieu qui par son expérience de percepteur connaît toutes les finances de Capharnaüm.
“Qu’as-tu, petit? Tu souffres ici?… Et pourtant tu n’as pas de fièvre…” dit Marie de Cléophas, à genoux près de l’enfant.
“Oh! Maman! Mais c’est un caprice!… Tu ne vois pas? Tu les gâterais tous.”
“Je ne t’ai pas gâté, mon Jude, mais je t’ai aimé. Et tu ne te rendais pas compte que je t’aimais jusqu’à te protéger contre les rigueurs d’Alphée?…”
“C’est vrai, maman… J’ai eu tort de te faire des reproches.”
“Il n’y a pas de mal, fils. Mais si tu veux être apôtre, sache avoir des entrailles de mère pour les fidèles. Ils sont comme des enfants, tu sais… et il faut pour eux une patience affectueuse…”
“Bien parlé, Marie!” approuve Jésus.
449.3 – “Nous allons finir par être instruits par les femmes” bougonne Judas Iscariote. “Et, peut-être, même par des païennes…”
“Sans aucun doute. Elles vous dépasseront de beaucoup, si vous resterez ce que vous êtes, et toi plus que tous, Judas. Sûrement tous te dépasseront: les petits, les mendiants, les ignorants, les femmes, les gentils…”
“Autant dire que je serai l’avorton du monde, et ce serait plus vite fait” répond Judas, et il rit jaune.
“Les autres sont en train de revenir… et ce sera l’heure de partir, n’est-ce pas?” dit Barthélemy pour couper court à la scène dont souffrent plusieurs, chacun à sa manière.
Les pleurs de l’enfant atteignent leur maximum.
“Mais, en somme!! Que veux-tu? Qu’as-tu?” s’adresse à lui l’Iscariote en le secouant rudement pour le détacher des genoux de Jésus auxquels l’enfant s’est agrippé et surtout pour passer son dépit sur l’innocent.
“Avec Toi! Avec Toi!… Tu t’en vas… et les coups pleuvent drus…”
449.4 – “Ah!… Oh, le pauvre petit! C’est vrai! Depuis qu’elle s’est remariée, ceux du premier mari… sont comme des mendiants… comme s’ils n’étaient pas nés d’elle… Elle les envoie comme des mendiants et… oh! pas de pain pour eux…” dit la femme du propriétaire de la maison qui semble bien connaître la situation et les responsables. Et elle dit pour finir: “Il faudrait bien que quelqu’un les adopte, ces trois abandonnés…”
“N’en parle pas à Simon de Jonas, femme. Tu te ferais haïr à mort par sa belle-mère qui est plus que jamais butée contre lui et nous tous. Ce matin même elle a couvert d’insolences Simon et Margziam, et moi qui étais avec eux…” dit Matthieu.
“Je n’en parlerai pas à Simon… Mais c’est ainsi…”
“Et toi, tu ne les prendrais pas? Tu n’as pas d’enfants…” dit Jésus en la regardant fixement…
“Moi… Oh! cela me plairait… Mais nous sommes pauvres… et puis… Thomas… C’est qu’il a des neveux… et moi aussi… et… et”
“Et surtout tu n’es pas disposée à faire du bien à tes semblables… Femme, hier tu critiquais les pharisiens d’ici comme durs de cœur, les gens de la ville comme revêches à ma parole… Mais toi, que fais-tu de différent, toi qui me connais depuis plus de deux ans?…”
La femme baisse la tête en chiffonnant son vêtement, mais elle ne dit pas un mot en faveur de l’enfant qui pleure toujours.
449.5 – “Nous sommes prêts, Maître” crie Pierre qui arrive.
“Oh! être pauvre!… et persécuté!…” soupire Jésus en levant les bras et en faisant ainsi un geste de découragement…