“Simon, viens ici…”

Et Simon avance tout ému. Marziam essaie de donner un peu de miel au vieillard. Il plonge un doigt dans le vase et le retire couvert de miel filant pour le mettre sur les lèvres de l’aïeul qui rouvre les yeux, le regarde, lui sourit en disant:

“C’est bon.”

“Je l’ai fait pour toi… Et aussi le vêtement frais de chanvre…”

Le vieillard lève sa main tremblante et il essaie de la poser sur la tête brune, en disant:

“Tu es bon… plus que le miel… C’est… c’est ta bonté qui me fait du bien… Mais ton miel… il ne sert plus… Ni non plus le vêtement frais… Garde-les… garde-les avec ma bénédiction…”

Marziam glisse à genoux, la tête appuyée sur le bord du lit en gémissant:

“Seul! Je reste seul!”

Simon tourne autour du lit et, d’une voix plus rauque que jamais à cause de l’émotion, il dit en caressant les cheveux de Marziam:

“Non… Seul, non… Moi, je t’aime bien. Porphyrée t’aime bien… Les disciples… autant de frère… Et puis… Jésus… Jésus qui t’aime bien… Ne pleure pas, mon fils!”

“Ton… fils… oui… moi, heureux… Seigneur!… Seigneur…”

Le vieillard murmure, s’embrouille, sent venir la fin.

443.5 - Jésus l’entoure de sort bras, le soulève, entonne lentement:

“J’ai levé les yeux vers les monts, d’où viendra mon secours”

Et il poursuit le psaume 120 Psaume 120 (Hébreu 121) puis Psaume 121 (Hébreu 122). Les numéros des versets se trouvent écrits sur des points de suspensions comme si Maria Valtorta avait vérifié les numéros ultérieurement. . Puis il s’arrête, observant l’homme qui meurt dans ses bras, apaisé par ces paroles… Il entonne le psaume 121, mais il en dit peu car il a à peine commencé le quatrième verset qu’il s’interrompt pour dire:

“Pars en paix, âme juste! Phrase qui n'est pas sans rappeler la prière sur les agonisants, celle qui présida aussi à la mort de Maria Valtorta qui, obéissante dans la mort comme dans la vie, s'éteignit aux premiers mots de la prière : "Maintenant tu peux quitter ce monde, âme chrétienne. Quitte-le au nom de Dieu le Père tout-puissant qui t'a créée" : "Proficiscere, anima christiana, de hoc mundo, in nomine Dei Patris omnipotentis, qui te creavit…"

Et il le recouche lentement en lui abaissant avec la main les paupières.

Une mort si tranquille que personne, sauf Jésus, ne s’est aperçu du trépas. Pourtant ils le comprennent par le geste du Maître et il s’ensuit un bruit de voix.

Jésus fait signe de se taire. Il se tourne du côté de Marziam qui, pleurant, la tête appuyée sur le lit, ne s’est aperçu de rien. Il se penche, il l’embrasse en cherchant à le relever et il lui dit:

“Il est en paix, Marziam! Il ne souffre plus. La plus grande grâce de Dieu pour lui, c’est cela: la mort, et dans les bras du Seigneur! Ne pleure pas, cher fils. Regarde-le, comme il est en paix… En paix… Il y en a peu en Israël qui aient eu la faveur qu’a eue ce juste de mourir sur la poitrine du Sauveur. Viens ici, dans mes bras… Tu n’es pas seul. Et puis il y a Dieu, et c’est tout, qui t’aime pour tout le monde.”

443.6 - Le pauvre Marziam fait vraiment peine à voir Il avait déjà perdu ses parents morts tragiquement dans un éboulement 'cf. EMV 198.5). , mais il trouve encore la force de dire:

“Merci, Seigneur, d’être venu… Et à toi, Simon, de m’avoir amené… Et à tous, à tous merci… de ce que vous m’avez donné pour lui… Mais rien ne sert plus… Pourtant… le vêtement si… Nous sommes pauvres… Nous ne pouvons pas faire l’embaumement… Oh! mon père! Je ne puis même pas te donner un tombeau!…Mais si vous avez confiance, si vous pouvez… faites les dépenses et je vous donnerai en octobre le prix des agneaux et du poisson…”

“Ohé! Mais tu as encore un père! Moi, je m’occupe de tout! Même s’il faut vendre une barque. Nous donnerons au vieil homme tous les honneurs. Le principal est d’avoir un prêt… et quelqu’un qui donne un tombeau.

L’intendant dit:

“À Jezraël, il y a des disciples parmi le peuple. Ils ne refuseront rien. Je pars de suite et je reviendrai pour tierce…”

“Bon, mais… le pharisien?”

“Ne craignez pas. Je lui fais savoir qu’il y a un mort, et pour ne pas se contaminer, il ne va plus sortir de la maison. Je pars…”

Et pendant que Marziam, penché sur son grand-père, pleure et le caresse, et que Jésus parle doucement avec les apôtres et avec Isaac, Michée et les autres vont et viennent pour préparer les derniers honneurs à leur compagnon défunt.

443.7 - Et ici je fais une observation personnelle. Il m’est arrivé plusieurs fois de me trouver dans des circonstances semblables et j’ai souvent remarqué que ceux qui étaient présents, dans une intention bonne, ou avec une intransigeance qui ne l’est pas, font taire ceux qui se désolent d’avoir perdu un parent. Je compare cette attitude avec la douceur de Jésus qui compatit à la souffrance de l’orphelin et n’attend pas de lui un héroïsme qui ne serait pas naturel… Combien de choses il y a à apprendre du plus petit acte de Jésus!…