“Non. Sur mon conseil. Mon Fils est haï, Domina.”
“Je le sais.”
“Et il n’a de réconfort que dans sa mission.”
“Je le sais.”
“Il ne demande pas d’honneurs, ni de troupes; il ne désire pas régner ni avoir de richesses. Mais il fait valoir son droit sur les esprits.”
“Je le sais.”
“Domina… Il devrait te rendre cette fillette… Mais, ne t’indigne pas si je te le dis, ici elle ne pourrait faire que son esprit soit à Jésus. Tu es meilleure que les autres… Mais autour de toi… trop vive est la fange du monde.”
“C’est vrai. Eh bien?”
“Tu es mère… Mon Fils a des sentiments de père pour tous les esprits. Permettrais-tu que ta petite grandisse parmi ceux qui peuvent la ruiner? …”
“Non. Et j’ai compris… Eh bien… Dis à ton Fils ces mots: “En souvenir de Faustina dont tu as sauvé la chair, Valeria te laisse Aurea pour que tu sauves son esprit…” C’est vrai! Nous sommes trop corrompus… pour donner confiance à un saint… Domina, prie pour moi!”
Et elle se retire rapidement avant que Marie puisse la remercier. Elle se retire, dirais-je, en pleurant.
Marie d’Alphée est pétrifiée.
“Allons, Marie… Nous partirons à la nuit, et demain soir, nous serons à Nazareth…”
“Allons… Elle l’a cédée comme… comme une chose…”
“Pour eux c’est une chose. Pour nous, c’est une âme. Viens, regarde… Déjà le ciel commence à blanchir, là au fond, On peut dire qu’il n’y a pas de nuit, ce mois-ci…”
438.10 - Elles s’en vont par la route qui n’est plus dans la pénombre et qui s’ouvre devant elles, au lieu de suivre le chemin de la rive, une route qui est en arrière d’une rangée de maisons modestes… Quand elles en sont à la moitié, d’un coin débouche Judas visiblement aviné, un Judas qui revient de qui sait quel festin, dépeigné, le vêtement froissé, le visage barbouillé Il revient de chez une femme. (Cf. EMV 442.2 ci-après). "Je sais pourquoi j'y suis allé (à Tibériade) : pour avoir un rendez-vous avec des puissants d'Israël, et pour jouir, puisque j'ai pas mal d'argent..." .
“Judas! Toi! Dans cet état?”
Judas n’a pas le temps de faire semblant de ne pas la reconnaître et il ne peut fuir… La surprise lui fait prendre conscience et le cloue sur place, sans réaction.
Marie l’aborde en surmontant la répugnance qu’éveille l’aspect de l’apôtre et elle lui dit:
“Judas, fils malheureux, que fais-tu? Tu ne penses pas à Dieu? À ton âme? À ta mère? Que fais-tu, Judas? Pourquoi veux-tu être pécheur? Regarde-moi, Judas! Tu n’as pas le droit de tuer ton âme…”
Et elle le touche en cherchant à lui prendre la main.
“Laisse-moi tranquille. Je suis un homme enfin. Et… et je suis libre de faire ce que font tous les autres. Dis à Celui qui t’envoie pour m’espionner, que je ne suis pas encore tout esprit et que je suis jeune!”
“Tu n’es pas libre de te ruiner, Judas! Aie pitié de toi-même… En agissant ainsi tu ne seras jamais un esprit bienheureux… Judas… Lui ne m’a pas envoyée t’espionner. Il prie pour toi. Cela seulement, et moi avec Lui. Au nom de ta mère…”
“Laisse-moi tranquille” dit impoliment Judas.
Puis, se rendant compte de sa grossièreté, il corrige:
“Je ne mérite pas ta pitié… Adieu…”
Et il s’enfuit…
“Quel démon!… Je le dirai à Jésus, s’écrie Marie d’Alphée. Il a raison mon Jude!”
“Tu ne diras rien à personne. Tu prieras pour lui, cela, oui…”
“Tu pleures? Tu pleures à cause de lui? Oh…!”
“Je pleure… J’étais heureuse d’avoir sauvé Aurea… Maintenant je pleure parce que Judas est un pécheur. Mais à Jésus, si affligé, nous n’apporterons que la bonne nouvelle. Et, par des pénitences et des prières, nous arracherons le pécheur à Satan… Comme si c’était notre fils, Marie! Comme si c’était notre fils!… Tu es mère, toi aussi, et tu sais… Pour cette mère malheureuse, pour cette âme pécheresse, pour notre Jésus…”
“Oui, je prierai… Mais je ne pense pas qu’il le mérite…”
“Marie! Ne dis pas cela…”
“Je ne le dis pas, mais c’est ainsi… Nous n’allons pas chez Jeanne?”
“Non, nous y viendrons bientôt avec Jésus…”