“Oh! Je serai orfèvre pour les dames et… maître pour leurs esclaves. Un orfèvre entre dans les maisons des riches ou leurs serviteurs viennent dans sa maison… et je travaillerai… Deux métaux: ceux de la Terre pour les riches… et ceux de l’esprit pour les esclaves.”

“Que Dieu te bénisse pour tes projets, Thomas. Persévère dans cette intention…”

“Oui, Maître.”

434.3 - “Eh bien, maintenant que tu as répondu à Thomas, viens avec moi, Maître… pour voir mon travail et me dire ce que je dois peindre maintenant. Des choses humbles encore car je suis un garçon très incapable.”

“Allons, Simon…” et Jésus pose ses outils et sort avec le Zélote… Ils reviennent après un moment et Jésus lui montre l’escalier du jardin:

“Peins-le. La peinture rend le bois imperméable et le conserve plus longtemps, outre qu’il le rend plus beau. C’est comme la protection et l’embellissement de vertus sur le cœur de l’homme. Il peut être brut, grossier… mais lorsque les vertus le revêtent, il devient beau, agréable. Tu vois, pour obtenir une belle peinture et réellement efficace, il faut tant de soins. Pour commencer: prendre avec attention ce qu’il faut pour la former, à savoir un récipient débarrassé de terre ou de restes de vieilles peintures, de bonnes huiles et de bonnes couleurs, et les mélanger avec patience, les travailler et en faire un liquide qui ne soit ni trop épais ni trop liquide. Ne pas se lasser de travailler jusqu’à ce que le plus petit grumeau soit dissous. Cela fait, prendre un pinceau, un pinceau qui ne perde pas ses soies, qu’elles ne soient ni trop dures ni trop souples, que le pinceau soit bien débarrassé de toute ancienne couleur, et avant d’appliquer la peinture débarrasser le bois des rugosités, des croûtes d’ancienne peinture, de la boue, de tout, et puis, avec ordre, d’une main assurée, en allant toujours dans le même sens, étendre avec patience, avec beaucoup de patience, la peinture. En effet sur la même planche, il y a des résistances différentes. Sur les nœuds, par exemple, la peinture reste plus lisse, c’est vrai, mais sur eux la peinture se fixe mal car le bois la repousse. Par contre, sur les parties molles du bois la peinture se fixe tout de suite, mais généralement les parties molles sont moins lisses et alors il peut se former des boursouflures ou des rainures…

Voilà alors que l’on doit réparer en appliquant soigneusement la main pour étendre la couleur. Et puis il y a dans les vieux meubles des parties neuves comme cette marche, par exemple, et pour ne pas faire voir que le pauvre escalier est rapiécé, mais très vieux, il faut faire en sorte que la marche neuve soit pareille aux anciennes… Voilà, ainsi!” Jésus, qui est penché au pied de l’escalier, parle tout en travaillant…

434.4 - Thomas, qui a quitté ses burins pour venir voir de près, demande:

“Pourquoi as-tu commencé par le bas plutôt que par le haut? Ne valait-il pas mieux faire le contraire?”

“Cela semblerait préférable, mais ne l’est pas. En effet le bas est plus abîmé et amené à s’abîmer en reposant sur la terre. Il faut donc qu’il soit travaillé plusieurs fois: une première couche, puis une seconde, puis une troisième s’il est besoin… Et pour ne pas rester à rien faire pendant que le bas sèche, pour qu’il puisse recevoir une nouvelle couche, peindre pendant ce temps le haut puis le milieu de l’escalier.”

“Mais en le faisant, on peut tacher ses vêtements et abîmer les parties déjà peintes.”

“Avec de l’adresse on ne se tache pas et on n’abîme rien. Tu vois? On fait ainsi. On serre ses vêtements et on se tient à l’écart. Ce n’est pas par dégoût de la peinture, mais pour ne pas abîmer la peinture qui est délicate parce que fraîchement appliquée” et Jésus, les bras levés, peint maintenant le haut de l’escalier.

Et il continue à parler:

“On agit ainsi avec les âmes. J’ai dit, au début, que la peinture est comme l’embellissement des vertus sur le cœur humain. Elle embellit et préserve le bois des vers, de la pluie, du soleil. Malheur au maître de maison qui ne s’occupe pas des objets peints et les laisse périr! Quand on voit que le bois perd sa peinture, il ne faut pas perdre de temps et en mettre de nouveau, rafraîchir la peinture… Les vertus aussi, d’un premier élan vers la justice, peuvent périr ou disparaître complètement si le maître de maison ne veille pas. La chair et l’esprit, mis à nu, exposés aux intempéries et aux parasites, c’est-à-dire aux passions et à la dissipation, peuvent être attaqués, perdre le revêtement qui les rendait beaux, finir par n’être plus bons que… pour le feu.

Aussi que ce soit en nous ou en ceux que nous aimons comme nos disciples, quand on remarque que se dégradent, se délavent les vertus qui servent à défendre notre moi, il faut tout de suite y parer par un travail assidu, patient jusqu’à la fin de la vie, pour pouvoir s’endormir dans la mort avec une chair et un esprit, dignes de la résurrection glorieuse.

Pour que les vertus soient vraies, bonnes, commencer avec une intention pure, courageuse, qui enlève tout déchet, toute souillure, et s’appliquer à ne pas laisser d’imperfection dans la formation à la vertu et ensuite prendre une attitude ni trop dure ni trop indulgente, car l’intransigeance et l’indulgence excessives sont nuisibles. Et le pinceau: la volonté qu’elle soit nette de toute tendance humaine préexistante, qui pourrait veiner la teinte spirituelle par des rayures matérielles, et se préparer soi-même ou préparer les autres, par des opérations opportunes, fatigantes, il est vrai, mais nécessaires, pour purifier le vieux moi de toute ancienne lèpre afin qu’il soit pur pour recevoir la vertu. On ne peut en effet mélanger le vieux et le nouveau.

Puis commencer le travail, avec ordre, avec réflexion. Ne pas sauter d’un endroit à l’autre sans un motif sérieux. Ne pas aller un peu dans un sens un peu dans un autre. On se fatiguerait moins, c’est vrai, mais la peinture serait irrégulière. C’est ce qui arrive dans les âmes désordonnées. Elles présentent des endroits qui sont parfaits, puis à côté, voilà des déformations, des couleurs différentes… Insister sur les endroits qui prennent mal la peinture, sur les nœuds: défauts de la matière ou des passions déréglées, mortifiés oui, par la volonté semblable à une raboteuse qui les a péniblement lissés, mais qui restent pour faire résistance comme un nœud amputé, mais pas détruit. Et ils trompent quelquefois parce qu’ils paraissent bien couverts de vertus alors qu’il n’y a qu’une mince couche qui a vite fait de tomber. Attention aux nœuds des concupiscences. Faites en sorte qu’ils soient recouverts à plusieurs reprises par la vertu pour qu’ils ne ressortent pas en souillant le nouveau moi. Et sur les parties molles, celles qui prennent facilement la peinture, mais la reçoivent capricieusement avec des boursouflures et des rayures, passer plusieurs fois la peau de poisson pour lisser, lisser, lisser pour passer une ou plusieurs couches de peinture afin que ces parties aussi soient lisses comme un émail compact.

Et attention à ne pas surcharger. Un excès de zèle dans les vertus fait que la créature se révolte, bouillonne et s’écaille au premier choc. Non. Ni trop, ni trop peu. Une juste mesure dans le travail sur soi et sur les créatures faites de chair et d’âme.

434.5 - Dans la plupart des cas – car les Aurea sont l’exception et non pas la règle - il y a des parties neuves mêlées à des anciennes, ainsi pour les israélites qui passent de Moïse au Christ, ainsi pour les païens avec leur mosaïque de croyances qui ne pourront disparaître tout d’un coup et affleureront avec des nostalgies et des souvenirs, au moins dans les choses les plus pures, alors il faut encore plus d’attention et de tact et insister pour que le vieux se fonde harmonieusement avec le nouveau en utilisant les choses préexistantes pour compléter les nouvelles vertus.

Ainsi, chez les romains, le patriotisme et le courage viril sont des éléments importants, ces deux choses sont pour ainsi dire mythiques. Eh bien, il ne faut pas les détruire, mais inculquer un esprit nouveau au patriotisme, c’est-à-dire l’intention de donner à Rome une grandeur même spirituelle en en faisant le centre de la Chrétienté. Servez-vous de la virilité romaine pour rendre courageux dans la Foi ceux qui sont courageux au combat. Un autre exemple: Aurea. Le dégoût d’une révélation brutale la pousse à aimer ce qui est pur et à haïr ce qui est impur, Eh bien, utilisez ces deux sentiments pour l’amener à une parfaite pureté en haïssant la corruption comme si c’était le romain brutal. Me comprenez-vous?

Et des coutumes faites-en des moyens de pénétration. Ne détruisez pas brutalement. Vous n’auriez pas tout de suite ce qu’il faut pour construire. Mais remplacez tout doucement ce qui ne doit pas rester dans un converti, avec charité, patience, ténacité.

Et puisque la matière domine surtout chez les païens, même convertis, et qu’ils resteront toujours en relation avec ce milieu où ils doivent vivre, insistez beaucoup sur la fuite des plaisirs sensuels. C’est par les sens que pénètre aussi le reste. Vous, surveillez les sensations exaspérées chez les païens et, avouons-le, très vives aussi parmi nous, et quand vous voyez que le contact avec le monde effrite la peinture protectrice, ne continuez pas de peindre le haut, mais revenez au bas pour maintenir en équilibre l’esprit et la chair, le haut et le bas.

Mais commencez toujours par la chair, par le vice matériel, pour préparer la réception de l’Hôte qui n’habite pas dans les corps impurs, ni avec les esprits qui exhalent la puanteur des corruptions charnelles… Me comprenez-vous?

Et ne craignez pas de vous corrompre en touchant avec vos vêtements les parties basses, matérielles, de ceux dont vous soignez l’esprit. Avec prudence pour ne pas ruiner au lieu de construire. Vivez dans votre moi nourri de Dieu, enveloppé par les vertus, allez-y avec délicatesse surtout quand vous devez vous occuper du moi spirituel très sensible d’autrui, et certainement vous réussirez à faire, même des êtres les plus méprisables, des êtres dignes du Ciel.”

434.6 - “Quelle belle parabole tu nous as dite! Je veux l’écrire pour Marziam!” dit le Zélote.