430 – Le nid tombé et le scribe cruel. La lettre et l’esprit de la Loi

16 juin 1944

Dans la nouvelle édition, cet épisode regroupe deux chapitres de l’ancienne édition.Le vendredi 16 juin 1944, plus tard, à 10h30.

430.1 – Je vois Jésus, habillé de blanc et avec son manteau bleu foncé rejeté sur les épaules, qui chemine par un petit chemin boisé, Il est boisé car d’un côté et de l’autre il y a des arbres et des arbustes, et des sentiers coupent les verts taillis mais ce ne doit pas être un endroit désert et éloigné des habitations car on y rencontre souvent d’autres personnes. On dirait que c’est un chemin qui unit deux villages voisins en traversant les propriétés agricoles des habitants. C’est une région de plaines, et au loin on voit des montagnes. Je ne sais pas quel est cet endroit.

Jésus, qui parlait avec ses disciples, s’arrête et écoute en regardant tout autour de Lui, puis il prend un sentier dans le bois et va vers un groupe de petits arbres et d’arbustes. Il se penche et cherche. Il trouve. Dans l’herbe, il y a un nid. Je ne sais pas s’il a été abattu par la tempête, comme le fait penser le sol humide et les branches qui dégouttent encore comme après un orage, ou bien enlevé par quelqu’un puis laissé. sur place pour éviter d’être surpris, la couvée en mains. Cela, je ne le sais pas. Je vois seulement un petit nid de brins de foin entrelacés, rempli de feuilles sèches, de duvet et de laine, dans lequel s’agitent en piaillant cinq petits oiseaux de quelques jours, rouges, sans plumes, laids avec leurs becs grands ouverts et leurs yeux exorbités. En haut, sur un arbre, les parents poussent des cris désespérés.

Jésus ramasse soigneusement le nid. Il le tient dans le creux de la main et il cherche des yeux l’endroit où il était, ou une place où il pourrait être mis en sécurité. Il trouve un entrelacement de tiges de ronces si bien disposé qu’il semble former un panier et si bien enfoncé dans le buisson que le nid y sera en sécurité. Jésus confie le nid à Pierre et il est curieux de voir cet homme trapu avec le petit nid dans ses mains courtes et calleuses. Sans s’occuper des épines qui lui griffent les bras, il retrousse ses manches longues et larges et travaille à rendre plus creux et plus abrité l’entrelacement des ronces. C’est fait. Il reprend le nid et le place au milieu et il le fixe avec de longues herbes cylindriques qui me semblent des joncs très fins.

Le nid est en sûreté. Jésus s’écarte et sourit. Puis il se fait donner un morceau de pain par un disciple qui a un sac en bandoulière et il en émiette un peu par terre, sur une grosse roche.

Jésus, maintenant, est content. Il se tourne pour revenir sur la grand-route, alors que les oiseaux se précipitent avec des cris de joie sur le nid maintenant sauvé.

430.2 – Un petit groupe d’hommes est arrêté au bord du chemin. Jésus les trouve devant Lui et les regarde. Le sourire disparaît sur son visage qui devient très sévère, je dirais sombre, alors qu’il était si plein de pitié quand il ramassait le nid et si heureux quand il le voyait en place.

Jésus s’arrête, et il continue de regarder ses témoins imprévus. Il semble regarder leurs cœurs avec leurs pensées secrètes. Il ne peut passer, parce que le petit groupe barre le sentier, mais il se tait.

Pierre ne se tait pas.

“Laissez passer le Maître” dit-il.

“Tais-toi, nazaréen, répond un homme du groupe. Comment ton Maître s’est-il permis d’entrer dans mon bois et y accomplir un travail manuel un jour de sabbat?”

Jésus le regarde en face avec une expression étrange. C’est et ce n’est pas un sourire. En tous cas, ce n’est pas un sourire d’approbation. Pierre va répliquer, mais Jésus prend la parole:

“Qui es-tu?”

“Le maître de ce lieu: Yokhanan ben Zacchaï.”

“Illustre scribe. Et que me reproches-tu?”

“D’avoir violé le sabbat.”

430.3 – “Yokhanan ben Zacchaï, tu connais le Deutéronome?”

“C’est à moi que tu le demandes? À moi, vrai rabbi d’Israël?”

“Je sais ce que tu veux me dire: que Moi, n’étant pas scribe, mais un pauvre galiléen, je ne puis être “rabbi”. Mais je te demande encore: “Connais-tu le Deutéronome?”

“Mieux que Toi, certainement.”

“À la lettre… certainement, si c’est ce que tu veux dire. Mais son véritable sens, le connais-tu?”

“Ce qui est dit, est dit. Il n’y a qu’un sens.”