416.3 – “Et que dit-on, à Jérusalem, dans le peuple, de ce Nazaréen?”
“Que c’est le Fils de Dieu, un grand Prophète, un Saint, un Juste.”
“Et toi, qui crois-tu qu’il soit?”
“Moi, je suis… je suis un idolâtre, mais je crois qu’il est le Fils de Dieu.”
“Comment peux-tu le croire si tu ne le connais même pas?”
“Je connais ses œuvres. Seul un Dieu peut être bon et avoir des paroles comme Lui en a.”
“Qui te les a dites, ces paroles?”
“D’autres pauvres, des malades guéris, des enfants qui m’apportaient du pain… Les enfants sont bons et ils ne savent rien des croyants et des idolâtres.”
“Mais d’où es-tu?”
”…”
“Dis-le. Moi, je suis comme les enfants. N’aie pas peur. Que seulement tu sois sincère.”
“Je suis… samaritain. Ne me frappe pas…”
“Je ne frappe jamais personne. Je ne méprise personne. J’ai pitié de tout le monde.”
“Alors… Alors, tu es le Rabbi de Galilée!”
Le mendiant se prosterne, tombe comme une masse, le visage dans la poussière, en bas de son tas de cailloux, devant Jésus.
“Lève-toi, c’est Moi. Ne crains pas. Lève-toi et regarde-moi.”
Le mendiant lève son visage en restant toujours à genoux, tout recroquevillé à cause de sa difformité.
“Donnez du pain et à boire à cet homme” commande Jésus aux disciples qui sont survenus.
C’est Jean qui donne de l’eau et du pain.
“Mettez-le assis pour qu’il mange commodément. Mange, frère.”
Le malheureux pleure. Il ne mange pas. Il regarde Jésus avec les yeux d’un pauvre chien perdu qui, pour la première fois, se voit caresser et rassasier par quelqu’un qui a pitié.
“Mange!” lui commande Jésus en souriant.
Le malheureux mange entre deux sanglots et les larmes imprègnent son pain, mais dans ses larmes il y a aussi un sourire. Il se rassure tout doucement.
416.4 – “Qui t’a fait cette blessure?” demande Jésus en touchant du doigt la bande souillée du front.
“C’est un riche pharisien qui m’a renversé exprès avec son char… Je m’étais mis à un carrefour pour demander du pain. Il a envoyé sur moi ses chevaux, si vite que je n’ai pas pu m’écarter. J’ai failli en mourir. J’ai encore un trou dans la tête et il en sort du pus.”