410.4 – “Que peut bien faire Marziam?” demande André en souriant.
“Mais!… Nous serons bientôt avec lui. Je meurs d’impatience… Elles me coûtent vraiment ces séparations.”
“Qui sait pourquoi le Maître les veut. Désormais… Marziam pourrait rester avec nous. Ce n’est plus un enfant et il n’est pas délicat” observe Jacques de Zébédée.
“Et puis… s’il a fait tant de chemin l’an passé alors qu’il était si grêle, à plus forte raison pourrait-il maintenant” dit Philippe.
“Moi, je pense que c’est pour lui éviter d’être présent à certaines choses déplaisantes…” dit Matthieu.
“Ou pour lui éviter certains contacts…” murmure le Thaddée qui ne supporte vraiment pas l’Iscariote.
“Peut-être avez-vous raison tous les deux” dit Pierre.
“Mais non! Il doit le faire pour qu’il achève de devenir robuste! Vous verrez que l’an prochain il va être avec nous” affirme Thomas.
“L’an prochain! Le Maître sera-t-il encore avec nous, l’an prochain? demande Barthélemy pensif. Ses discours me semblent à moi si… suggestifs…”
“N’en parle pas!” supplient les autres.
“Je ne voudrais pas en parler, mais s’en abstenir n’éloigne pas ce qui est marqué.”
“Eh bien… Raison de plus pour nous de devenir bien meilleurs en ces mois… Pour ne pas Lui donner de douleurs et pour être prêts. Je veux Lui dire que maintenant, que nous allons être au repos en Galilée, il nous instruise beaucoup, beaucoup, spécialement nous les douze… Nous allons y être bientôt…”
“Oui, et il me tarde d’y être. Je suis âgé, et ces marches, par cette chaleur me donnent beaucoup d’ennuis secrets” avoue Barthélemy.
“À moi aussi. J’ai été un débauché et je suis plus vieux que l’on ne pense en comptant les années. Les débauches… hein! Maintenant je les ressens toutes dans mes os… Et puis nous, fils de Lévi, nous souffrons de douleurs, vraiment par nature Peut-être Matthieu, de son vrai nom Lévi, fait-il allusion à la malédiction de Jacob : (Genèse 49,5-7) Siméon et Lévi sont frères : ils s'accordent pour agir avec violence, mais je ne participerai pas à leur complot, Je maudis leur ardente colère et leur fureur impitoyable. Je disperserai leurs descendants en Israël, je les éparpillerai dans tout le pays. …”
410.5 – “Et moi, j’ai été malade pendant des années… et cette vie, dans les cavernes, avec une nourriture peu abondante et misérable. Tout cela se ressent…” dit le Zélote.
“Mais si tu as toujours dit que depuis que tu as été guéri, tu t’es senti toujours fort?” demande derrière lui Judas qui les a rejoints. “L’effet du miracle est peut-être fini pour toi?”
Le Zélote a une moue typique sur son visage laid et expressif. Il semble dire:
“Il est ici! Seigneur, donne-moi la patience!” Mais il répond avec la plus grande politesse:
“Non. L’effet du miracle n’est pas fini. Et cela se voit. Je n’ai plus été malade, je suis fort, résistant. Mais les années sont les années et les fatigues sont les fatigues. Et ces chaleurs qui nous mettent en sueur comme si nous étions tombés dans un fossé, et puis ces nuits, je dirais glaciales en comparaison de la chaleur du jour, et qui gèlent la sueur sur nous, alors que la rosée finit d’humidifier les vêtements déjà trempés de sueur, tout cela ne me fait sûrement pas de bien. Et il me tarde d’être au repos pour m’occuper un peu de moi. Le matin, surtout si on dort à la belle étoile, je suis tout endolori. Si je deviens complètement malade, à quoi puis-je servir?”
“À souffrir. Lui dit que la souffrance vaut le travail et la prière” lui répond André.
“Cela va bien, mais je préférerais le servir apostoliquement et…”
“Et tu es las, toi aussi. Avoue-le. Tu es las de continuer cette vie sans la perspective d’heures agréables, mais au contraire avec la perspective de persécutions et… de défaites. Tu commences à réfléchir que tu risques de redevenir le proscrit” dit Judas de Kérioth.
“Je ne réfléchis à rien. Je dis que je me sens devenir malade.”
“Oh! comme il t’a guéri une fois…!”
Judas a un rire ironique.
410.6 – Barthélemy sent l’imminence d’une autre discussion et il la détourne en appelant Jésus.
“Maître! Il n’y a rien pour nous? Tu es toujours en avant…!”
“Tu as raison, Barthélemy. Mais nous allons nous arrêter. Tu vois cette maisonnette? Allons-y car le soleil est trop fort. Ce soir nous reprendrons la marche. Il faut se hâter pour le retour à Jérusalem car la Pentecôte est toute proche.”
“De quoi parliez-vous entre vous?” demande Jude Thaddée à son frère.
“Mais figure-toi! Nous avions commencé à parler de Joseph d’Arimathie et nous en sommes arrivés à parler de l’ancien domaine de Joachim à Nazareth et de son habitude, tant que cela lui fut possible, de garder pour lui la moitié des récoltes et de donner le reste aux pauvres, chose dont les anciens de Nazareth se souviennent si bien. Que de privations pour les deux justes Anne et Joachim! Forcément, ils ont obtenu le miracle de la Fille, de cette Fille!… Et avec Jésus, j’évoquais nos années d’enfance…”
La conversation continue alors qu’ils avancent vers la maison au milieu des champs ensoleillés.
410.7 – Jésus dit: “Vous placerez ici la vision du miracle du glanage pour la petite vieille (dans la plaine d’Emmaüs et les monts qui mènent à Jérusalem) que tu as eu le 27 septembre 1944.