“Oui, maître. Mais… il n’est pas possible que les champs en aient donné autant!”
“Et la foi, mes fils? Et la foi? Qu’en faites-vous? Le Seigneur pouvait-il démentir son serviteur qui promettait en son Nom et pour une fin qui était sainte?”
“Alors tu as fait un miracle?!” disent les serviteurs déjà prêts pour l’hosanna.
“Je ne suis pas un homme à faire des miracles, moi. Je suis un pauvre homme. C’est le Seigneur qui a agi. Il a lu dans mon cœur et II y a vu deux désirs: le premier était de vous amener à ma propre foi. Le second était de donner tant, tant, tant à mes frères malheureux. Dieu a consenti à mes désirs… et Il a agi… Que Lui en soit béni!” dit Joseph en s’inclinant respectueusement comme s’il était devant un autel.
“Et son serviteur avec Lui” dit Jésus qui jusqu’alors était resté caché au coin d’une maisonnette entourée d’une haie, four ou pressoir, et qui maintenant apparaît ouvertement sur l’aire où se trouve Joseph.
“Mon Maître et mon Seigneur!!” s’écrie Joseph en tombant à genoux pour vénérer Jésus.
“La paix à toi. Je suis venu pour te bénir au nom du Père, pour récompenser ta charité et ta foi.
408.5 – Je suis ton hôte, ce soir. Veux-tu?”
“Oh! Maître! Tu me le demandes? Seulement… Seulement, ici, je ne pourrai te faire honneur… Je suis au milieu des serviteurs et des paysans… dans ma maison de campagne… Je n’ai pas de nappes fines je n’ai pas de majordomes ni de serviteurs qualifiés… Je n’ai pas de mets raffinés… Je n’ai pas de vins choisis… Je n’ai pas d’amis. Ce sera une bien pauvre hospitalité… Mais tu m’excuseras. Pourquoi, Seigneur, ne m’as-tu pas fait prévenir? J’aurais pourvu à tout… Mais. avant-hier, Hermas avec les siens était ici… Je m’en suis même servi pour prévenir ceux auxquels je voulais donner, rendre, ce qui appartient à Dieu… Mais, il ne m’a rien dit, Hermas! Si j’avais su!… Permets-moi. Maître, de donner des ordres que je cherche à y remédier… Pourquoi souris-tu ainsi?” demande Joseph, finalement.
Il est tout sens dessus dessous a cause de la joie imprévue et de la situation que lui juge… désastreuse.
“Je souris pour tes tracas inutiles. Mais, Joseph, que cherches-tu! Ce que tu as?”
“Ce que j’ai? Je n’ai rien.”
“Oh! comme tu es homme maintenant! Pourquoi n’es-tu plus le Joseph spirituel d’il y a un instant, quand tu parlais en sage? Quand tu promettais avec assurance à cause de ta foi, et pour donner la foi?”
“Oh! Tu as entendu?”
“J’ai entendu et vu. Joseph. Cette haie de lauriers est très pratique pour voir que ce que j’ai semé n’est pas mort en toi, et c’est pour cela que je te dis que tu te donnes des tracas inutiles. Tu n’as pas de majordomes ni de domestiques qualifiés? Mais ou la charité s’exerce il y a Dieu. et où il y a Dieu. il y a ses anges. Et quels majordomes veux-tu avoir qui soient plus capables qu’eux? Tu n’as pas de mets ni de vins recherchés? Et quelle nourriture veux-tu me donner et quelle boisson plus recherchée que l’amour que tu as eu pour eux et que celui que tu as pour Moi? Tu n’as pas d’amis pour me faire honneur? Et eux? Quels amis plus chers que les pauvres et les malheureux pour le Maître qui a nom Jésus? Allons. Joseph! Même si Hérode se convertissait et m’ouvrait ses appartements pour me recevoir et me faire honneur dans un palais purifié, et s’il y avait avec lui, pour m’honorer, les chefs de toutes les castes, je n’aurais pas une cour plus choisie que celle-là à laquelle je veux Moi aussi dire une parole et faire un cadeau. Permets-tu?”
“Oh! Maître! Mais tout ce que tu veux, je le veux! Commande.”
“Dis-leur qu’ils se réunissent, ainsi que les serviteurs. Pour nous il y aura toujours un pain… Il vaut mieux qu’ils écoutent ma parole que courir ça et là affairés en pauvres soins.”
Les gens s’entassent, empressés, étonnés…
408.6 – Jésus parle:
“Ici vous avez déjà appris que la foi peut multiplier le grain quand ce désir vient d’un désir d’amour. Mais ne bornez pas votre foi aux besoins matériels. Dieu a créé le premier grain de froment et, depuis lors, le froment a épié pour fournir le pain des hommes. Mais Dieu a créé aussi le Paradis qui attend ses habitants. Et il a été créé pour ceux qui vivent dans la Loi et restent fidèles malgré les épreuves douloureuses de la vie. Ayez foi, et vous réussirez à vous garder saints avec l’aide du Seigneur, tout comme Joseph a réussi à vous distribuer le grain en double mesure pour vous rendre deux fois heureux et confirmer ses serviteurs dans la foi. En vérité, en vérité je vous dis que si l’homme avait foi dans le Seigneur, et s’il agissait pour un juste motif, les montagnes elles-mêmes, enracinées dans le sol par leurs viscères de roches, ne pourraient résister et, sur l’ordre de celui qui a foi dans le Seigneur, elles se déplaceraient. Cf. Matthieu 17, 20 – Matthieu 21, 21 – Marc 11, 23. Avez-vous foi en Dieu?” demande-t-il en s’adressant à tous.
“Oui, ô Seigneur!”
“Qui est Dieu pour vous?”
“Le Père très Saint, comme les disciples du Christ l’enseignent.”
“Et le Christ, qui est-il pour vous?”
“Le Sauveur, le Maître, le Saint!”
“Cela seulement?”
“Le Fils de Dieu. Mais il ne faut pas le dire car les pharisiens nous persécutent si nous le disons.”
“Mais vous, vous croyez qu’il l’est?”
“Oui, ô Seigneur.”
“C’est bien, croissez dans votre foi. Même si vous vous taisez, les pierres, les arbres, les étoiles, le sol, toutes les choses, proclameront que le Christ est le vrai Rédempteur et Roi. Ils le proclameront à l’heure de son élévation, quand Lui sera dans la pourpre très sainte et avec la couronne de la Rédemption. Bienheureux ceux qui sauront le croire dès maintenant, et le croiront davantage à ce moment-là, et auront foi dans le Christ et par conséquent la vie éternelle. L’avez-vous cette foi inébranlable dans le Christ?”
“Oui, ô Seigneur. Apprends-nous où Il est, et nous le prierons d’augmenter notre foi pour être heureux ainsi.” Et la dernière partie de la prière, la font non seulement les pauvres, mais aussi les serviteurs, les apôtres et Joseph.
“Si vous avez de la foi gros comme une graine de moutarde, et si cette foi qui est une perle précieuse vous la gardez dans votre cœur, sans vous la faire enlever par aucune chose humaine, ou surhumaine et mauvaise, vous pourriez tous même dire à ce mûrier puissant qui ombrage le puits de Joseph: “Déracine-toi et transplante-toi dans les flots de la mer”. Luc 17,5-6.
408.7 – “Mais le Christ, où est-Il? Nous l’attendions pour être guéris. Les disciples ne nous ont pas guéris, mais ils nous ont dit: “Lui le peut”. Nous, nous voudrions guérir pour travailler” disent les hommes malades ou handicapés.
“Et croyez-vous que le Christ le puisse?” demande Jésus en faisant signe à Joseph de ne pas dire que le Christ c’est Lui.
“Nous le croyons. Lui est le Fils de Dieu. Il peut tout.”
“Oui. Il peut tout… et il veut tout!” crie Jésus en étendant avec autorité le bras droit et en l’abaissant comme pour jurer. Et il termine par un cri puissant:
“Et qu’il en soit ainsi, pour la gloire de Dieu!”
Et il va s’en aller vers la maison. Mais ceux qui ont été guéris, une vingtaine, crient, accourent, et l’enserrent dans un emmêlement de mains tendues pour le toucher, le bénir, chercher ses mains, ses vêtements, pour le baiser, le caresser. Ils l’isolent de Joseph, de tout le monde…
Et Jésus sourit, caresse, bénit… Il se dégage lentement et, encore poursuivi, il disparaît dans la maison alors que les hosannas s’élèvent dans le ciel qui prend des couleurs violacées au commencement du crépuscule.