404.3 – Jean et André reviennent avec des petits fruits qui semblent appartenir à la famille des framboises ou des caprons, mais plus foncés, presque comme des mûres pas encore mûres, et ils les offrent au Maître: “Ils vont te plaire. Nous les avons remarqués hier soir, et nous sommes montés les cueillir pour Toi. Mange-les, Maître. Ils sont bons.”
Jésus caresse les deux bons et jeunes apôtres qui Lui offrent leurs fruits sur une large feuille lavée au torrent et qui, plus que les fruits, Lui offrent leur amour. Jésus choisit les plus beaux fruits et en donne un peu à chaque apôtre. Ils les mangent avec du pain.
“Nous avons cherché du lait pour Toi, mais il n’y avait pas encore de bergers…” dit André en s’excusant.
“N’importe. Allons vite pour être à Emmaüs avant la grande chaleur.”
Ils s’en vont et ceux qui ont le plus d’appétit mangent encore en marchant. La fraîche vallée s’élargit de plus en plus et elle finit par déboucher dans une plaine fertile où déjà les moissonneurs sont en plein travail.
“Je ne savais pas que Nicodème avait des maisons à Emmaüs” remarque Barthélemy.
“Pas à Emmaüs, plus loin. Des champs de parents dont il a hérité…” explique Jésus.
“Quelles belles campagnes!” s’exclame le Thaddée.
En effet c’est une mer d’épis dorés où s’intercalent des vergers de rêve, des vignes qui déjà promettent une gloire de grappes. Arrosées comme elles sont par les centaines de petits torrents qui descendent des montagnes toutes proches, aux mois où l’irrigation est la plus nécessaire, avec des veines d’eaux souterraines, c’est un véritable éden agricole.
“Hum! elle est plus belle que celle de l’an dernier Cf. le voyage en Philistie en mai/juin de la seconde année. EMV 215 à 224. . Au moins, il y a de l’eau et des fruits…” murmure Pierre.
“Celle de Saron est encore plus belle” lui répond le Zélote.
“Mais n’est-ce pas déjà celle-là?”
“Non. elle vient après celle-là. Mais celle-là s’en rapproche Emmaüs de la plaine est situé au nord de la plaine de Selala et au sud de la plaine de Saron. Les deux plaines qui forment la façade maritime d'Israël. …” Les deux apôtres se mettent à parler entre eux, en s’éloignant un peu.
404.4 – “Propriétés de pharisiens, hein?” demande Jacques de Zébédée en montrant la belle campagne.
“De judéens certainement. Ils ont pris les meilleures terres en les enlevant de mille manières aux premiers possesseurs!” lui répond le Thaddée qui peut-être se souvient des biens paternels de Judée dont ils furent chassés en perdant une grande partie de leur fortune.
L’Iscariote est piqué au vif:
“S’ils vous ont été pris, c’est parce que vous, galiléens, vous êtes moins saints, inférieurs…”
“Je te prie de te souvenir qu’Alphée et Joseph étaient de la race de David. Si bien que l’Édit les obligea d’aller s’inscrire à Bethléem de Juda. Et Lui, il est né là pour ce motif” répond calmement Jacques d’Alphée, en prévenant la riposte mordante de son fougueux frère, et en montrant le Seigneur qui est en train de parler avec Matthieu et Philippe.
“Oh! c’est bien! dit Thomas conciliant et juste. Moi, pour mon compte, je dis que du bon et du mauvais il y en a partout. Dans notre commerce, nous avons approché des gens de toutes races et je vous assure que j’ai trouvé des gens honnêtes et des gens malhonnêtes dans toutes les races. Et puis… Pourquoi se vanter d’être judéens? Est-ce que par hasard c’est nous qui l’avons voulu? Hum! Est-ce que je savais quand j’étais dans le sein de ma mère ce que c’était que d’être judéen ou galiléen?! J’étais là… et j’y restais. Une fois né, j’étais dans les langes, bien au chaud, sans me demander si l’air que je respirais était judéen ou galiléen… Je ne connaissais que le sein maternel… Et nous tous comme moi. Maintenant pourquoi se fâcher ainsi parce que l’un est né plus haut et l’autre plus bas? Ne sommes-nous pas pareillement d’Israël?”
“Tu as raison, Thomas” répond Jean. Et il conclut: “Et puis maintenant, nous sommes d’une seule race, celle de Jésus.”
“Oui, Lui - et je crois que cela a été voulu par le Très-Haut, pour nous apprendre que les divisions vont contre l’amour du prochain et que Lui est envoyé pour nous rassembler tous comme l’affectueuse poule dont parlent les livres saints Parlent, par des images analogues, en Deutéronome 32, 11 | Ruth 2, 12 | Psaume 16 (Hébreu 17), 8 | Psaume 35 (Hébreu 36), 8 | Psaume 60 (Hébreu 61), 5 | Psaume 62 (Hébreu 63), 8 | Psaume 90 (Hébreu 91), 4. - Lui est d’origine judéenne, mais conçu et habitant en Galilée, après être né à Bethléem, comme pour nous dire par la voix des faits que Lui est le Rédempteur d’Israël tout entier, du nord au midi. Et pour la seule raison qu’il est appelé “le Galiléen” on ne devrait pas avoir de mépris pour les galiléens” dit Jacques d’Alphée avec douceur et fermeté.
Jésus, qui en avant de quelques mètres semblait occupé à parler avec Mathieu et Philippe, se retourne pour dire:
“Tu as bien parlé, Jacques d’Alphée. Tu comprends la Vérité et les vérités, et la justice de tous les actes de Dieu. En effet, rappelez-vous tous et toujours, que Dieu ne fait jamais rien sans but de même qu’il ne laisse sans récompense rien de ce qu’ont fait ceux qui ont le cœur droit. Bienheureux ceux qui savent voir les raisons de Dieu dans les événements même les plus insignifiants et les réponses de Dieu aux sacrifices des hommes.”
Pierre se retourne et il est sur le point de parler. Puis il se tait et se borne à sourire à son Maître qui maintenant se réunit à ses apôtres car ils marchent maintenant sur une route de grande circulation à travers des champs dorés.
404.5 – Ils marchent vers Emmaüs qui est déjà proche, un groupe de maisons d’un blanc aveuglant au milieu de la couleur blonde des grains mûrs et des vergers verdoyants.
“Maître! Maître! Arrête-toi! Tes disciples!” crient des voix lointaines, et une poignée d’hommes, laissant en plan des paysans qui se reposent un peu à l’ombre d’un pommier, courent vers Jésus par un sentier ensoleillé. Ce sont Mathias et Jean, ex-bergers, et disciples ensuite du Baptiste, et avec eux il y a Nicolaï, Abel ex-lépreux, Samuel, Hermastée et d’autres encore.
“Paix à vous. Vous êtes ici?”
“Oui, Maître. Nous avons fait toutes les côtes de la mer. Maintenant nous allions vers Jérusalem. Plus haut se trouve Etienne avec d’autres, et plus haut encore, Hermas et d’autres. Et puis Isaac notre petit maître à tous, est encore plus haut, du moins il y était. Comme Timon était au-delà du Jourdain. Mais désormais ils seront tous en train d’aller à la fête de la Pentecôte. Nous nous sommes repartis en tant de groupes, petits, mais pas inactifs. Ainsi s’ils nous persécutent, ils pourront en capturer quelques-uns, mais pas tous” explique Mathias.
“Vous avez bien fait. Je me suis étonné de ne pas vous avoir trouvés dans toute la Judée méridionale…”
“Maître… Tu y allais… Qui mieux que Toi? Et puis… Oh! elle a eu plus qu’il ne faut pour devenir sainte!… Et au contraire!… Elle donne des pierres à qui apporte la parole du Ciel. Dans les gorges du Cédron, Élie et Joseph ont été frappés et ils sont allés au-delà du Jourdain, dans la maison de Salomon. Joseph a failli être tué par une pierre à la tête. Pendant huit jours, ils ont vécu dans une grotte profonde, avec quelqu’un que tu avais envoyé qui connaissait tous les secrets des montagnes. Puis, de nuit, lentement ils sont allés de l’autre côté…”
Les disciples et les apôtres sont agités par le souvenir et la nouvelle de ces persécutions, mais Jésus les calme en disant:
“Les Innocents ont teint de la pourpre de leur sang innocent le chemin du Christ. Mais ce chemin devra être toujours empourpré pour effacer les empreintes du Mal sur le chemin de Dieu. C’est le chemin royal. Les martyrs l’empourprent par amour pour Moi. Bienheureux, entre les bienheureux, ceux qui à cause de Moi souffrent la persécution.”
“Maître, nous parlions à ces paysans. Toi, maintenant, ne vas-tu pas parler?”
“Allez leur dire qu’au crépuscule je parlerai près de la porte d’Emmaüs. Maintenant le soleil m’en empêche. Allez. Et que Dieu soit avec vous. Je serai au bout de cette route.”
Il les bénit et reprend sa marche en cherchant de l’ombre, car le soleil est brûlant sur la route blanche sur laquelle donnent un peu d’ombre des platanes plantés sur les bords, à cet effet.