“Pour rien et pour tout. Quand les sujets rivalisent avec les chefs pour les fautes ou les bonnes actions, ils partagent leurs récompenses ou leurs châtiments.
392.3 – Mais voici la maison qui est la troisième de la seconde rue et avec le puits par devant. Allons…”
Jésus frappe à la porte fermée d’une maison haute et étroite. Un enfant Lui ouvre.
“Es-tu parent d’Ananias?”
“Je porte son nom, car c’est le père de mon père.”
“Appelle ta mère. Dis-lui que je viens du pays où se trouve Ananias et le tombeau de son époux défunt.”
L’enfant va et revient.
“Elle a dit qu’il ne lui importe pas d’avoir des nouvelles du vieillard. Que tu peux t’en aller.”
Jésus prend un visage très sévère.
“Je ne partirai qu’après lui avoir parlé. Enfant, va et dis-lui que Jésus de Nazareth, auquel croyait son mari, est ici, et qu’il veut lui parler. Dis-lui qu’elle ne craigne pas. Le vieil homme n’est pas ici…”
Le garçon va de nouveau. L’attente est longue. Des gens se sont arrêtés pour observer et certains interrogent les disciples. Mais l’ambiance est dure, ou indifférente, ou ironique… Les apôtres essaient d’être polis mais sont visiblement impressionnés. Et ils le sont davantage quand surviennent des notables et des gens armés, les uns et les autres avec des visages… de galériens qui ne donnent guère confiance.
Jésus sur le seuil, adossé au chambranle, les bras croisés, attend patient, absorbé.
392.4 – Finalement voilà la femme. Grande, brune, l’œil dur, le profil accentué, elle n’est pas laide ni vieille, mais son expression la rend vieille et laide.
“Que veux-tu? Fais vite, j’ai à faire” dit-elle avec hauteur.
“Je ne veux rien, rien. Rassure-toi. Je t’apporte seulement le pardon d’Ananias, son affection, sa prière…”
“Je ne le reprends pas. Inutile de prier. Je ne veux pas de vieux pleurnicheurs. Tout est fini entre nous. Du reste, je vais bientôt me remarier et je ne puis imposer à la maison d’un riche ce grossier paysan. J’en ai eu assez de l’erreur d’avoir accepté d’épouser son fils! Mais alors j’étais une sotte fille et je ne regardais qu’à la beauté de l’homme. Malheur à moi! Malheur à moi! Qu’il soit maudit le motif qui l’a mis sur mon chemin! Soit anathème même le souvenir de…”
On dirait une machine…
“Assez! Respecte les vivants et les morts que tu ne méritais pas d’avoir, femme plus aride qu’un silex. Malheur à toi! Oui! Malheur! Car en toi il n’y a pas d’amour du prochain et donc Satan est en toi. Mais tremble, ô femme! Tremble que les larmes du vieillard, que celles de ton époux, que certainement tu as accablé par ton manque d’amour, ne deviennent une pluie de feu sur ce qui t’est cher! Tu as des enfants, ô femme!…”
“Des enfants! Ah! si je pouvais ne pas en avoir! Même le dernier lien serait rompu! Et du reste, je ne veux rien entendre. Je ne veux pas t’écouter. Va-t-en! Je suis dans ma maison, dans la maison de mon frère. Je ne te connais pas. Je ne veux pas me rappeler le vieillard. Non…”
Elle crie comme une pie plumée toute vivante. C’est une véritable harpie…
“Gare à toi!” dit Jésus.
“Tu me menaces?”
“Je te rappelle à Dieu, à sa Loi, par pitié pour ton âme. Quels enfants veux-tu élever avec ces sentiments? Ne crains-tu pas le jugement de Dieu?”
“Oh! assez! Saül, va appeler mon frère et dis-lui qu’il vienne avec Jonathas. Je t’en ferai voir! À Toi…”
“Oh! pas besoin. Ton âme ne sera pas forcée par Dieu. Adieu.”