Ils s’en vont tout en mangeant et ils arrivent à une citerne où se déversent des ruisselets dont l’eau s’en va ensuite je ne sais où. L’eau qui déborde sort du bassin et elle est fraîche, cristalline, étant protégée du soleil et des débris par la voûte du rocher où la citerne est creusée. En retombant, elle forme un petit lac minuscule dans la roche de silice noirâtre.

C’est avec un plaisir visible que les apôtres se déshabillent et se plongent, à tour de rôle, dans le bassin inattendu. Mais auparavant, ils ont voulu que Jésus en profite “pour que leurs membres en soient sanctifiés” dit Matthieu.

Ils reprennent la marche, restaurés bien que plus affamés, et les plus affamés, en plus du miel qu’ils mangent, rongent des tiges de fenouil sauvage et d’autres pousses comestibles dont je ne connais pas le nom.

La vue est belle des plateaux de ces monts bizarres qui semblent avoir eu leurs cimes tranchées d’un coup d’épée. Des déchirures d’autres montagnes vertes et de plaines fertiles se voient au sud, et aussi quelque arrière-plan sur la Mer Morte, qui par contre est visible à l’orient, avec les montagnes lointaines de l’autre rive, estompées par un brouillard de nuées légères qui s’élèvent du sud-est. Au nord, quand on la découvre entre les crêtes des montagnes, on voit la verdure lointaine de la plaine jordanienne, à l’ouest les hautes montagnes de la Judée.

Le soleil commence à brûler et Pierre dit sentencieusement que “ces nuées sur les monts de Moab sont signe de fortes chaleurs.”

“Maintenant nous allons descendre dans la vallée du Cédron. Elle est ombragée…” dit Simon.

“Le Cédron?! Oh! comment a-t-on fait pour arriver si vite au Cédron?”

“Oui, Simon de Jonas. Le chemin a été rude, mais comme il a abrégé le parcours! En suivant sa vallée, on arrive vite à Jérusalem” explique le Zélote. “Et à Béthanie…

388.4 – Je devrais envoyer certains d’entre vous à Béthanie pour dire aux sœurs de conduire Egla chez Nikê. Elle m’en a tant prié, et c’est une juste prière. La veuve sans enfants aura elle aussi un saint amour, et la fillette sans parents une mère vraiment Israélite qui la fera grandir dans notre foi antique et dans la mienne. Je voudrais venir Moi aussi… Un repos paisible pour mon esprit attristé… Dans la maison de Lazare le cœur du Christ ne trouve qu’amour… Mais long est le voyage que je veux accomplir avant la Pentecôte!”

“Envoie-moi, Seigneur, et avec moi un bon marcheur. Nous irons à Béthanie et ensuite je remonterai à Kérioth et là nous nous rencontrerons” dit l’Iscariote enthousiaste.

Les autres, au contraire, dans l’éventualité d’être choisis pour ce voyage qui les séparerait du Maître, n’ont vraiment l’air enthousiaste. Jésus réfléchit. Et tout en réfléchissant, il regarde Judas. Il se demande s’il va consentir. Judas insiste:

“Oui, Maître! Dis oui! Fais-moi plaisir!…”

“Tu es le moins indiqué de tous, ô Judas, pour aller à Jérusalem!”

“Pourquoi, Seigneur? Je la connais plus que tout autre!”

“C’est bien pour cela!… Non seulement elle t’est connue, mais elle pénètre en toi plus qu’en tout autre.”

“Maître, je te donne ma parole que je ne m’arrêterai pas à Jérusalem et je ne verrai personne d’Israël, de par ma volonté… Mais laisse-moi aller. Je te précéderai à Kérioth et…”

“Et tu ne feras pas pression pour me donner des honneurs humains?”

“Non, Maître. Je le promets.”

Jésus réfléchit encore.

“Pourquoi, Maître, tant d’hésitation? Tu te méfies tellement de moi?”

“Tu es un faible. Judas. Et en t’éloignant de la Force, tu tombes! Tu es si bon depuis quelque temps! Pourquoi veux-tu te troubler et me causer du chagrin?”

“Mais non, Maître, je ne veux pas ces choses! Il me faudra bien un jour être sans Toi! Et alors? Comment ferai-je si je ne me suis pas préparé?”

“Judas a raison” disent plusieurs.

“C’est bien!… Va. Va avec Jacques mon frère.”

Les autres respirent soulagés. Jacques, peiné, soupire, mais il dit docilement: