“Venez avec nous chez le roi. Nous n’aurons pas de gros gains et nous ne jouirons pas sur la terre, mais nous serons saints pour toujours”.

“Ce sentier-là? Nous serions fous! Pas de gains? Pas de jouissance? Ce n’était pas la peine de quitter tout et de venir en exil pour avoir encore moins que ce que nous avions dans notre patrie. Nous voulons gagner et jouir…”

“Mais vous perdrez le Bien éternel! N’avez- vous pas entendu que le maître est un infâme?”

“Fariboles! Après quelque temps nous le quitterons, mais nous aurons joui et nous serons riches”.

“Vous ne vous en libérerez plus. Les premiers ont mal fait de suivre l’attrait de l’argent. Mais vous! Vous suivez l’attrait du plaisir. Oh! n’échangez pas contre une heure qui fuit votre sort éternel!”

“Vous êtes des imbéciles de croire à des promesses idéales. Nous, nous allons vers la réalité. Adieu!…”

Et ils prirent vivement la belle route ombragée, fleurie, avec ses sources fraîches, régulière au bout de laquelle brillait au soleil le palais magique du jouisseur.

Les deux qui restaient prirent en pleurant et en priant le sentier escarpé. Après quelques pas, ils faillirent se décourager tant il était difficile. Mais ils persévérèrent. Et la chair se faisait de plus en plus légère à mesure qu’ils avançaient. La fatigue se trouvait allégée par une jubilation étrange. Ils arrivèrent haletants, égratignés, au sommet de la montagne et ils furent admis en présence du roi. Il leur dit tout ce qu’il exigeait pour faire d’eux des preux et il dit pour finir:

“Pensez-y pendant huit jours et ensuite répondez”.

Ils réfléchirent beaucoup et soutinrent de durs combats contre le Tentateur qui voulait les effrayer, avec la chair qui disait: “Vous me sacrifiez”, avec le monde dont les souvenirs les séduisaient encore. Mais ils vainquirent. Ils restèrent. Ils devinrent des héros du Bien.

385.6 – Arriva la mort, c’est-à-dire la glorification. Du haut des Cieux, ils virent dans l’abîme ceux qui étaient allés chez le patron infâme. Enchaînés aussi au-delà de la vie, ils gémissaient dans l’obscurité de l’Enfer.

“Et ils voulaient être libres et jouir!” dirent les deux saints.

Les trois damnés les virent et, effrayants, les maudirent, maudirent tout, Dieu pour commencer, en disant:

“Vous nous avez tous trompés!”

“Non, vous ne pouvez pas le dire. On vous avait dit le danger. Vous avez voulu votre mal” répondirent les bienheureux conservant leur sérénité même en voyant et en entendant les railleries obscènes et les obscènes blasphèmes lancés contre eux.

Ils virent aussi ceux des champs et des mines en diverses régions du Purgatoire et eux aussi les virent et leur dirent:

“Nous n’avons été ni bons ni mauvais, et maintenant nous expions notre tiédeur. Priez pour nous!”

“Oh! nous le ferons! Mais pourquoi donc n’êtes-vous pas venus avec nous?”

“C’est que nous n’avons pas été des démons mais des hommes… Nous avons été sans générosité. Nous avons aimé ce qui passe, bien qu’honnête, plus que ce qui est Éternel et Saint. Maintenant nous apprenons à connaître et à aimer avec justice”.

La parabole est finie. Tout homme est au carrefour, à un perpétuel carrefour. Bienheureux ceux qui sont fermes et généreux dans la volonté de suivre les chemins du Bien. Que Dieu soit avec eux, et que Dieu touche et convertisse ceux qui ne sont pas ainsi et les amène à l’être. Allez en paix.”

385.7 – “Et les malades?”

“Qu’a la femme?”

“Des fièvres malignes qui lui tordent les os. Elle est allée jusqu’aux eaux miraculeuses de la Grande Mer, mais aucun soulagement.”

Jésus se penche sur la malade et lui demande:

“Qui crois-tu que je suis?”