En effet, arrivé là, il se met à l’ombre d’un groupe de platanes feuillus et il attend patiemment.

Les champs aux alentours ont de belles moissons et de beaux vergers. Pleins de fraîcheur à cette heure matinale, l’œil les regarde avec plaisir. Les caravanes passent sur la route… Peu de gens regardent les deux qui sont adossés aux troncs des platanes. Peut-être les prennent-ils pour des voyageurs fatigués. Mais il y en a qui reconnaissent Jésus et le montrent du doigt ou s’inclinent en le saluant.

Finalement il y en a un qui arrête son âne et ceux de ses parents et qui en descend pour se diriger vers Jésus:

“Dieu soit avec Toi, ô Rabbi! Je suis d’Arbela. Je t’ai entendu à l’automne. Voici mon épouse, et sa sœur veuve, et puis ma mère. Cet homme âgé est son frère et ce jeune homme est le frère de ma femme. Et voici tous nos enfants. Ta bénédiction, Maître. J’ai appris que tu as parlé au gué. Mais j’y suis arrivé le soir… Pas une parole pour nous?”

“La Parole ne se refuse jamais. Mais attends quelques minutes parce que d’autres vont arriver…”

En effet les habitants du village rejoignent tout doucement la bifurcation. D’autres, qui sont déjà passés sur la route se dirigeant vers le nord, reviennent en arrière; d’autres, intrigués, s’arrêtent descendant de leurs montures ou même restant en selle. Il se forme un petit auditoire qui ne cesse d’augmenter.

Jude d’Alphée revient aussi avec le vieillard et il y a avec eux deux malades et des gens en bonne santé.

385.4 – Jésus commence à parler.

“Ceux qui parcourent les chemins du Seigneur, les chemins indiqués par le Seigneur, et les parcourent avec une volonté bonne, finissent par trouver le Seigneur. Vous, vous trouvez le Seigneur après avoir fait votre devoir de fidèles Israélites pour la Pâque sainte. Et voici que la Sagesse vous parle, comme vous le désirez, à ce carrefour où la Bonté Divine nous fait nous rencontrer.

Si nombreux sont les carrefours que l’homme rencontre sur le chemin de sa vie. Encore plus de carrefours surnaturels que de carrefours matériels. Chaque jour la conscience se trouve en face de bifurcations ou de carrefours du Bien et du Mal. Et elle doit choisir avec attention pour ne pas se tromper. Et si elle se trompe, elle doit savoir revenir humblement en arrière quand on la rappelle et qu’on l’avertit. Et s’il lui paraît plus beau le chemin du Mal, ou même simplement de la tiédeur, il doit savoir choisir le chemin raboteux mais assuré du Bien.

Écoutez une parabole.

Un groupe de pèlerins, venus de régions lointaines pour chercher du travail, se trouva aux frontières d’un état. A ces frontières, il y avait des embaucheurs envoyés par divers patrons. Il y en avait qui cherchaient des hommes pour les mines et d’autres pour des champs et des bois, d’autres comme serviteurs d’un riche infâme, d’autres comme soldats pour un roi qui résidait au sommet d’une montagne, dans son château auquel on accédait par une route très abrupte.

Le roi voulait avoir des milices, mais il exigeait qu’elles ne fussent pas tant des milices de violence que de sagesse, afin de les envoyer ensuite dans les villes pour sanctifier ses sujets. Aussi il vivait là-haut, comme dans un ermitage, pour former ses serviteurs sans que les distractions mondaines les corrompent en ralentissant ou en anéantissant la formation de leur esprit. Il ne promettait pas de grandes récompenses. Il ne promettait pas une vie facile, mais il donnait l’assurance que de son service sortirait sainteté et récompense.

Ainsi parlaient ses envoyés à ceux qu’ils rejoignaient aux frontières. De leur côté, les envoyés des patrons des mines ou des champs disaient:

“Ce ne sera pas une vie facile, mais cependant vous serez libres et vous gagnerez de quoi vous payer un peu d’amusement”.

Ceux qui cherchaient des serviteurs pour le maître infâme promettaient tout de suite une nourriture abondante, des loisirs, des jouissances, des richesses:

II suffit que vous consentiez à ses caprices exigeants – oh! nullement pénibles! - et vous jouirez comme autant de satrapes”.

Les pèlerins se consultèrent entre eux. Ils ne voulaient pas se séparer… Ils demandèrent: “Mais les champs et les mines, le palais du jouisseur et celui du roi sont-ils voisins?”

“Oh! non! répondirent les embaucheurs. Venez à ce carrefour et nous vous montrerons les différentes routes”.

Ils y allèrent.

“Voilà! Cette route splendide, ombragée, fleurie, plane, avec des sources fraîches, descend au palais du seigneur” dirent les embaucheurs de serviteurs.

“Voilà! Celle qui est poussiéreuse, à travers des champs paisibles, conduit aux champs. Elle est exposée au soleil, mais vous voyez qu’elle est belle malgré tout” dirent les embaucheurs pour les champs.

“Voilà! Celle ainsi sillonnée par de lourdes roues et couverte de taches sombres indique la direction des mines. Elle n’est ni belle ni désagréable…” dirent ceux qui embauchaient pour les mines.

“Voilà! Ce sentier abrupt, taillé dans le roc, brûlé par le soleil, couvert de ronces et coupé de ravins qui ralentissent la marche, mais en revanche rendent la défense facile contre les attaques des ennemis, conduit vers l’orient, à ce château sévère, nous dirions sacré, où les esprits se forment au Bien” dirent les embaucheurs du roi.

385.5 – Et les pèlerins regardaient, regardaient. Ils calculaient… Tentés par plusieurs choses dont une seule était totalement bonne. Lentement ils se divisèrent. Ils étaient dix: trois penchèrent pour les champs… et deux pour les mines. Ceux qui restaient se regardèrent et deux d’entre eux dirent: