“Moi, non et je dis vrai…”
“Ecoutez! Ecoutez! La fumée fait son effet. Mais allons dehors pour qu’elle ne nous étouffe pas nous aussi” dit Pierre, et la diversion met fin à la discussion.
384.3 – Jésus est dans le jardin. Il redresse des tiges de légumes qui sont couchées, nés de graines qui sont tombées.
“Tu fais le jardinier, Maître?” demande Philippe en souriant.
“Oui. Il me fait peine aussi de voir une plante qui rampe, inutile, alors qu’elle est destinée à s’élever vers le soleil et à fructifier.”
“Beau sujet pour un discours, Maître” observe Barthélemy.
“Oui. Beau. Mais tout sert de sujet pour qui sait méditer.”
“Nous allons t’aider nous aussi. Allons! Qui va aux roseaux du fleuve en prendre pour les légumes Des roseaux pour tuteurer les plantes comme on le voit juste après. Cela semble une évidence pour tous qu'il n'est pas besoin de préciser. ?”
Les jeunes y vont en riant, et les plus âgés se mettent à nettoyer en arrachant attentivement les plantes parasites.
“Oh! ainsi on voit que c’est un jardin. Il n’y a pas de salade. Mais des poireaux, de l’ail, des herbes fines, des légumes, il y en a. Et les courges! Que de courges! Il faut tailler la vigne, dégager le figuier et…”
“Mais Simon, nous ne restons pas ici…!” dit Matthieu.
“Mais nous y viendrons plusieurs fois. Lui l’a dit et cela ne nous gênera pas d’avoir un peu d’ordre autour. Regarde, regarde! Jusqu’à un jasmin, pauvre, sous cette cascade de courges. Si Porphyrée voyait cette plante ainsi maltraitée elle pleurerait sur elle et lui parlerait comme à un enfant. Oui, car avant d’avoir Marziam, elle parlait à ses fleurs comme à des enfants…
Voilà. Ici aussi j’ai fait de la place. J’ai enlevé les courges parce que…
384.4 – Oh! voici les garçons avec les roseaux et avec un… Maître, c’est ton affaire. Il est aveugle!”
Entrent en effet Jacques et Jean, André et Thomas, chargés de roseaux, et Thomas porte comme un fardeau un pauvre petit vieux tout dépenaillé, et aux yeux blanchis par la cataracte.
“Maître, il cherchait de la chicorée La chicorée sauvage est à l'origine des chicons, des endives, des rouges de trévise, etc. sur les berges et pour un peu il tombait à l’eau. Il est resté seul depuis quelques mois, car son fils qui l’entretenait est mort, sa belle-fille est retournée chez elle et lui… il vit comme il peut. N’est-ce pas, père?”
“Oui! Oui! Où est le Seigneur?” demande-t-il en tournant ses yeux voilés.
“Il est ici. Tu vois cette haute blancheur? C’est Lui.”
Mais Jésus avance déjà vers lui et le prend par la main.
“Tu es seul, pauvre père, et tu n’y vois pas?”
“Non. Tant que j’ai vu j’ai tressé des paniers et des nasses et je faisais des filets, mais maintenant… Je vois avec les doigts plutôt qu’avec les yeux. En cherchant des herbes, je me trompe et j’attrape mal au ventre à cause des herbes nuisibles.”
“Mais dans le village…”
“Oh! ils sont tous pauvres et chargés d’enfants, et moi, je suis âgé… S’il meurt un âne… cela désole. Mais s’il meurt un vieux!… Qu’est-ce qu’un vieux? Que suis-je? La bru m’a tout enlevé. Si au moins elle m’avait emmené avec elle, comme une vieille brebis, pour avoir avec moi mes petits-enfants… les enfants de mon fils…”
Il pleure en s’abandonnant sur la poitrine de Jésus qui le tient dans ses bras et le caresse.
“Tu n’as pas de maison?”