384 – Le vieil Ananias devient le gardien de la petite maison de Salomon

15 février 1946

Le vendredi 15 février 1946.

384.1 – La petite maison de Salomon, celle que sans en connaître le propriétaire j’ai vue en mars 1944, dans la vision de la résurrection de Lazare Vision du 23 mars 1944, rapportée dans Les Cahiers de 1944. La résurrection de Lazare est rapportée dans le présent ouvrage en EMV 548 et date du 26 décembre 1948. La double vision de certains épisodes est traitée dans la note de EMV 587.13. , est une des dernières de l’unique route qui débouche au fleuve, de ce petit village pauvre et perdu. C’est un petit village de pêcheurs, avec les maisonnettes les plus… riches situées le long de la petite route poussiéreuse et les autres éparpillées au hasard parmi les arbres de la rive. Et elles ne sont pas nombreuses. Je crois qu’elles n’arrivent pas à cinquante, et elles sont si petites que toutes entreraient dans un de ces immeubles populaires des villes actuelles. Maintenant le printemps les fait paraître moins misérables car il les décore de sa fraîcheur, et des guirlandes de liserons, et des festons de vignes, ou le rire franc des fleurs jaunes des courges, garnissent les palissades rudimentaires qui limitent les propriétés, au bord des toits, autour des portes des maisons, sans compter quelques roses dont la beauté paraît dépaysée au milieu des paniers et des filets, de la teinte jaunâtre de la moutarde en fleur et de l’humble balancement des premières cosses de légumes.

La route elle-même paraît moins laide parce que la cannaie là-bas au fond n’a pas seulement les baies dures des broussins poussiéreux Descriptif botanique qui reste à préciser : un broussin désigne généralement une excroissance d'arbre, autrement appelée "loupe" très recherchée en ébénisterie. Le terme, transposé au roseau, désigne peut-être cette quenouille qui, dans certaines variétés, ressemble à un cigare et contient des graines que le vent disperse peu à peu. D'autres roseaux forment des plumeaux souvent utilisés dans les bouquets. Maria Valtorta était très sensible aux fleurs et disposait à Viareggio, dit-elle dans son Autobiographie, d'une quarantaine de vases de toutes tailles. mais s’enrubanne de panaches et, parmi les rubans des feuilles des roseaux, dresse les couteaux des glaïeuls sauvages qui étalent les épis multicolores de leurs fleurs alors que les liserons légers aux tiges filiformes entourent de leurs spirales les broussins et les roseaux et mettent à chaque tour le calice très délicat de leur petite fleur d’un rosé lilas très tendre. Des oiseaux, par myriades, se font la cour dans les roseaux, et coquettent sur les roseaux, se balançant perchés sur les tiges des liserons, animant par leurs trilles et leurs couleurs la verdure des rives marécageuses.

Jésus pousse la petite grille rustique qui permet d’entrer dans un petit jardin ou une courette. Certainement si c’était un jardin, c’est maintenant un fouillis sauvage d’herbes qui l’ont envahi; si c’était une cour c’est également un désordre de plantes semées par les vents. Seules des courges ont fait preuve de sagesse en s’attachant à l’unique pied de vigne et au figuier et grimpant pour mettre les bouches riantes de leurs fleurs à côté des grappes miniatures de la vigne ou des feuilles tendres du figuier qui à la base, dans le berceau du pétiole, ont la gemme dure des figues, fleurs à peine formées. Les orties font souffrir les pieds nus. Aussi Pierre et Thomas, ayant trouvé deux rames vermoulues, se mettent à battre les plantes irritantes pour atténuer leur venin.

Pendant ce temps Jacques et Jean essaient de faire fonctionner la grosse serrure rouillée et, après avoir réussi, ouvrent la porte grossière et pénètrent dans une cuisine qui exhale une forte odeur de moisi et de renfermé. Les murs sont couverts de poussière et de toiles d’araignées. Une table grossière, des bancs et des sièges, une console, la meublent, et deux portes s’ouvrent dans un mur.

384.2 – Pierre explore…

“Ici il y a une petite pièce avec un seul lit: bien pour Jésus… Et ici? Ah! J’ai compris! C’est la réserve, l’arsenal, le grenier, et le nid de rats… Regarde quelles courses de rats! Ils ont tout rongé pendant ces mois. Mais moi, je pense à vous maintenant, n’en doutez pas. Maître… peut-on agir en maîtres ici?”

“C’est ce qu’a dit Salomon.”

“Très bien! Dis, frère, et toi, Jacques. Venez ici boucher tous les trous. Et toi, Matthieu, avec Judas, mets-toi à la porte et fais attention qu’il ne sorte pas un seul rat. Pense que tu es encore l’aimable gabeleur de Capharnaüm. Alors il ne t’échappait pas un client même s’il se rendait agile comme un lézard qui s’éveille… Et vous, allez prendre dans le jardin le plus d’herbes possible et apportez-les ici. Et Toi, Maître, va… où bon te semble, pendant que… je m’occupe de ces satans malpropres qui ont gâté ces filets commodes et mangé une quille de barque toute entière…”

Et tout en parlant, il entasse des bois rongés, des morceaux de filets réduits à l’état d’étoupe, des fagots… le tout au milieu de la pièce et, quand il a les herbes vertes, il les met par dessus le reste, y met le feu et s’échappe alors que les premières volutes de fumée s’élèvent du tas. Et il dit en riant:

“Et que meurent tous les philistins!”

“Mais ne vas-tu pas tout incendier?” demande Simon le Zélote.

“Non, mon cher. Car l’humidité des branches retient les flammes et les flammes dégagent de la fumée des herbes. Ainsi, par une bonne alliance, le sec et le vert s’aident pour exercer la vengeance. Tu sens cette puanteur? Bientôt tu n’entendras que des cris! Qui est-ce qui me parlait des cygnes qui chantent avant de mourir? Ah! Sintica! Les rats vont bientôt chanter.”

Judas Iscariote interrompt l’éclat de rire et il observe:

“On n’a rien pu savoir d’elle, ni de Jean d’En-Dor. Qui sait où ils sont?”

“Au bon endroit certainement” répond Pierre.

“Tu le sais?”

“Je sais qu’ils ne sont plus à servir de cible à la malveillance Syntica et Jean d'En-Dor ont été exilés secrètement à Antioche de Syrie dans une propriété de Lazare de Béthanie, car Judas avait dénoncé ces deux "parias" au Sanhédrin. Depuis, il cherche où ils ont pu se réfugier et Pierre qui les a conduits avec quelques apôtres dans la confidence, veille à ne pas se trahir. .”

“Tu n’as demandé à personne? Moi, si.”

“Et moi, non. Ce n’est pas une chose qui m’intéresse de savoir où ils sont. Il me suffit de penser à eux et de prier pour qu’ils se gardent saints.”

Thomas dit:

“À moi l’ont demandé de riches pharisiens, clients de mon père. Mais je leur ai répondu que je n’en sais rien.”

“Et tu n’es pas curieux de le savoir?” insiste Judas.