“Avant tout sache que tu risques de te damner en disant qu’il ne t’est pas cher et qu’il ne le sera jamais. Ensuite sache que si tu étais au Ciel, tout un avec la Charité, tu prierais pour lui, pour son salut, jusqu’au moment de son jugement. Il y aura des esprits sauvés au dernier moment après une vie de prière pour eux.”

376.6 – Il entre un serviteur qui dit:

“Manahen est venu. Il veut voir le Maître.”

“Qu’il vienne. Il veut certainement parler de choses sérieuses.”

Les femmes, par discrétion, se retirent et les disciples les suivent. Mais Jésus rappelle Isaac, le prêtre Jean, Étienne et Hermas, et Mathias et Joseph, des bergers disciples.

“Il est bien que vous, qui êtes des disciples, vous soyez au courant” explique-t-il.

Manahen entre et il s’incline.

“La paix à toi” dit Jésus pour le saluer.

“La paix à Toi, Maître. Le soleil se couche. Mes premiers pas, après le sabbat, sont pour Toi, mon Seigneur.”

“Tu as eu une bonne Pâque?”

“Bonne!! Il ne peut y avoir rien de bon là où se trouvent Hérode et Hérodiade! J’espère que c’est la dernière fois que j’ai mangé l’agneau avec eux. Même si je dois en mourir, je ne resterai plus longtemps avec eux!”

“Je crois que tu fais une erreur. Tu peux servir le Maître en restant…” objecte l’Iscariote.

“C’est vrai, et c’est cela qui m’a retenu jusqu’à présent. Mais quelle nausée! Kouza pourrait me remplacer…”

Barthélemy fait remarquer:

“Kouza ce n’est pas Manahen. Kouza est… Oui, lui sait mener sa barque. Il ne critiquerait jamais son maître. Toi, tu es plus franc.”

“Cela est vrai et c’est vrai ce que tu dis. Kouza est un courtisan. Il subit la fascination de la royauté… Royauté! Que dis-je!? De la fange royale! Mais il lui semble être roi, parce qu’il est avec le roi… Et il a peur de la disgrâce royale. L’autre soir il était comme un chien battu. C’est presque en rampant qu’il a paru devant Hérode qui l’avait appelé après avoir entendu les lamentations de Salomé chassée par Toi.

Kouza a passé un mauvais quart d’heure. On lisait sur son visage le désir de se sauver, à tout prix, même en t’accusant, en te donnant tort. Mais Hérode!… Il voulait seulement rire aux dépens de la jeune fille dont il a désormais la nausée, comme il a la nausée de sa mère. Et il riait comme un fou en entendant répéter tes paroles par Kouza. Il répétait: “Trop, trop doux encore pour cette jeune… (et il disait un mot si grossier que je ne te le répète pas). Il aurait dû piétiner son sein avide… Mais il se serait contaminé!” et il riait. Puis, devenant sérieux, il dit: “Pourtant… l’affront, mérité par la femme, n’est pas permis pour la couronne. Je suis magnanime (c’est son idée fixe de l’être, et comme personne ne le lui dit, il le dit de lui-même) et je pardonne au Rabbi parce qu’il a dit à Salomé la vérité. Mais pourtant je veux qu’il vienne à la Cour pour Lui pardonner tout à fait. Je veux le voir, l’entendre et Lui faire opérer des miracles. Qu’il vienne, et je me ferai son protecteur”. C’est ainsi qu’il parlait l’autre soir, et Kouza ne savait que dire. Au monarque, il ne voulait pas dire non. Il ne pouvait pas dire oui. Car tu ne peux certainement pas accéder aux volontés d’Hérode. Aujourd’hui il m’a dit: “Tu vas certainement le trouver… Dis-lui ma volonté”. Je la dis, mais… je connais déjà la réponse. Dis-la-moi, pourtant, pour que je puisse la transmettre.”

“Non!”

Un non qui paraît un coup de foudre.

“Ne vas-tu pas t’en faire un ennemi trop puissant?” demande Thomas.

“Un bourreau, même. Mais je ne puis que répondre: “non.”

“Il nous persécutera…”

“Oh: d’ici trois jours, il ne s’en souviendra plus” dit Manahen haussant les épaules. Puis il ajoute: “On lui a promis des… mimes… Elles vont arriver demain… Et il oubliera tout:…”

376.7 – Le serviteur revient:

“Maître, il y a Nicodème, Joseph et d’autres pharisiens et chefs du Sanhédrin. Ils veulent te saluer.”