Marthe, émue, approuve d’un signe de tête.

376.’ – Marie, qui est assise sur un coussin aux pieds de Jésus, dans sa pose habituelle d’humble et ardente adoratrice, dit:

“Peut-être que c’est moi qui coûte ces souffrances à mon frère? Dis-le-moi, Seigneur, pour que mon angoisse soit complète!…”

Lazare s’écrie:

“Non, Marie, non. Moi… je devais mourir de cela. Ne te transperce pas le cœur.”

Mais Jésus, sincère jusqu’au bout, dit:

“Certainement que oui! Moi, j’ai entendu ton bon frère dans ses prières, dans ses palpitations. Mais cela ne doit pas te donner une angoisse qui t’alourdisse, mais au contraire le désir de devenir parfaite à cause de ce que tu as coûté. Et réjouis-toi! Réjouis-toi car, pour t’avoir, Lazare t’a arrachée au démon…”

“Non pas moi! Toi, Maître.”

“…pour t’avoir arrachée au démon, il a mérité de Dieu une future récompense grâce à laquelle parleront de lui les nations et les anges. Et comme pour Lazare, ils parleront d’autres hommes, et surtout d’autres femmes, qui par leur héroïsme ont arraché sa proie à Satan.” L'une d'elles est la mère de Marc de Josias, le possédé récidiviste. Cf. EMV 368.

“Qui est-ce? Qui est-ce?” demandent les femmes curieuses et peut-être que toutes espèrent qu’il s’agit d’elles, chacune pour son compte.

376.5 – Marie de Judas ne parle pas, mais elle regarde, elle regarde le Maître… Jésus aussi la regarde. Il pourrait la garder dans l’illusion. Il ne le fait pas. Il ne la mortifie pas, mais il ne l’illusionne pas. Il répond à toutes:

“Vous le saurez au Ciel.”

La mère de Judas, qui vit dans une angoisse continuelle, demande:

“Et si quelqu’une ne réussit pas malgré son désir? Quel sera son sort?”

“Celui que son âme mérite par sa bonté.”

“Le Ciel? Mais, ô Seigneur, une femme, une sœur ou une mère qui… qui ne réussit pas à sauver ceux qu’elle aime et qui les voit damnés, pourrait-elle posséder le Paradis, tout en étant au Paradis? Ne crois-tu pas qu’elle n’aura jamais de joie puisque… la chair de sa chair, le sang de son sang auront mérité la condamnation éternelle? Moi, je pense qu’elle ne pourra pas jouir en voyant celui qu’elle aime en proie à une peine atroce…”

“Tu es dans l’erreur, Marie.

La vue de Dieu, la possession de Dieu, sont les sources d’une béatitude tellement infinie qu’il ne subsiste pas de peine pour les bienheureux. Actifs et attentifs pour aider ceux qui peuvent encore être sauvés, ils ne souffrent plus pour ceux qui sont séparés de Dieu, et séparés d’eux-mêmes, qui sont en Dieu. La Communion des saints existe pour les saints.”

“Mais s’ils aident ceux qui peuvent être encore sauvés, c’est signe que ces derniers ne sont pas encore saints” objecte Pierre.

“Mais ils ont la volonté, au moins passive, de l’être. Ceux qui sont saints en Dieu, aident même dans les besoins matériels pour faire passer ceux qui n’ont qu’une volonté passive à une volonté active. Me comprends-tu?”

“Oui et non. Voici un exemple. Si moi j’étais au Ciel et si je voyais, supposons, un mouvement fugitif de bonté chez… Eli le pharisien, admettons, que ferais-je?”

“Tu te servirais de tous les moyens pour accroître ses bons mouvements.”

“Et si cela ne servait à rien? Ensuite?”

“Ensuite, quand lui serait damné, tu t’en désintéresserais.”

“Et si, comme il l’est maintenant, il était tout à fait digne de damnation, mais m’était cher — chose qui ne sera jamais — que devrais-je faire?”