371 – Le jeudi avant Pâque. Protection de Claudia et refuge dans le palais de Lazare. Le statut du Royaume
27 janvier 1946
Le dimanche 27 janvier 1946
371.1 - Ils ne brillent sûrement pas par leur héroïsme ceux qui suivent Jésus!
La nouvelle apportée par Judas On attend Jésus au Gethsémani pour l'arrêter. Cf. chapitre précédent. ressemble à l’apparition d’un épervier au-dessus d’une cour remplie de poussins ou d’un loup à proximité d’un troupeau! Épouvante, ou pour le moins trouble, se lit sur les neuf dixièmes des visages de ceux qui sont là et spécialement des hommes. Je crois que plusieurs ont déjà l’impression du fil de l’épée ou de la flagellation, et le moins qu’ils imaginent c’est de connaître les secrets des prisons en attendant un procès.
Les femmes sont moins agitées: elles se font plutôt du souci pour leurs fils ou leurs maris, et elles conseillent aux uns et aux autres de s’égailler par petits groupes en se dispersant dans les campagnes.
Marie de Magdala s’élève contre ce flot de crainte exagérée:
“Oh! Que de gazelles il y a en Israël! Vous n’avez pas honte de trembler ainsi? Je vous ai dit que dans mon palais vous serez plus en sûreté que dans une forteresse. Venez, donc! Je vous donne ma parole qu’il ne vous arrivera rien de rien. Si, en plus de ceux que Jésus a désignés, il y en a d’autres qui pensent être en sécurité dans ma maison, qu’ils viennent. Il y a des lits et des couchettes pour une centurie. Allons, décidez-vous au lieu de mourir de peur! Je prie seulement Jeanne de nous faire suivre par des serviteurs avec des vivres, car au palais il n’y en a pas pour tant de monde et maintenant le soir arrive. Un bon repas est le meilleur remède pour redonner du courage aux peureux.”
Elle n’est pas seulement imposante dans son habit blanc, mais suffisamment d’ironie brille dans ses yeux splendides, alors que du haut de sa taille elle regarde le troupeau apeuré qui se presse dans le vestibule de Jeanne.
“Je m’en occupe tout de suite. Allez donc. Jonathas va vous suivre avec des serviteurs, et moi avec lui, puisqu’on m’accorde la joie de suivre le Maître, et sans peur, je vous l’assure, tellement que j’amène les enfants avec moi” dit Jeanne.
Et elle se retire pour donner des ordres pendant que les premières avant-gardes de l’armée craintive passent précautionneusement la tête hors du portail et, voyant qu’il n’y a rien à craindre, osent sortir dans la rue et s’éloigner suivies des autres.
Le groupe des vierges est au milieu immédiatement après Jésus qui est dans les premiers rangs. En arrière, oh! en arrière des vierges les femmes; et puis les moins… courageux qui sont protégés par Marie de Lazare qui s’est jointe aux romaines, décidées à ne pas se séparer de sitôt de Jésus. Mais ensuite Marie de Lazare court en avant pour dire quelque chose à sa sœur et les sept romaines restent avec Sara et Marcelle, restées elles aussi à l’arrière-garde sur l’ordre de Marie et dans l’intention de faire passer les sept romaines encore plus inaperçues.
Arrive à pas rapides Jeanne avec les enfants qu’elle tient par la main. Derrière elle, Jonathas avec les serviteurs chargés de sacs et de paniers, qui se mettent en queue de la petite troupe. En réalité personne ne les remarque car les rues fourmillent de groupes qui rejoignent leurs maisons ou leurs campements. D’ailleurs la pénombre rend les visages moins faciles à reconnaître. Maintenant Marie de Magdala avec Jeanne, Anastasica et Élise est tout à fait au premier rang et, par des chemins secondaires, elle conduit ses hôtes à son palais.
371.2 - Jonathas chemine pour ainsi dire au niveau des romaines auxquelles il adresse la parole comme à des servantes des disciples les plus riches. Claudia en profite pour lui dire:
“Homme, je te prie d’aller appeler le disciple qui a apporté la nouvelle. Dis-lui de venir ici et dis-le de manière à ne pas attirer l’attention. Va!”
Le vêtement est modeste mais c’est le ton involontairement impératif de quelqu’un habitué au commandement. Jonathas écarquille les yeux en essayant de voir à travers le voile baissé qui lui parle ainsi. Mais il ne peut voir que l’éclat des yeux autoritaires. Pourtant il doit se rendre compte que ce n’est pas une servante la femme qui lui parle, et il s’incline avant d’obéir.
Il rejoint Judas de Kérioth qui parle avec animation avec Étienne et Timon et il le tire par son vêtement.
“Que veux-tu?”
“J’ai quelque chose à te dire.”
“Dis-la.”
“Non. Viens en arrière avec moi. On te demande, pour une aumône, je crois…”
L’excuse est bonne et acceptée paisiblement par les compagnons de Judas et par lui-même avec enthousiasme. Il revient rapidement en arrière avec Jonathas.
Le voilà au dernier rang.
“Femme, voilà l’homme que tu voulais” dit Jonathas à Claudia.
“Je te suis reconnaissante de m’avoir rendu service” répond celle-ci en restant toujours voilée. Et puis, s’adressant à Judas: “Te plairait-il de t’arrêter un moment pour m’écouter?”