“Encore ici, Manahen?”
“Fidèle à la consigne, et maintenant plus que jamais parce que les femmes avaient peur… Mais… Nous t’avons obéi parce qu’il faut obéir, mais crois bien qu’il n’y a rien de préoccupant. Je sais de source certaine que Pilate a rappelé à l’ordre ceux qui mettent le trouble, en disant que quiconque créerait des troubles pendant ces jours de fête serait durement puni. Je crois que la femme de Pilate Claudia Procula. n’est pas étrangère à cette protection et encore moins ses amies. À la cour on sait tout et rien. Mais on est assez informé…”
362.7 - Puis Manahen s’écarte pour céder la place à Marie qui est descendue du char et a fait quelques mètres de route, toute tremblante et émue.
Ils s’embrassent pendant que toutes les femmes disciples vénèrent le Maître. Cependant Marie et Marthe de Lazare ne sont pas là.
Marie murmure:
“Quelle angoisse depuis ce soir-là! Fils, comme ils te haïssent tous!”
Et des larmes descendent le long des marques rouges, traces de beaucoup d’autres qu’elle a versées ces derniers jours.
“Mais tu vois que le Père pourvoit à tout. Ne pleure donc pas! Je défie avec courage toute la haine du monde, mais une seule de tes larmes m’accable. Allons, Mère sainte!”
Et, la tenant enlacée, il se tourne vers les femmes disciples pour les saluer, et il a un mot particulier pour Jeanne qui a voulu revenir en arrière pour accompagner Marie.
“Oh! Maître! On n’a pas de peine à rester avec ta Mère. Marie est retenue à Béthanie par les souffrances de son frère. Moi, je suis venue. J’ai laissé les enfants à la femme du gardien du palais, qui est bonne et maternelle. Mais il y a aussi Kouza qui y veille et pense qu’il ne manquera rien au cher Matthias que mon mari aime particulièrement! Pourtant Kouza m’a dit aussi qu’il était inutile de partir. L’avertissement du Proconsul a brisé les ongles même à Hérodiade. Et lui, le Tétrarque, tremble de peur, et il n’a qu’une pensée: veiller à ce que Hérodiade ne le ruine pas aux yeux de Rome. La mort de Jean a fait beaucoup de tort à Hérodiade. Et Hérode se rend compte aussi, et très bien, que le peuple est révolté contre lui à cause du meurtre de Jean.
Le renard comprend que le pire châtiment serait de perdre la protection haineuse et illusoire de Rome. Le peuple l’attaquerait tout de suite. Par conséquent, oh! ne doute pas! Il ne prendra aucune initiative!”
362.8 - “Alors retournons à Jérusalem! Vous pouvez aller en toute sécurité. Allons! Que les femmes remontent sur le char et avec elles Matthieu et ceux qui sont fatigués. Nous nous reposerons à Béthel. Allons.”
Les femmes obéissent. Montent avec elles Matthieu et Barthélemy. Les autres préfèrent suivre le char à pied avec Manahen, Isaac et Marziam. Et Manahen raconte comment il s’est informé pour savoir ce qu’il y avait de vrai dans les racontars de l’hérodien qui avait semé l’inquiétude dans la tranquille retraite de Béthanie près de Lazare “très souffrant” dit Manahen.
“Est-il venu une femme à Béthanie?”
“Non, Seigneur. Mais nous en sommes absents depuis trois jours. Qui est-ce?”
“Une disciple. Je la donnerai à Élise, car elle est jeune, seule et sans moyens.”
“Elise est au palais de Jeanne. Elle voulait venir, mais elle est très enrhumée. Elle brûlait de te voir. Elle disait: “Mais vous ne comprenez pas que sa vue me donne la paix?”
362.9 - “Je lui donnerai aussi une joie avec cette jeune fille. Et toi, Marziam, tu ne parles pas?”
“J’écoute, Maître.”
“Le garçon écoute et écrit. Par l’un, par l’autre, il se fait répéter tes paroles et il écrit, il écrit. Mais les aurons-nous bien dites, nous?” dit Isaac.
“Je les regarderai, Moi, et j’ajouterai ce qui manque dans le travail de mon disciple” dit Jésus en caressant la joue légèrement brune de Marziam.
Puis il demande:
“Et ton grand-père? Tu l’as vu?”
“Oh! oui! Il ne me reconnaissait pas. Il a pleuré de joie. Mais nous le reverrons au Temple car Ismaël les envoie. Et même cette année il leur a donné plus de jours. Il a peur de Toi.”
“Naturellement! Après le petit ennui arrivé à Chanania au mois de Scebat Il se montre intransigeant avec le repos du shabbat, mais apprenant qu'une de ses plus belles forêts, brûle, il part précipitamment en plein shabbat. Voir EMV 335.13. !” dit Pierre en riant.
“La peur de Dieu cependant ne construit pas, et même elle démolit. Ce n’est pas de l’amitié, c’est de l’attente qui souvent se change en haine. Mais chacun donne ce qu’il peut…”
Ils continuent leur route et je les perds de vue.