“Oh! Simon! Viens ici. On parlait de la future Église. J’expliquais qu’au lieu de vos hâtes, de vos lassitudes, de vos découragements, et autres choses du même genre, elle réclamait le calme, la constance, l’effort, la confiance. J’expliquais qu’elle demande le sacrifice de tous ses membres. Depuis Moi, qui en suis le Fondateur et qui en suis la Tête mystique, jusqu’à vous, jusqu’à tous les disciples, jusqu’à tous ceux qui auront le nom de chrétiens et qui appartiendront à l’Église universelle. Et en vérité, dans la grande échelle des hiérarchies, ce seront souvent les plus humbles, ceux qui sembleront simplement des “numéros”, qui rendront l’Église vraiment vivante. En vérité je devrai souvent me réfugier en eux pour continuer à maintenir vivante la foi et la force des collèges apostoliques toujours renouvelés, et ces apôtres je devrai les laisser tourmenter par Satan et par des hommes envieux, orgueilleux et incrédules. Et leur martyre moral ne sera pas moins pénible que le martyre matériel, pris comme ils le seront entre la volonté de Dieu qui les pousse à agir et la volonté mauvaise de l’homme, instrument de Satan, qui appliquera tout son soin et toute sa violence à les faire passer pour des menteurs, des fous, des obsédés, pour paralyser mon œuvre en eux et ses fruits qui sont autant de coups victorieux contre la Bête.”

“Et ils résisteront?”

“Et ils résisteront sans même m’avoir matériellement avec eux. Ils devront croire non seulement à ce qu’il faut croire obligatoirement, mais aussi à leur mission secrète, la croire sainte, la croire utile, croire qu’elle vient de Moi alors qu’autour d’eux Satan sifflera pour les terroriser, et que criera le monde pour les tourner en ridicule, et des ministres de Dieu, pas toujours parfaitement éclairés, pour les condamner. C’est le destin de mes futures voix. Et pourtant je n’aurai pas d’autres ressources pour secouer les hommes, les ramener à l’Évangile et au Christ! Mais pour tout ce que je leur aurai demandé, ce que je leur aurai imposé et reçu d’eux, oh! je leur donnerai une joie éternelle, une gloire spéciale!

362.4 - Il y a au Ciel un livre fermé. Dieu seul peut le lire. Il renferme toutes les vérités. Mais parfois Dieu enlève les sceaux et réveille les vérités déjà dites aux hommes en contraignant un homme, choisi pour ce destin, à connaître le passé, le présent et l’avenir tels que le livre mystérieux les contient. N’avez-vous jamais vu un fils, le meilleur de la famille, ou un écolier, le meilleur de l’école, appelé par son père ou par son maître pour lire un livre de grandes personnes et en recevoir l’explication? Il se tient à côté du père ou du maître qui l’entoure d’un bras, alors que de la main opposée il marque avec l’index les lignes dont il veut qu’elles soient lues et connues par son préféré. C’est ainsi que Dieu fait pour ceux qu’il appelle à une telle destinée. Il les attire et les retient par son bras et Il les force à lire ce qu’il veut, et à en savoir le sens, et à le dire ensuite, et à en avoir mépris et douleur. Moi, l’Homme, je suis le Chef de file de ceux qui disent les Vérités du Livre céleste, et j’en reçois le mépris, la douleur et la mort. Mais déjà le Père prépare ma Gloire. Et Moi, une fois que j’y serai monté, je préparerai la gloire de ceux que j’aurai forcé à lire dans le livre fermé les points que j’ai voulu, et en présence de l’Humanité toute entière ressuscitée et des chœurs angéliques je les montrerai pour ce qu’ils ont été, en les appelant auprès de Moi alors que j’ouvrirai les sceaux du Livre que désormais il sera inutile de tenir fermé, et eux souriront en revoyant écrites, en relisant les paroles que déjà j’avais éclairées pour eux quand ils souffraient sur la terre.”

362.5 - “Et les autres?” demande Jean très attentif à l’instruction.

“Quels autres?”

“Les autres, qui comme moi n’ont pas lu ce livre sur la terre, ils ne sauront jamais ce qu’il dit?”

“Au Ciel, tout sera connu aux bienheureux. Ils connaîtront, absorbés dans la Sagesse Infinie.”

“Tout de suite? À peine morts?”

“Tout de suite dès l’entrée dans la Vie.”

“Mais alors pourquoi au Dernier Jour feras-tu voir que tu les appelles à connaître le Livre?”

“Parce qu’il n’y aura pas seulement les bienheureux à le voir, mais toute l’Humanité. Et dans les damnés, il y en aura beaucoup de ceux qui ont tourné en dérision les voix de Dieu comme celles de fous et de possédés, et qui les auront tourmentés pour ce don que je leur ai fait. C’est une longue mais obligatoire revanche accordée à ces martyrs de la méchanceté obtuse du monde.”

“Comme ce sera beau de voir cela!” s’écrie Jean ravi.

“Oui, et de voir tous les pharisiens grincer des dents avec rage” dit Pierre en se frottant les mains.

“Oh! moi je pense que je regarderai seulement Jésus et les bénis qui liront avec Lui le Livre…” répond Jean qui rêve à cette heure, les yeux perdus dans je ne sais quelle vision de lumière, devenus plus clairs par une larme produite par l’émotion qui reste dans l’œil et en fait briller l’iris bleu clair, avec un sourire enfantin sur ses lèvres rouges.

Le Zélote le regarde, Jésus aussi le regarde. Mais Jésus ne dit rien. Le Zélote, au contraire, dit:

“Tu te regarderas toi-même alors! Car si parmi nous il y en a un qui doit être “voix de Dieu” sur la terre, et qui sera appelé à lire les passages du Livre scellé, ce sera bien toi, Jean, préféré de Jésus et ami de Dieu.”

“Oh! ne dis pas cela! Moi, je suis le plus ignorant de tous. Et si Jésus n’avait pas dit que c’est aux enfants qu’appartient le Royaume des Cieux je ne penserais pas pouvoir le posséder, tellement je ne suis qu’un bon à rien. N’est-ce pas, Maître, que ma seule valeur c’est de ressembler à un enfant?”

“Oui, tu appartiens à la bienheureuse enfance, et sois-en béni!”

362.6 - Ils marchent encore quelque temps, puis Pierre, qui regarde en arrière de la route caravanière sur laquelle ils sont maintenant, s’écrie:

“Miséricordieuse Providence! Mais c’est le char des femmes!”

Tout le monde se retourne. C’est réellement le lourd char de Jeanne qui avance au trot de deux robustes chevaux. Ils s’arrêtent pour l’attendre. La capote de cuir entièrement descendue ne permet pas de voir qui se trouve à l’intérieur. Mais Jésus fait signe d’arrêter et le conducteur pousse une exclamation de joie quand il voit Jésus debout, les bras levés, sur le bord de la route.

Alors que l’homme arrête les deux chevaux qui soufflent, apparaît à l’entrée le visage maigre d’Isaac:

“Le Maître! crie-t-il. Mère, sois heureuse! Il est ici!”

Des voix de femmes, des bruits de pas, se produisent dans le char, mais avant qu’une seule d’entre elles descende, ont déjà sauté à terre Manahen, Marziam et Isaac, qui accourent pour vénérer le Maître.