344.4 – La paroi rocheuse et calcaire est déjà visible et déjà on entend le murmure de l’eau qui retombe dans la vasque.
“Voici le ruisseau. Suivons-le… Voilà la fontaine… et là… Benjamin! Daniel! Abel! Philippe! Hermastée! Nous sommes ici! Le Maître est là!” crie Jean à un important groupe d’hommes qui sont rassemblés autour de quelqu’un qu’on ne voit pas.
“Tais-toi, garçon, ou tu ressembleras, toi aussi, à cette vieille poule” conseille Pierre.
Les disciples se sont retournés et ils ont vu. Voir et se précipiter en sautant en bas de la terrasse a été une seule chose. Je vois, maintenant que le groupe se disloque, qu’aux nombreux disciples, anciens désormais, sont mêlés des habitants de Cédès et aussi du village du sourd-muet. Ils doivent avoir pris des chemins plus directs car ils sont arrivés avant le Maître. La joie est grande, Beaucoup de questions et de réponses aussi. Jésus patiemment écoute et répond jusqu’à ce que, avec deux autres, s’amène le maigre et souriant Isaac chargé de provisions.
“Allons à la maison hospitalière, mon Seigneur, et là tu nous diras ce que nous n’avons pas pu dire, parce que nous, nous ne le savions même pas. Ceux-ci, les derniers venus - et ils sont avec nous depuis quelques heures - veulent savoir ce qu’est pour Toi le signe de Jonas que tu as promis de donner à la génération perverse qui te persécute” dit Isaac.
“Je l’expliquerai tout en marchant…”
Marcher! Ce n’est pas facile! Comme si une odeur de fleurs s’était répandue dans l’air et que de nombreuses abeilles fussent accourues vers elle, de tous côtés accourent des gens pour se réunir à ceux qui sont autour de Jésus.
“Ce sont nos amis, explique Isaac. Des gens qui ont cru et qui t’attendaient…”
“Des gens qui, de ceux-ci et de lui spécialement, ont eu des grâces” crie quelqu’un de la foule en montrant Isaac.
Isaac rougit et, comme pour s’excuser, il dit:
“Moi, je suis le serviteur. Lui est le Maître. Vous qui attendez, voici le Maître Jésus!”
Alors oui! Le coin tranquille de Césarée, un peu excentré, confiné comme il l’est à la périphérie, devient plus agité qu’un marché, et plus bruyant. Hosannas! Acclamations! Supplications! Il y a de tout.
Jésus avance très lentement, enserré par cette tenaille d’amour. Mais il sourit et bénit. Si lentement que certains ont le temps de s’éloigner vivement pour répandre la nouvelle et pour revenir avec des amis ou des parents, en tenant des enfants à bout de bras pour qu’ils puissent arriver sans dommage jusqu’à Jésus qui les caresse et les bénit.
344.5 – Ils arrivent ainsi à la maison d’où ils étaient venus et ils frappent. La vieille servante de tout à l’heure entend les voix et elle ouvre sans hésitation. Mais… elle voit Jésus au milieu de la foule qui l’acclame, et elle comprend… Elle tombe parterre en gémissant:
“Pitié, mon Seigneur. Ta servante ne t’avait pas reconnu et ne t’a pas vénéré!”
“Il n’y a pas de mal, ô femme. Tu ne connaissais pas l’homme, mais tu croyais en Lui. C’est cela qu’il faut pour être aimé de Dieu. Lève-toi et conduis-moi à tes maîtres.”
La petite vieille obéit, tremblante de respect. Mais elle voit les maîtres anéantis eux aussi par le respect, écrasés contre le mur, au fond de l’entrée un peu obscure. Elle les montre:
“Les voici.”
“La paix à vous et à cette maison. Que le Seigneur vous bénisse pour votre foi dans le Christ et pour votre charité envers ses disciples” dit Jésus en allant à la rencontre des deux petits vieux conjoints, ou bien frère et sœur.
Ils le vénèrent, l’accompagnent dans la vaste véranda où, sous un lourd voile, de nombreuses tables ont été préparées. La vue s’étend sur Césarée et sur les montagnes qui sont par derrière et sur les côtés. Les pigeons croisent leurs vols de la terrasse au jardin rempli de plantes et de fleurs.
Pendant qu’un vieux serviteur ajoute des places, Isaac explique: “Benjamin et Anne accueillent non seulement nous, mais ceux qui viennent à ta recherche. Ils le font en ton Nom.”
“Que chaque fois le Ciel les bénisse.”
“Ah! nous avons les moyens et nous n’avons pas d’héritiers. À la fin de notre vie, nous adoptons comme héritiers les pauvres du Seigneur” dit simplement la petite vieille.
Et Jésus lui met la main sur sa tête blanchie en disant:
“Et cela te rend mère plus que si tu avais conçu sept et sept fois.