“Même avec le Maître, il n’a pas voulu rester! Et moi qui y serais resté si volontiers!” soupire Jean.

“Moi aussi!” disent tous les autres.

“Cet homme ne me plaît pas… Ou bien il est malade, ou ensorcelé, ou fou, ou possédé… Il a quelque chose” dit péremptoirement le Thaddée.

“Et pourtant, croyez-le, pendant le voyage de retour il a été exemplaire. Il a toujours défendu le Maître et les intérêts du Maître, comme personne de nous ne l’a jamais fait. Moi, je l’ai vu, je l’ai entendu! Et j’espère que vous ne douterez pas de ma parole” affirme Thomas.

“Tu penses que l’on ne te croit pas? Mais non, Thomas! Et cela nous fait plaisir que Judas soit meilleur que nous. Mais tu le vois? Il est étrange, oui ou non?” demande André.

“Oh! pour être étrange, il l’est. Mais il souffre peut-être pour des choses intimes… Peut-être aussi parce qu’il n’a pas fait de miracle. Il est un peu fier. Oh! pour une bonne fin! Mais il tient à faire beaucoup, à être louangé…”

“Hum! Peut-être! Le fait est que le Maître est triste. Regardez-le, là. Il ne semble plus l’homme que nous avons connu. Mais, vive le Seigneur! Si je réussis à découvrir celui qui fait souffrir le Maître… Assez! Je sais ce que je vais lui faire” dit Pierre.

339.3 – Jésus, qui a avec Nathanaël une conversation suivie, les voit et presse le pas en souriant.

“La paix soit avec vous. Vous êtes tous ici?”

“Il manque Judas de Simon… et je croyais qu’il était chez Toi car à la maison où il devait dormir on m’a dit qu’on avait trouvé la pièce vide et tout en ordre…” explique André.

Jésus plisse un instant son front et se concentre dans sa pensée en baissant la tête. Puis il dit:

“Peu importe, partons quand même. Vous direz à ceux des dernières maisons que nous allons à Meiéron, et puis à Giscala, Si Judas nous cherche, qu’ils l’envoient là. Allons.”

Tous sentent la tempête dans l’air et obéissent sans souffler mot. Jésus continue de parler avec Barthélemy, en avant des autres de quelques pas. Et j’entends passer de grands noms dans leur conversation: Hillel, Jahel Jahel = Yaël : Déborah, juge d'Israël, demande à Barac (voir note ci-dessous) de monter une armée et elle prophétise qu'il vaincra l'armée de Sisra (Sisara), mais que ce sera une femme qui tuera Sisra en personne. Barac s'exécute et défait l'armée cananéenne, mais Sisra réussit à s'enfuir. Yaël, épouse de Heber, lui propose alors de se réfugier chez elle. Sisra s'endort rapidement chez elle et elle profite de son sommeil pour le tuer en utilisant un piquet de tente qu'elle lui plante dans la tête. Cette mort permet la victoire totale d'Israël et Yaël reçoit la bénédiction divine. , Barac Barac : Une des grandes figures d'Israël. Sur l'ordre de la prophétesse Déborah, il rassembla près du Mont Tabor 10.000 hommes de Nephtali et de Zabulon, avec lesquels il défit le commandant en chef de l'armée de Yabîn, roi cananéen de Haçor, et détruisit son armée. (Livre des Juges, chapitre 4). , et les gloires de la patrie qui passent dans les esprits et les conversations et les commentaires admiratifs sur les grands docteurs. Et des regrets dans la bouche de Barthélemy…

“Oh! si le Sage était encore vivant! Hillel était bon, mais fort aussi. Il ne se serait pas laissé troubler. Par lui-même, il t’aurait jugé!”

“Ne t’en soucie pas, Barthélemy! Et bénis le Très-Haut qu’Il l’ait pris dans sa paix. Ainsi l’esprit du Sage n’a pas connu le trouble d’une telle haine envers Moi.”

“Mon Seigneur! Pas de la haine seulement…!”

“Plus de haine que d’amour, ami. Et il en sera toujours ainsi.”

“Ne t’attriste pas. Nous te défendrons…”

“Ce n’est pas la mort qui m’angoisse… C’est de voir le péché des hommes.”

“La mort, non!… Ne parle pas de mort. Ils n’arriveront pas à cela… parce qu’ils ont peur…”

“La haine sera plus forte que la peur. Barthélemy, quand je serai mort, puis quand je serai loin, dans le Ciel Saint, dis-le aux hommes: “Lui, plus que de la mort, il a souffert de votre haine”…

“Maître! Maître! Maître! Ne parle pas ainsi! Personne ne te haïra au point de te faire mourir. Et Toi, tu peux toujours l’empêcher, Toi qui es puissant…”

339.4 – Jésus sourit tristement, je dirais avec lassitude, pendant qu’il monte de son pas régulier la route montagneuse qui conduit à Meiéron. Plus on monte et plus se découvre un beau et vaste panorama sur le lac de Tibériade qui apparaît dans le passage d’une gorge, sur les collines voisines en forme d’arc qui coupent la vue sur le lac de Méron, et puis, au-delà du lac de Tibériade, sur le haut plateau d’au-delà du Jourdain, jusqu’à la chaîne dentelée des monts lointains de l’Auran, de la Traconitide et de la Pérée.

Jésus indique pourtant la direction nord-nord-est en disant:

“Après la Pâque nous devrons aller là, dans la tétrarchie de Philippe. Et nous aurons à peine le temps pour être à Jérusalem pour la Pentecôte.”