Chorazeïn c’est le figuier qui ne donne pas de fruit. Je suis le bon Cultivateur, et le riche impatient c’est vous. Laissez faire le bon Cultivateur.”

333.7 – “C’est bien. Mais ta parabole ne conclut pas. Le figuier, l’année suivante, a-t-il donné de fruit?” demande le Zélote.

“Il n’a pas fait de fruit et on l’a coupé. Mais le cultivateur a été justifié d’avoir coupé une plante encore jeune et florissante parce qu’il avait fait tout son devoir. Moi aussi je veux être justifié pour ceux auxquels je dois appliquer la hache et que je dois enlever de ma vigne, où se trouvent des arbres stériles et empoisonnés, nids de serpents, qui absorbent les sucs nutritifs, parasites, plantes vénéneuses qui gâtent leurs condisciples ou leur nuisent, ou encore qui pénètrent par leurs racines nuisibles pour proliférer sans être appelés, dans ma vigne, rebelles à toute greffe, entrés seulement pour espionner, dénigrer, stériliser mon champ. Ceux- là, je les couperai quand tout aura été tenté pour les convertir. Et pour l’instant, avant d’employer la hache, j’essaie les cisailles et la serpette de l’émondeur, et j’élague et je greffe… Oh! ce sera un travail dur, pour Moi qui le fais, pour ceux qui le subiront. Mais il faut le faire, pour que l’on puisse dire au Ciel: “Il a tout fait, mais eux sont devenus toujours plus stériles et plus mauvais, plus il les a émondés, greffés, déchaussés, fumés, suant à force de fatigues et pleurant des larmes de sang…

333.8 – Nous voici au village, allez tous en avant chercher un logement. Toi, Judas de Kérioth, reste avec Moi.”

Ils restent seuls, et dans la pénombre du soir ils avancent l’un près de l’autre dans le plus grand silence.

Enfin Jésus dit, comme s’il se parlait à Lui-même:

“Et pourtant, même si on est tombé dans la disgrâce de Dieu en contrevenant à sa Loi, on peut toujours redevenir ce qu’on était, en renonçant au péché…”

Judas ne répond rien.

Jésus reprend:

“Et si on a compris qu’on ne peut avoir le pouvoir de Dieu, parce que Dieu n’est pas là où se trouve Satan, on peut facilement y remédier en préférant ce que Dieu accorde à ce que veut notre orgueil.”

Judas se tait.

Ils sont déjà à la première maison du village. Jésus, comme s’il se parlait toujours à Lui-même, dit:

“Et penser que j’ai souffert une dure pénitence pour qu’il se repente et revienne à son Père…”

Judas sursaute, lève la tête, le regarde… mais ne dit rien.

Jésus aussi le regarde… et puis il demande:

“Judas, à qui je parle?”

“À moi, Maître. C’est à cause de Toi que je n’ai plus de pouvoir. Car tu me l’as enlevé pour en donner davantage à Jean, à Simon, à Jacques, à tous, excepté à moi. Tu ne m’aimes pas, voilà! Et je finirai par ne pas t’aimer et par maudire l’heure où je t’ai aimé, en me ruinant aux yeux du monde pour un roi qui ne sait pas combattre, qui se laisse dominer même par la plèbe. Ce n’est pas ce que j’attendais de Toi!”

“Ni Moi non plus de toi. Mais je ne t’ai jamais trompé, Moi. Et je ne t’ai jamais contraint. Pourquoi donc restes-tu à mes côtés?”

“Parce que je t’aime. Je ne peux plus me séparer de Toi. Tu m’attires et me dégoûtes. Je te désire comme l’air pour respirer et… tu me fais peur. Ah! je suis maudit! Je suis damné! Pourquoi tu ne chasses pas le démon, Toi qui le peux?” Le visage de Judas est livide et bouleversé, fou, apeuré, haineux…Il rappelle déjà, bien que faiblement, le masque satanique de Judas du Vendredi Saint.

Et le visage de Jésus rappelle le Nazaréen flagellé qui, assis dans la cour du Prétoire sur un baquet renversé, regarde ceux qui se moquent de Lui avec toute sa pitié pleine d’amour. Il parle, et il semble qu’il y ait déjà un sanglot dans sa voix:

“Pourquoi n’y a-t-il pas de repentir en toi, mais seulement de la haine contre Dieu, comme si c’était Lui qui était coupable de ton péché.”

Judas dit entre ses dents une vilaine imprécation…

333.9 – “Maître, nous avons trouvé. Cinq dans un endroit, trois dans un autre, deux dans un troisième et un seulement dans deux autres. Il n’a pas été possible de faire mieux” disent les disciples.

“C’est bien! Moi, je vais avec Judas de Kérioth” dit Jésus.

“Non. Je préfère être seul. Je suis inquiet. Je ne te laisserais pas reposer…”

“Comme tu veux… Alors j’irais avec Barthélemy. Vous vous ferez ce que vous voudrez. En attendant, allons où il y a le plus de place, pour pouvoir souper ensemble.”