“Non. Il me l’a vendue lui-même en me certifiant que c’est ainsi qu’il faut l’employer”.

“Et alors il t’a escroqué, pour te punir de l’envie que tu avais de sa belle amphore”.

“Attention à tes paroles! Travaille ou je te punirai en t’enlevant l’atelier qui n’a pas une valeur comparable avec celle de cette résine extraordinaire”.

L’artisan, désolé, se mit au travail. Il en faisait de la pâte… Mais la pâte lui collait aux mains. Il essayait d’en solidifier un morceau avec des mastics et des poudres… Mais la résine perdait sa transparence dorée.

Il la portait près du creuset espérant que la chaleur la durcirait, mais en s’arrachant les cheveux, il devait l’enlever parce qu’elle se liquéfiait. Il envoya prendre de la neige gelée sur la cime de l’Hermon, et l’y plongea… Elle se durcissait, elle était belle, mais elle ne se modelait plus. “Je vais la modeler avec le ciseau” dit-il. Mais au premier coup de ciseau, la résine vola en éclats.

L’artisan, tout à fait désespéré, déjà convaincu que rien ne pouvait permettre de travailler cette matière, tenta un dernier essai. Il ramassa les morceaux, les rendit de nouveau liquides à la chaleur du fourneau, les congela de nouveau avec la neige, mais légèrement, et dans la masse à peine ramollie, il essaya de travailler avec le ciseau et la spatule. Elle se modelait, oh! oui! mais à peine enlevés le ciseau et la spatule elle revenait à sa forme première, comme si cela avait été la pâte du pain gonflée dans le pétrin.

L’homme s’avoua vaincu. Et pour fuir les représailles du riche et échapper à la ruine, pendant la nuit il mit sur un char sa femme, ses enfants, ses objets, ses instruments de travail, et il laissa au milieu de son atelier, qu’il laissait vide, la masse blonde de la résine avec dessus un écriteau et l’inscription: ”Impossible à travailler”, et il s’enfuit hors des frontières…

337.4 – J’ai été envoyé pour travailler les cœurs, pour y faire entrer la Vérité et le Salut. Il m’est venu dans les mains des cœurs de fer, de plomb, d’étain, d’albâtre, de marbre, d’argent, d’or, de jaspe, de gemmes. Des cœurs durs, des cœurs sauvages, des cœurs trop tendres, des cœurs changeants, des cœurs endurcis par la souffrance, des cœurs précieux, toutes sortes de cœurs. Je les ai tous travaillés. Et j’en ai modelé beaucoup, suivant le désir de Celui qui m’a envoyé. Certains m’ont blessé pendant que je les travaillais, d’autres ont préféré se briser que de se laisser travailler à fond. Mais, peut-être qu’avec la haine, ils garderont toujours un souvenir de Moi.

Vous êtes impossibles à travailler. Chaleur de l’amour, patience de l’instruction, froideur des reproches, fatigue du ciseau, rien ne sert sur vous. A peine mes mains enlevées, vous redevenez ce que vous étiez. Vous devriez faire une seule chose pour changer: vous abandonner totalement à Moi. Vous ne le faites pas, vous ne le ferez jamais. Le Travailleur, désolé, vous abandonne à votre destin. Mais, comme il est juste, il ne vous abandonne pas tous de la même manière.

Dans sa désolation il sait choisir encore ceux qui méritent son amour, et il les réconforte et les bénit.

337.5 – Femme, viens ici!” dit-il en montrant du doigt une femme qui se tient près du mur, courbée au point de paraître un point d’interrogation.

Les gens regardent dans la direction qu’indique Jésus, mais ne voit pas la femme qui, à cause de sa position, ne peut voir Jésus et sa main.

“Va donc, Marthe! Il t’appelle” lui disent plusieurs.

Et la malheureuse s’en va en boitant avec son bâton, à la hauteur duquel se trouve sa tête.

Elle est maintenant devant Jésus qui lui dit:

“Femme, reçois un souvenir de mon passage et une récompense pour ta foi silencieuse et humble. Sois délivrée de ton infirmité” s’écrie-t-il en dernier lieu en lui mettant ses mains sur les épaules.

Tout à coup, la femme se lève, et droite comme un palmier, lève le bras en criant:

“Hosanna! Il m’a guérie! Il a regardé sa servante fidèle et lui a accordé son bienfait. Louange soit au Sauveur et Roi d’Israël! Hosanna au Fils de David!”

Les gens répondent, avec les leurs, aux hosannas de la femme qui maintenant est à genoux aux pieds de Jésus et qui baise le bord de son vêtement pendant que Jésus lui dit:

“Va en paix et persévère dans la Foi.”

337.6 – Le chef de la synagogue, que doivent encore brûler les paroles dites par Jésus avant la parabole, veut jeter son venin à cause du reproche et s’écrie avec indignation pendant que la foule s’ouvre pour laisser passer la miraculée:

“Il y a six jours pour travailler, six jours pour demander et pour donner. Venez donc ces jours-là, tant pour demander que pour donner. Venez guérir ces jours-là, sans violer le sabbat, pécheurs et mécréants, corrompus et corrupteurs de la Loi!”

Et il cherche à expulser tout le monde de la synagogue, comme pourchasser la profanation du lieu de prière.

Mais Jésus, qui le voit aidé par les quatre notables déjà mentionnés et par d’autres disséminés dans la foule qui manifestent ouvertement leur scandale et la souffrance qu’ils éprouvent du… crime de Jésus, crie à son tour, alors que les bras croisés, sévère, imposant, il le regarde:

“Hypocrites! Qui de vous, en ce jour, n’a pas détaché son bœuf ou son âne de la mangeoire et ne l’a pas mené boire? Et qui n’a pas porté des bottes d’herbe aux brebis du troupeau et n’a pas trait le lait des mamelles pleines? Pourquoi donc, puisque vous avez six jours pour le faire, l’avez-vous fait aujourd’hui aussi pour quelques deniers de lait ou par crainte que votre bœuf ou votre âne ne meure de soif? Et Moi, je ne devais pas délier cette femme des chaînes par lesquelles Satan l’a tenue pendant dix-huit ans, uniquement parce que c’est le sabbat? Allez. Moi, j’ai pu délier celle-ci de son malheur involontaire. Mais je ne pourrai jamais vous détacher des vôtres qui sont volontaires, ô ennemis de la Sagesse et de la vérité!”

Les gens honnêtes de Chorazeïn, qui sont parmi ceux nombreux qui ne le sont pas, approuvent et louent alors que les autres, livides de rage, s’en vont laissant en plan le chef livide de la synagogue.

Jésus aussi le laisse seul et sort de la synagogue, entouré par les bons qui continuent à l’escorter jusqu’à ce qu’il ait rejoint la campagne. Alors il les bénit une dernière fois, et prend la grand-route avec ses cousins et aussi Pierre et Thomas…