Mais Jésus lui sourit et fait un signe de dénégation pendant qu’il salue les deux qui sont revenus après une si longue absence.
Il embrasse d’abord Thomas, dont la mine est florissante et allègre comme toujours. Mais pourtant il devient sérieux en voyant le Maître si visiblement changé et il Lui demande avec empressement:
“As-tu été malade?”
“Non, Thomas, nullement. Et toi, tu as été bien, heureux?”
“Moi, oui, Maître, toujours bien et toujours heureux. Il ne me manquait que Toi pour rendre mon cœur bienheureux. Mon père et ma mère te sont reconnaissants de m’avoir envoyé pour quelque temps. Mon père était un peu malade et alors c’est moi qui ai travaillé. Je suis allé chez ma sœur jumelle et j’ai fait la connaissance de mon neveu. Je lui ai fait donner le nom que tu m’avais indiqué Le nom que tu m'avais indiqué en EMV 302.5. . Puis Judas est venu, et il m’a fait aller comme une tourterelle à la saison des amours, en haut, en bas, où il y avait des disciples. Lui, l’avait déjà fait pour son compte, et pas rien qu’un peu. Mais main- tenant il va te parler lui, car il a travaillé comme dix et il mérite que tu l’écoutes.”
Jésus le laisse aller et c’est le tour de Judas qui a attendu patiemment et qui s’avance avec décision, l’air dégagé, triomphant. Jésus le transperce de son regard de saphir, mais il l’embrasse et reçoit son baiser comme pour Thomas. Et les paroles qui suivent sont affectueuses:
“Et ta mère, Judas, elle a été heureuse de t’avoir? Elle se porte bien cette sainte femme?”
“Oui, Maître, et elle te bénit de lui avoir envoyé son Judas. Elle voulait t’envoyer des cadeaux. Mais comment aurais-je pu les apporter alors que j’aillais çà et là par monts et par vaux?
334.6 – Tu peux être tranquille, Maître… Tous les groupes de disciples que j’ai visités travaillent saintement. L’idée se répand toujours plus. J’ai voulu contrôler personnellement ses répercussions sur les plus puissants, les scribes et les pharisiens. J’en connaissais beaucoup et je viens d’en connaître d’autres par amour pour Toi. J’ai approché des sadducéens, des hérodiens… Oh! je t’assure que ma dignité en a été bien rabaissée!… Mais pour ton amour je ferai cela et autre chose! J’ai essuyé des rebuffades dédaigneuses et des anathèmes. Mais j’ai réussi à éveiller des sympathies chez certains qui étaient prévenus contre Toi. Je ne veux pas tes louanges. Il me suffit d’avoir fait mon devoir, et je remercie l’Éternel de m’avoir toujours aidé.
J’ai dû employer le miracle dans certains cas, et j’en ai eu de la peine parce qu’ils méritaient la foudre plutôt que la bénédiction. Mais tu dis d’aimer et d’être patient… Je l’ai été pour l’honneur et pour la gloire de Dieu et pour ta joie. J’espère que beaucoup d’obstacles seront abattus pour toujours, d’autant plus que j’ai garanti sur mon honneur qu’il n’y avait plus, auprès de Toi, ces deux qui donnaient tant d’ombre.
Ensuite il m’était venu un scrupule d’avoir affirmé ce que je ne savais pas avec certitude. Et alors j’ai voulu vérifier pour pouvoir y parer, pour ne pas être pris en délit de mensonge, chose qui m’aurait fait suspecter pour toujours par ceux qui doivent être convertis… Pense! J’ai approché même Hanne et Caïphe!… Oh! ils ont voulu m’incendier de reproches… Mais j’ai été si humble, si persuasif, qu’ils ont fini par me dire: “Eh bien, si les choses sont vraiment ainsi… Nous, nous les connaissions différentes. Les directeurs du Sanhédrin, qui pouvaient les connaître, nous avaient rapporté le contraire et…”
“Tu ne voudrais pas dire que Joseph et Nicodème ont été des menteurs” interrompt le Zélote qui s’est contenu jusque-là mais pas davantage, et que l’effort qu’il a fait a rendu livide.
“Et qui dit cela? Au contraire! Joseph m’a vu quand je sortais de chez Anna et il m’a dit: “Pourquoi es-tu ainsi troublé?” Je lui ai tout raconté et comment, en suivant son conseil et celui de Nicodème, Toi Maître, avais éloigné le galérien et la grecque. Parce que tu les as éloignés, n’est-ce pas?” dit Judas en regardant fixement Jésus de ses yeux de jais, brillants au point d’en être phosphorescents. Il semble vouloir le transpercer par son regard pour lire ce que Jésus a fait.
Jésus, qui l’a toujours en face de Lui, très proche, dit calmement:
“Je te prie de continuer ton récit qui m’intéresse beaucoup. C’est un rapport exact qui peut beaucoup servir.”
“Ah! je disais donc qu’Hanne et Caïphe ont changé d’opinion. Cela est beaucoup pour nous. N’est-ce pas? Et puis…! Oh! maintenant je vais vous faire rire! Mais vous savez que les rabbis m’ont pris au milieu d’eux et m’ont fait subir un autre examen, comme si j’étais un enfant qui arrive à sa majorité? Et quel examen! Bien. Je les ai convaincus et ils m’ont laissé aller. Alors m’est venu le soupçon et la peur d’avoir dit une chose qui, n’était pas vraie. Et j’ai pensé a prendre Thomas et à aller de nouveau où il y avait des disciples, ou bien là où je pouvais présumer que s’étaient réfugiés Jean et la grecque. Je suis allé chez Lazare, chez Manahen, au palais de Kouza, chez Élise de Bet-Çur (Béthsur), à Béther dans les jardins de Jeanne, au Gethsémani, dans la maisonnette de Salomon au-delà du Jourdain, à “La Belle Eau”, chez Nicodème, chez Joseph…”
“Mais tu ne l’avais pas vu?”
“Si. Et il m’avait assuré qu’il n’avait jamais plus vu ces deux. Mais tu sais… je voulais être sûr… Bref: j’ai visité tous les endroits où je pouvais soupçonner qu’ils se trouvent… Et ne crois pas que j’ai souffert de ne pas le trouver. Tu me ferais tort. Toutes les fois - et Thomas peut le confirmer - toutes les fois que je suis sorti d’un endroit sans l’avoir trouvé, et même sans avoir eu aucun indice de sa présence, j’ai dit: “Louange soit au Seigneur!” et je disais: “O Eternel, fais que je ne le trouve jamais plus!” Vraiment! Le soupir de mon âme… Le dernier endroit fut Esdrelon…
334.7 – Ah! à propos! Ismaël ben Fabi, qui est dans son palais dans les campagnes de Mageddo, désire t’avoir comme hôte… Mais, à ta place, je n’irais pas…”
“Pourquoi? J’y irai sans faute. Moi aussi, je désire le voir. Et même, nous allons nous y rendre tout de suite. Au lieu d’aller à Sephoris, nous allons nous rendre à Esdrelon, et puis à Mageddo après-demain qui est la veille du sabbat, et de là à la maison d’Ismaël.”
“Mais non, Seigneur! Pourquoi? Crois-tu qu’il t’aime?”
“Mais si tu l’as approché et changé en ma faveur, pourquoi ne veux-tu pas que j’y aille?”
“Je ne l’ai pas approché… Il était dans les champs et il m’a reconnu. Mais moi - n’est-ce pas, Thomas? - je voulais fuir quand je l’ai vu. Je n’ai pas pu parce qu’il m’a appelé par mon nom. Moi… Moi, je ne puis que te conseiller de ne jamais plus aller chez aucun pharisien, ou scribe, ou gens de même acabit. Ce n’est pas utile pour Toi. Restons entre nous, seuls, avec le peuple, et c’est tout. Même Lazare, Nicodème, Joseph… ce sera un sacrifice… Mais il vaut mieux le faire pour ne pas créer de jalousies, de rancœurs, et prêter le flanc aux critiques… À table, on parle… et eux travaillent très sournoisement sur tes paroles. Mais revenons à Jean… Maintenant j’allais à Sycaminon, bien qu’Isaac, que j’ai trouvé aux confins de la Samarie, m’ait juré de ne plus l’avoir vu depuis octobre.”
“Et Isaac a juré la vérité. Mais ce que tu me conseilles, à propos des relations avec les scribes et les pharisiens, est en opposition avec ce que tu m’as dit auparavant. Tu m’as défendu… C’est ce que tu as fait, n’est-ce pas? Tu as dit: “J’ai abattu beaucoup de préventions sur Toi”. C’est ce que tu as dit, n’est-ce pas?”
“Oui, Maître.”