334.3 – Jean se tait et son frère le taquine:

“Toi qui sais toujours tout de Jésus - vous semblez parfois deux amoureux - il ne t’a jamais dit pourquoi il agit ainsi?”

“Si. Je le Lui ai demandé encore récemment. Il m’a toujours répondu:

“Parce que je dois le faire. Je dois agir comme si le monde était tout entier composé de créatures ignorantes mais bonnes. À tous je donne la même doctrine et ainsi se séparent les fils de la Vérité et ceux du Mensonge”. Il m’a dit aussi:

“Tu vois, Jean? C’est comme un premier jugement, pas universel, collectif, mais particulier. C’est sur la base de leurs actes de foi, de charité, de justice, que les agneaux seront séparés des boucs. Et cela durera encore après, quand je ne serai plus là, mais qu’il y aura mon Eglise à travers les siècles jusqu’à la fin du monde. Le premier jugement des masses humaines s’accomplira dans le monde, là où les hommes agissent librement, ayant devant eux le Bien et le Mal, la Vérité et le Mensonge. Ainsi en fut-il au Paradis Terrestre, où le premier jugement fut prononcé devant l’arbre du Bien et du Mal, violé par ceux qui avaient désobéi à Dieu.

Puis, quand viendra la mort des particuliers, sera ratifié le jugement déjà écrit dans le livre des actions humaines par un Esprit qui n’a pas de lacunes. En dernier lieu viendra le Grand Jugement, le Terrible et alors, de nouveau, les hommes seront jugés en masse. Depuis Adam, jusqu’au dernier homme. Jugés d’après ce qu’ils auront voulu pour eux sur la terre, librement. Maintenant, si je mettais à part ceux qui méritent la Parole de Dieu, le Miracle, l’Amour, et d’un autre côté ceux qui ne le méritent pas - et je pourrais le faire par droit divin et par puissance divine - ceux qui seraient exclus, fussent-ils des Satans, crieraient bien fort, le jour de leur jugement particulier: “Le coupable c’est ton Verbe qui n’a pas voulu nous enseigner”. Mais cela, ils ne pourront pas le dire… Ou plutôt ils le diront en mentant une fois de plus. Et ils seront par conséquent jugés”

“Alors, ne pas accueillir la doctrine, c’est être réprouvé?” demande Matthieu.

“Cela, je ne le sais pas, si tous ceux qui n’auront pas cru seront réellement réprouvés. Si vous vous souvenez, en parlant à Syntica, il a fait comprendre que ceux qui agissent avec honnêteté pendant leur vie ne sont pas réprouvés, même s’ils croient à d’autres religions. Mais nous pouvons le Lui demander. Certainement Israël, qui a entendu parler du Messie et qui maintenant y croit partiellement ou mal, ou le repousse, sera sévèrement jugé.”

334.4 – “Il parle beaucoup avec toi le Maître, et tu sais beaucoup de choses que nous ne savons pas” observe son frère Jacques.

“C’est votre faute. Moi, je l’interroge avec simplicité. Parfois je Lui demande des choses qui doivent Lui faire apparaître son Jean comme un grand sot. Mais il ne m’importe pas de paraître tel. Il me suffit de connaître sa pensée, et de l’avoir en moi, pour la faire mienne. Vous, vous aussi devriez agir ainsi. Mais vous avez toujours peur! Et de quoi? D’être ignorants? D’être superficiels? D’être des têtes dures? Vous devriez avoir peur seulement de n’être pas encore préparés quand Lui s’en ira. Il le dit toujours… et je me le dis toujours, pour me préparer à la séparation… Mais je sens que ce sera toujours une grande douleur…”

“Ne m’y fais pas penser!” s’écrie André.

Les autres lui font écho en soupirant.

“Mais quand cela arrivera-t-il? Il dit toujours: “Bientôt”. Mais cela peut être dans un mois, comme dans des années. Il est si jeune et le temps est si rapide… Qu’as-tu, frère? Tu deviens tout pâle…” demande le Thaddée à Jacques.

“Rien! Rien! Je réfléchissais…” se hâte de dire Jacques d’Alphée en baissant la tête.

Et le Thaddée se penche pour bien le voir…

“Mais tu as les larmes aux yeux! Qu’as-tu?”

“Mais rien de plus que ce que vous avez, vous… Je pensais à quand nous serons seuls. Jésus, dans un entretien individuel sur le Carmel, lui a confié le soin de l'Église de Jérusalem après sa mort. (Cf. EMV 258.3).

334.5 – “Mais qu’a Simon de Jonas pour courir, en criant comme une mouette en un jour de tempête?” demande Jacques de Zébédée.

Et il montre Pierre qui vient de quitter Jésus et qui court en disant des paroles que le vent empêche d’entendre.

Ils accélèrent leur marche et voient que Pierre a pris un sentier qui vient de la ville de Sephoris, désormais proche (ainsi disent les disciples qui se demandent s’il va à Sephoris sur l’ordre de Jésus et par ce raccourci). Mais ensuite, en regardant bien, ils voient que les deux seuls voyageurs qui viennent de la ville vers la grand-route ce sont Thomas et Judas.

“Tiens! Ici? Vraiment ici? Oh! qu’est-ce qu’ils y font? De Nazareth, tout au plus ils devaient aller à Cana, et puis à Tibériade…” se demandent plusieurs.

“Peut-être ils venaient à la recherche des disciples. C’était leur mission” dit prudemment le Zélote qui sent les soupçons lever sa tête de serpent qui s’éveille dans le cœur de plusieurs.

“Hâtons le pas. Jésus est seul et il semble nous attendre…” conseille Matthieu.

Ils vont et arrivent à Jésus en même temps que Pierre, Judas et Thomas. Jésus est très pâle, au point que Jean Lui demande:

“Te sens-tu mal?”