320.3 – C’est un autre tourbillon, et un autre morceau de mât s’en va après avoir blessé un homme, qui n’est pas emporté seulement parce que la vague le jette contre un obstacle.

“Va dessous! Va dessous! Tu vois?”

“Je vois, je vois… Mais cet homme?…”

“S’il n’est pas mort, il reviendra à lui. Je ne puis le soigner… Tu le vois!…”

En effet le crétois doit avoir l’œil à tout pour la vie de tous.

“Donne-le-moi, la femme le soignera…”

“Tout ce que tu veux, mais va-t’en!…”

Pierre se glisse jusqu’à l’homme immobile, le saisit par un pied et l’amène à lui. Il le regarde, il siffle… Il murmure:

“Il a la tête ouverte comme une grenade mûre. Il faudrait le Seigneur ici… Oh! s’il y était! Seigneur Jésus! Mon Maître, pourquoi nous as-tu quittés?” Sa voix tremble de douleur…

Il charge le mourant sur ses épaules en se couvrant de sang, et revient à l’écoutille. Le crétois lui crie:

“Fatigue inutile. Rien à faire. Tu le vois!…”

Mais Pierre, chargé comme il l’est, lui fait un signe comme pour dire: “Nous allons voir” et il se serre contre un mât pour résister à une nouvelle vague, puis il ouvre l’écoutille et il crie:

“Jacques, Jean, ici!”

Et avec leur aide il descend le blessé et descend lui aussi en barrant l’écoutille.

À la lumière fumeuse des lampes suspendues ils voient que Pierre est couvert de sang:

“Es-tu blessé?” demandent-ils.

“Moi, non. C’est le sang de celui-là…

320.4 – Mais… priez pour que… Syntica, regarde un peu ici. Tu m’as dit une fois que tu sais soigner les blessés. Regarde cette tête, alors…”

Syntica cesse de soutenir Jean d’En-Dor, très souffrant, pour venir à la table sur laquelle est étendu le malheureux et elle regarde…

“Mauvaise blessure! Je l’ai vue deux fois, chez deux esclaves blessés, l’un par son maître, l’autre par un rocher à Caprarola Caprarola : Ville située à 50km au nord-ouest de Rome et à 16 km au sud de Viterbe. . Il faudrait de l’eau, beaucoup d’eau pour nettoyer et arrêter le sang…”

“Si tu ne veux que de l’eau!… Il n’y en a que trop! Viens, Jacques, avec le baquet. À deux, nous ferons mieux.”

Ils vont et reviennent ruisselants. Et Syntica, avec des linges trempés, lave et applique des compresses à la nuque… Mais c’est une mauvaise blessure. De la tempe à la nuque, l’os est découvert. Cependant, l’homme rouvre les yeux, des yeux vagues, et bafouille en râlant. Il est pris par la peur instinctive de la mort.

“Du calme! Allons! Maintenant tu vas guérir” lui dit maternellement la grecque pour le réconforter.

Elle le lui dit en grec, parce que lui parle grec.

L’homme la regarde et, bien qu’étourdi, il la regarde étonné et en esquissant un sourire quand il entend parler sa langue maternelle. Il cherche la main de Syntica… l’homme qui devient un enfant quand il souffre et cherche la femme qui est toujours mère dans ce cas.